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Voyage spatial: plein de pirouettes pour ne pas payer d’impôt

Guy Laliberté s’est démené afin d’éviter d’allonger les 20 M$ qu’il devait au fisc après son voyage dans l’espace

KAZAKHSTAN-SPACE-RUSSIA-US-CANADA
Photo d’archives, AFP Le cofondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, le 30 septembre 2009, quelques heures avant le début de son périple vers la Station spatiale internationale.

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Le fondateur du Cirque du Soleil qui réclame l’aide financière de l’État vient encore d’être débouté en cour pour avoir tenté de se faire rembourser sa fameuse mission spatiale et ne pas payer d’impôt.

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Guy Laliberté devra bien payer environ 20 millions $ en impôt pour son voyage à la Station spatiale internationale, a tranché le 29 mai un juge de la Cour d’appel fédérale, en Ontario.

L’épopée de 12 jours en apesanteur du richissime homme d’affaires, en 2009, avait été largement médiatisée. L’ancien cracheur de feu s’était envolé vers la Station spatiale internationale pour une « mission sociale et poétique » visant à sensibiliser le public aux enjeux de protection de l’eau.

Or, ce qui est moins connu, c’est que Guy Laliberté n’avait pas payé ce voyage – au coût de 41,8 millions $ – de sa poche. C’est plutôt le Cirque du Soleil qu’il contrôlait à l’époque qui avait payé la note. 

Le milliardaire a d’abord payé pour son voyage via un holding personnel. Mais deux mois après son retour sur Terre, il s’est fait rembourser par Créations Méandres, une compagnie reliée au Cirque. Il venait donc de toucher un avantage financier très important, selon le fisc.

Dépenses d’entreprise ?

Pour justifier cette manœuvre et éviter de payer de l’impôt, ses comptables ont fait valoir que son périple dans les étoiles n’était pas un voyage personnel, mais plutôt un « stunt » publicitaire destiné à mousser la popularité du Cirque.

L’homme d’affaires a essuyé un premier revers en 2018 à la Cour canadienne de l’impôt pour justifier cette comptabilité créative. Un juge avait alors estimé que ce voyage n’avait rien d’un « voyage d’affaires », mais était plutôt très largement un voyage personnel.

Guy Laliberté a ensuite porté la décision en appel, mais la juge Mary J.A. Gleason, de la Cour d’appel fédérale, vient de confirmer sa validité.

« Les entreprises du Cirque n’ont pas autorisé cette dépense, mais se sont plutôt fait présenter un fait accompli », note-t-elle dans un jugement fouillé de 28 pages.

La juge souligne que le Cirque n’a lui-même réclamé aucune déduction d’impôt relative à ce voyage, car il craignait une mauvaise publicité. Un des actionnaires de l’entreprise en 2009, Dubai World, n’a même pas eu à en défrayer une partie, parce qu’il n’aurait jamais approuvé cette dépense, selon le jugement.

Témoignage peu crédible

Le voyage dans l’espace de Guy Laliberté est dépeint avant tout comme la réalisation d’un rêve d’enfant. En cour, le témoignage de Guy Laliberté a été jugé peu crédible, « évasif et laborieux ».

« Nous sommes déçus du résultat en appel, bien que cette décision n’engendre pas de dette fiscale additionnelle, les impôts afférents ayant été payés il y a plusieurs années », nous a écrit Anne Dongois, porte-parole du holding Lune Rouge de Guy Laliberté.

Cette dernière nous a dit que Guy Laliberté ne ferait pas appel de cette décision.

Aide de l’État

Ce dernier jugement tombe à un bien mauvais moment pour Guy Laliberté, qui vient d’annoncer qu’il souhaite racheter le Cirque du Soleil en difficulté. Le gouvernement du Québec a annoncé la semaine passée qu’il octroyait une aide d’urgence de 200 millions $ US (279 millions $ CA) à l’entreprise, où il détient encore un intérêt.

À la fin de 2019, la firme de divertissement Reflector, appartenant au milliardaire et à Lune Rouge, avait déjà demandé 30 millions $ à Québec pour l’aider dans sa commercialisation, avait révélé Le Journal.

À la fin de 2018, le milliardaire Guy Laliberté avait réussi à convaincre deux ministères québécois de lui verser discrètement 640 000 $ pour l’aider à « démarrer » Zú, un « hub créatif » qui veut donner un coup de pouce à de jeunes entrepreneurs créatifs.

– Avec la collaboration de Martin Jolicoeur

EXTRAITS DU JUGEMENT

« [Guy Laliberté] aurait voyagé à la Station spatiale internationale, même s’il n’avait pas été possible de faire une diffusion en direct pour promouvoir le Cirque et One Drop »

« La principale, essentielle et écrasante raison de ce voyage était personnelle »

« La description de [Guy Laliberté] comme “la personne choisie par le Cirque et One Drop pour aller dans l’espace” est très loin d’être une description juste de la situation »