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À la NFL de payer sa dette envers Kaepernick

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Photo d’archives Colin Kaepernick a payé un prix fort pour avoir affiché ses convictions en posant le genou au sol durant l’hymne national américain.

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Les États-Unis sont ébranlés dans leur façon d’être. Ils ont un genou au sol. Plusieurs politologues américains estiment que les émeutes des derniers jours sont les plus violentes depuis celles engendrées par l’assassinat de Martin Luther King, en 1968.

Ces événements avaient frappé l’adolescent de 14 ans que j’étais. J’étais rivé devant mon poste de télé, comme je le suis aujourd’hui.

Deux mois après la mort du pasteur King, Robert Kennedy tombait à son tour sous les balles d’un assassin alors qu’il était bien positionné pour remporter la nomination démocrate en prévision des élections présidentielles.

Dans la merveilleuse série Baseball, un documentaire sur la vie américaine du 19e siècle à nos jours vu à travers le baseball, l’ancien joueur Curt Flood raconte que le rêve des Afro-Américains, le rêve que Martin Luther King disait voir dans son célèbre discours I have a dream, prononcé sur les marches du monument Lincoln en 1963, s’est évanoui le jour où Bobby Kennedy est allé rejoindre son frère John F.

Kennedy, lui aussi assassiné, et Martin Luther King, dans l’au-delà.

Assez c’est assez !

Curt Flood avait bien raison. 

Force est de constater que le passage de Barack Obama à la Maison-Blanche n’a pas eu les effets espérés pour la communauté afro-américaine. 

Le racisme est toujours aussi présent 155 ans après l’abolition de l’esclavage par le président Abraham Lincoln et 55 ans après l’adoption des droits civiques. 

Flood ne s’est pas battu seulement pour ses droits en tant qu’homme. Il a été le premier joueur du baseball majeur à se lever pour défendre ses droits de travailleur. 

Après avoir refusé la transaction qui l’avait envoyé des Cardinals de Saint Louis aux Phillies de Philadelphie après la saison 1969, il était allé jusqu’à la Cour suprême des États-Unis pour combattre la clause de réserve, qui interdisait l’autonomie aux joueurs. Il perdit sa cause. 

 Mais cinq ans plus tard, un arbitre embauché par le baseball majeur, Peter Seitz, agacé par l’obstination des propriétaires de faire quelconques concessions, accorda le droit à l’autonomie aux joueurs.

Les joueurs d’aujourd’hui doivent énormément à Curt Flood. Mais c’est à se demander s’ils le connaissent et savent ce qu’il a fait pour eux.

Flood serait déçu de voir aussi que la perception envers les Noirs n’a pas beaucoup évolué depuis qu’il nous a quittés. Pourtant, ça dépasse tout entendement.

Ça suffit!

Quand cela va-t-il arrêter?

Et si les Vikings l’embauchaient ?

Ça nous amène à Colin Kaepernick, cet ancien quart des 49ers de San Francisco qui avait pris l’habitude de poser un genou au sol durant l’hymne national américain, en guise de protestation contre la violence policière faite aux Afro-Américains.

Son nom revient dans l’actualité dans la foulée des incidents reliés au meurtre de George Floyd par l’ancien policier Derek Chauvin.

Un analyste politique du réseau CNN, Joe Lockhart, propose aux Vikings du Minnesota, dont le stade est situé à Minneapolis, ville où George Floyd a été tué, d’offrir un contrat à Kaepernick.

Ce M. Lockhart possède un solide bagage en communications. Il a été l’attaché de presse du président Bill Clinton, de 1998 à 2000. De 2016 à 2018, il a travaillé pour la Ligue nationale de football à titre de vice-président chargé des communications et des relations avec les gouvernements.

M. Lockhart était ainsi à l’emploi de la NFL pendant l’affaire Kaepernick. Ce dernier n’a plus jamais joué depuis qu’il a mis fin à l’entente qui le liait aux 49ers, avant la saison 2017.

Voici ce que dit M. Lockhart aujourd’hui : « J’avais tort. Les équipes de la NFL ont eu tort de ne pas l’embaucher. Je comprends maintenant à quel point nous avions tort. »

Un pas vers le progrès

Les Ravens de Baltimore ont songé à faire de Kaepernick leur quart auxiliaire, eux qui misaient alors sur Joe Flacco au poste de partant. Une rumeur a circulé selon laquelle leur propriétaire Steve Bisciotti craignait une réaction négative du public, ce que l’équipe a réfuté.

Il faut savoir aussi que Kaepernick a refusé une offre des Broncos de Denver, qui lui proposaient un salaire de base de sept millions. C’était 4,9 millions de moins que le salaire de base qu’il touchait avec les 49ers.

Âgé de 32 ans, Kaepernick est encore en âge de jouer au football. La question est de savoir s’il aurait-il encore les capacités de le faire après trois ans d’inactivité ?

Joe Lockhart pense que les propriétaires des Vikings, Zygi et Mark Wilf, enverraient un message fort en lui offrant un contrat.

« Qu’on l’amène au camp d’entraînement et qu’on le traite comme tous les joueurs qui se voient donner la chance de pratiquer le sport qu’ils aiment, a-t-il écrit sur le site de CNN.

« Ça ne résoudra pas le problème de la violence policière envers les gens de la communauté noire. Mais ça mettra en lumière le problème que Kaepernick a dénoncé avec force. Ça prouvera peut-être qu’avec le courage, de vrais progrès pourraient être réalisés. »

Un homme impliqué

Si la carrière de Kaepernick est terminée, pourquoi la NFL ne ferait-elle pas appel à ses services dans un rôle de porte-parole dont la fonction serait de rapprocher les communautés ?

Pas pour la frime, mais avec un désir réel de vouloir changer les choses.

La NFL a une dette envers lui.

Quatre ans après son dernier match, son geste qui lui avait valu les critiques de Donald Trump et d’une partie de la population américaine prend toute sa signification.

 Le sport et la société américaine ont grandement besoin de lui. L’homme est engagé. En avril, il a versé 100 000 $ à une fondation pour venir en aide aux Noirs atteints de la COVID-19. 

Toutes les ligues sportives, tous les athlètes ont des responsabilités sociales. C’est bien de dénoncer comme ils le font, mais le sport peut en faire beaucoup plus.

Et le moment de le faire, c’est maintenant.