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La politique de la terre brûlée

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On est partagé entre le dégoût et la lassitude.

Le dégoût de voir un Afro-Américain mourir de manière aussi brutale et absurde aux mains d’un policier ivre de pouvoir.

La lassitude de voir... encore un Afro-Américain mourir de manière aussi brutale et absurde aux mains d’un policier ivre de pouvoir.

Encore

Dans la mort de George Floyd et dans les six jours d’émeutes depuis, on retrouve une chorégraphie tristement familière.

Un policier qui déshonore un corps de métier noble et nécessaire. 

Un policier qui n’agit pas par panique, mais qui, pendant neuf minutes, froidement, lentement, cyniquement, abuse et jouit de son pouvoir.

Un policier qui, au lieu de se voir comme un protecteur de toute la société, se voit comme le protecteur de ceux qui lui ressemblent contre ceux qui ne lui ressemblent pas.

Des manifestants pacifiques qui, sitôt rentrés chez eux, sont suivis de voyous sans rapport avec la cause.

Ces pillards ne sont pas des affamés qui font irruption dans une banque alimentaire.

Non, à Montréal, ils font irruption chez Steve’s et volent des guitares électriques de plusieurs centaines de dollars.

Voyez la photo du voyou avec son coupe-vent Tommy Hilfiger et chaussé de Nike. 

Pourtant, oui, cette fois, il y a quelque chose de fondamentalement différent.

Je parlais plus haut d’un policier qui n’a sans doute jamais pris au sérieux le fait qu’il a prêté serment de servir toute la société et de traiter tous les citoyens également.

Ce qu’il y a de différent est qu’un des plus beaux spécimens de cette mentalité toxique est maintenant président des États-Unis.

L’exemple, comme on dit, vient de haut. 

Au lieu de chercher à calmer, à rassembler, Trump lâche le tweet suivant : « When the looting starts, the shooting starts ».

Il reprenait la tristement célèbre phrase du chef de police de Miami pendant les émeutes de 1967.

Dans un autre tweet, il disait que si les manifestants redoublaient d’intensité, il lâcherait « the most vicious dogs and the most ominous weapons ».

Besoin d’une traduction ?

S’il fallait

Trump ne se voit pas comme le président de tous les Américains, mais comme le chef de sa meute.

Il pense, agit et parle en fonction de ce que sa base électorale veut.

Si vous n’êtes pas avec lui, vous êtes plus qu’un adversaire : vous êtes un ennemi, un traître, et tous les moyens sont bons.

Les divisions sont inévitables, mais lui les aime, les cherche, les alimente, les attise pour son profit personnel. 

Il jette de la viande rouge à son armée d’enragés qui feront le reste du travail contre des minorités, contre des scientifiques, contre des journalistes, contre des élus du camp adverse.

Trump n’a rien de conservateur ou de républicain au sens historique ou philosophique. 

C’est une politique de la terre brûlée, de la destruction, sans le moindre principe moral.

Je comprends qu’on ait pu voter pour lui dans le contexte de 2016. 

Mais imaginez s’il fallait que cela se poursuive après le 3 novembre prochain.