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Les bûchers de la colère

Manifestation George Floyd
Photo Roxane Trudel Devant le racisme ouvert guettant les Afro-Américains au moindre détour d’une auto de police, la colère traverse la frontière.

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Le lent déclin de l’empire américain se poursuit sous nos yeux. Même en pleine pandémie, son racisme atavique – cette peste qui le pourrit de l’intérieur depuis sa fondation – frappe encore et toujours.

Dans plusieurs villes, le meurtre sadique de George Floyd sous le genou étouffant d’un policier blanc rallume les bûchers de la colère. À 46 ans, comme tant d’autres avant lui, George Floyd est mort pour une seule raison : la couleur noire de sa peau.

Plus de 50 ans après l’assassinat de Martin Luther King, cette fois-ci sous la botte d’un président fou, le suprématisme blanc opère même un retour en force.

Résultat : dans ces États plus désunis que jamais, les manifestations des derniers jours forment un véritable soulèvement social. D’où la présence massive dans les rues de jeunes de toutes les origines, venus crier ensemble leur soif de justice.

Vrai message

Devant le racisme ouvert guettant les Afro-Américains au moindre détour d’une auto de police, la colère traverse la frontière. Dimanche, à Montréal, ils ont été des milliers à prendre la rue. Là aussi, beaucoup de jeunes de toutes origines.

Même si on ne peut pas comparer la situation canadienne à celle des États-Unis, dans la foulée de la mort de George Floyd, ils ont exprimé leur solidarité. Ils ont aussi dit leur propre besoin d’être entendus ici, face entre autres au profilage racial qui, dans nos corps de police, doit cesser.

Que des agitateurs en aient profité plus tard pour instrumentaliser la manif à des fins violentes était prévisible. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) s’y était préparé. Les casseurs sont toujours les mêmes.

Ce qui compte est le message de justice lancé par la vraie manifestation, elle, tout à fait pacifique. L’autre, celle des casseurs, c’était du saccage volontaire. Point.

Historique ?

Puis il y a eu ce message étonnant posté dimanche par le SPVM sur son fil Twitter. Marquerait-il enfin son virage longuement attendu vers plus de respect face aux membres de minorités visibles ? Si oui, il serait historique.

En cela, il mérite d’être repris in extenso : « Le SPVM souhaite exprimer son désarroi devant la situation qui fait écho partout dans le monde suivant le décès de George Floyd. Autant le geste posé que l’inaction des témoins présents vont à l’encontre des valeurs de notre organisation. Soyez assurés de notre soutien et de notre accompagnement pour la manifestation pacifique tenue à Montréal en appui à toute la communauté. Nous respectons les droits et le besoin de chacun de dénoncer haut et fort cette violence et serons à vos côtés pour assurer votre sécurité ».

À Montréal, une deuxième manif serait prévue le 7 juin. La métropole étant l’épicentre canadien de la COVID-19, la protection de la santé publique devra en être la règle d’or. Que TOUT le monde porte le masque et garde ses distances.

En démocratie, la liberté d’expression est un principe fondamental, mais le droit à la vie et à la sécurité l’est tout autant.