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Les CHSLD, avenir de nos artistes?

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Sourire de victoire aux lèvres, triomphant comme Jeanne d’Arc à Orléans, Nathalie Roy, sous l’œil bienveillant de son premier ministre, a confondu, hier, tous les sceptiques.

Comme si elle voulait abattre d’un seul coup ses détracteurs, la ministre de la Culture et des Communications a sorti les millions de sa corne d’abondance avec la même attitude débonnaire qu’arbore le premier ministre Justin Trudeau depuis le début de la pandémie. Au ton de la ministre, on aurait juré qu’elle venait d’obliger le coronavirus à capituler sans condition.

Madame Roy rêve même d’une fête nationale grandiose qu’on célébrerait avec éclat. Sur les écrans de nos réseaux de télévision, évidemment, et sur les plaines d’Abraham ou le mont Royal, moyennant qu’on respecte la distanciation physique. Hélas ! rien n’est moins favorable que ces maudits deux mètres pour fêter et fraterniser. 

Mais il faut se réinventer, répète la ministre comme un mantra. Une partie substantielle des 400 millions $ (dont 250 millions d’argent « neuf ») qu’elle a annoncés doit être consacrée à des œuvres « créatrices », à des spectacles innovants qui « bousculent les habitudes » et relèvent les défis sanitaires que présente la pandémie.

LES REMERCIEMENTS PLEUVENT 

Sans doute pour faire oublier que quelques centaines d’artistes venaient de lui reprocher de n’avoir pas consulté, la ministre s’est fendue en remerciements envers les vedettes et les unions qui ont éclairé sa lanterne. Les remerciements à la pelle sont devenus l’incontournable leitmotiv de ces points de presse du midi. 

Il y a deux semaines, l’Union des Artistes a fait parvenir aux comités de relance du ministère de la Culture et des Communications deux rapports très fouillés sur la reprise dans les secteurs de l’audiovisuel, des arts de la scène et de la diffusion des spectacles.

Quand on prend connaissance de ces rapports, on constate vite qu’une reprise réelle des arts de la scène est aussi difficile à réaliser que la quadrature du cercle. La distanciation physique constitue un obstacle presque infranchissable. Selon l’UDA, lorsqu’il s’agit de théâtre, de chant, de comédie musicale ou de danse, on retrouve 52 situations de travail et de représentation, dont 33 où la distanciation constitue un enjeu majeur ou insoluble. 

L’EXPÉRIENCE DE FABIENNE LAROUCHE

Sur 11 situations de travail possibles en audiovisuel, il n’y en a que quatre où la distanciation constitue un enjeu majeur. Mais dans tous les cas, le problème pourrait être résolu. 

Fabienne Larouche commencera ce mois-ci le tournage de quelques épisodes de District 31. Elle-même se montre prudente et ne cache pas qu’il s’agit d’une expérience audacieuse qui pourrait déterminer s’il est possible de produire des dramatiques en temps de pandémie. En direct de l’univers et Une chance qu’on s’a ont démontré qu’on peut produire des émissions de variétés intéressantes pour peu qu’on y mette temps et argent.

Les millions que vient de jeter dans la mêlée la ministre Nathalie Roy rendront possible une reprise relative. Ils permettront aux artistes les plus créateurs de tirer leur épingle du jeu en attendant qu’un vaccin marque un vrai départ. Un petit nombre d’artisans et de techniciens profiteront de leur ingéniosité. La plupart des autres, hélas ! seront sans le sou, une fois la prime canadienne d’urgence expirée.

Auront-ils d’autres issues que de travailler dans un CHSLD ? À 49 000 $ par année, ils y toucheraient de bien meilleurs salaires que dans le beau monde du show-business !