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L’évêque Mariann Budde condamne Trump

L’évêque Mariann Budde condamne Trump
Photo AFP

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Plus le temps passe, plus nous avons l’impression que les États-Unis s’enfoncent dans le chaos. Le cauchemar se prolonge et il est bien difficile d’envisager une fin pacifique. 

S’exprimant essentiellement par l’intermédiaire de Twitter depuis le début de la crise, le président a pris la parole et effectué une sortie symbolique après six jours de crise. Si ses partisans les plus farouches semblent se satisfaire de ses déclarations sur la loi et l’ordre, une majorité d’observateurs déplorent son manque d’empathie et la récupération politique.

Si vous réécoutez sa déclaration, calculez le temps consacré à la communauté noire sous le choc d’une autre mort controversée et le temps consacré à l’éventualité d’une intervention militaire. Intéressez-vous également à l’énumération des fauteurs de trouble ou des casseurs. Vous n’y trouverez rien sur l’extrême droite qui a infiltré certaines manifestations même si des shérifs locaux l’ont mentionné.

Trump défie ouvertement les gouverneurs des États et menace de leur imposer l’armée américaine. Plutôt que d’offrir son soutien si nécessaire, il les qualifie de mous et de faibles. Encore là, aucune reconnaissance d’une situation complexe. 

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Comme si son allocution ne suffisait pas, le président a effectué une sortie pour se faire photographier devant l’église St-John. Une bible à la main, il voulait s’assurer de bien montrer son respect pour le vénérable lieu de culte. Pour qu’il puisse s’y rendre, on a brisé une manifestation pacifique et utilisé les gaz pour déloger les participants. Rien de moins. Il venait à peine de déclarer qu’il était l’ami des manifestants pacifistes...

Une fois de plus, les partisans du président qui se manifestent souvent dans le bas de mon blogue ou sur les réseaux sociaux pourraient invoquer un biais de ma part dans l’analyse des déclarations et des comportements du président américain, mais la condamnation la plus dure est venue de l’évêque responsable du diocèse épiscopal de Washington.

Non seulement Mariann Budde déplore qu’on ne l’ait pas informée de la visite du président (même pas un simple appel de courtoisie), mais elle dénonce la récupération du président. Sur Twitter, elle a condamné sévèrement Donald Trump dans des termes on ne peut plus clairs: «[...] used a Bible and a church of my diocese as a backdrop for a message antithetical to the teachings of Jesus and everything that our church stands for.» Le président a utilisé une bible et notre église pour aller à l’encontre du message de Jésus et de ses enseignements.

De nombreuses autres voix au sein de différentes églises se sont fait entendre et elles sont unanimes à déplorer la situation. On souligne que le président ne s’est pas rendu à l’église pour prier ni même pour reconnaître les souffrances de George Floyd. À l’unanimité, on lui reproche la récupération de symboles religieux à des fins strictement politiques.

J’ai déjà écrit, il y a quelques mois, que ce président est dangereux pour son pays et, par extension, pour nous. J’en suis plus que jamais convaincu. Incompétent et belliqueux, il n’a jamais souhaité parler à tous ses concitoyens. Comme historien, je ne me réfère jamais au passé de manière frivole ou irréfléchie, mais il faut passer et repasser les épisodes les plus dramatiques de l’histoire américaine pour trouver un président qui a divisé autant sans jamais chercher à rassembler.

Je vous invite à faire l’exercice avec moi et à laisser vos commentaires ici. Trouvez un autre président qui a provoqué autant de groupes différents à l’intérieur d’un seul mandat. Avant et pendant la guerre de Sécession (peut-on imaginer une pire division que la guerre civile?), même Abraham Lincoln tendait la main et souhaitait réintégrer les États sécessionnistes.

Non, Donald Trump n’a pas créé les problèmes et la polarisation, mais il les exploite de manière honteuse sans égards aux retombées catastrophiques. COVID-19, crise économique et question raciale sont autant d’ingrédients qu’il ne faut pas mélanger et qui rendent la situation instable. Même si ses moyens ont des limites, le président est un leader, le seul dont la voix est entendue dans tout le pays. S’il se doit de protéger ses concitoyens comme il l’affirme, il se doit aussi d’appeler au calme et de les rassembler plutôt que de jeter de l’huile sur le feu.