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Police et arsenal militaire

Police et arsenal militaire
AFP

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Dès le début de la crise qui a débuté avec la mort de George Floyd, je me suis empressé d’écrire que si l’officier Chauvin et ses collègues ont commis une très grave erreur, on place souvent les policiers américains dans des situations intolérables. 

Les manifestations qui s’échelonnent maintenant sur une semaine sont le résultat de plusieurs générations de déficit de leadership. Comme les mesures politiques, économiques, sociales et judiciaires sont insuffisantes, ce sont les différents corps de police du pays qui gèrent au quotidien une situation explosive. S’il y a des têtes brûlées et des racistes, on oublie trop souvent ceux qui souhaitent faire partie de la solution plutôt que d’envenimer le problème. Vous avez probablement remarqué qu’un certain nombre de shérifs noirs se sont également exprimés dans les derniers jours. Ils sont aux premières loges et leur sensibilité est souvent la même que celles des manifestants. 

Parfois dépassés ou mal appuyés, des services de police se tournent vers un armement de type militaire lorsque le ton monte ou que les esprits s’échauffent. La violence spontanée est une réalité. Cependant, il est parfois sidérant de constater les interventions de policiers lourdement équipés face à des manifestants désarmés. Vous l’ignoriez peut-être, mais il existe actuellement aux États-Unis un programme qui facilite le transfert des armes entre le Pentagone et les services policiers.

Le programme en question avait été limité par l’administration précédente, mais relancé depuis le début de la présidence Trump. Le New York Times nous apprend aujourd’hui que des législateurs du Congrès se penchent maintenant sur cette question. S’ils sont habituellement loyaux envers le président et qu’ils se refusent à le contredire publiquement, les républicains se distinguent cette fois et collaborent à la réflexion.

Je tiens à préciser que le meneur républicain du Sénat, Mitch McConnell, n’a laissé planer aucun doute alors qu’il commentait l’intervention policière qui a mené à la mort de George Floyd : «In no world whatsoever should arresting a man for an alleged minor infraction involve a police officer putting his knee on the man’s neck for nine minutes while he cries out "I can’t breathe" and then goes silent.» Il ne serait acceptable nulle part que lors d’une arrestation pour une infraction mineure, un policier puisse appuyer son genou sur la nuque d’un homme pendant près de neuf minutes alors qu’il crie qu’il n’est plus en mesure de respirer.

Dans une rare manifestation d’unité, les élus démocrates et républicains du Congrès vont donc réfléchir au phénomène de la brutalité policière et du type d’armes dont on dispose. Si on ne doute pas du danger auquel les forces de l’ordre font face régulièrement, faut-il pour autant les équiper comme s’ils partaient en zone de guerre?

On a créé le programme de transfert des armes dans les années 1990 pour permettre à l’armée américaine de tirer profit de ses surplus. D'un côté, on retirait des avantages financiers de l’échange alors que de l’autre, les policiers livraient une guerre sans merci aux narcotrafiquants. Ce qui pouvait être une option profitable à ce moment contribue maintenant à envenimer la situation. 

Président de la loi et l’ordre, comme il se plaît à se qualifier, Donald Trump a relancé le programme pour que les policiers disposent du matériel nécessaire pour assurer leur propre protection. Le représentant démocrate de l’Arizona Ruben Gallego, vétéran et ancien Marine, affirme que cet argument est faux: «As a combat veteran and proud Marine, very little of my equipment or training was relevant to policing Phoenix or other American communities.» Nos communautés ne sont pas des zones de guerre et le matériel militaire est inadéquat.

Dans le cauchemar actuel, je trouve réconfortant que des élus des deux formations politiques envisagent d’autres solutions que la militarisation des interventions pour tenter de ramener le calme. S’il n’y a pas de solution miracle et qu’on se doit de reconnaître la complexité du travail des policiers, il faut éviter cette escalade insensée. Si le président ne le comprend pas, il est temps pour le pouvoir législatif de faire son boulot. Ça n’a rien de démocrate ou de républicain, c’est tout simplement américain.