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Systémique ou pas notre racisme?

Periode des questions
Photo d'archives, Simon Clark Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé, a fait une partie de sa formation en médecine aux États-Unis.

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Quand François Legault admet qu’il y a du racisme au Québec tout en soutenant que celui-ci n’est pas «systémique», la plupart d’entre nous avons tendance à lui donner raison.

Nous n’avons pas l’histoire terrible des États-Unis, dont la richesse est entre autres fondée sur un crime originel, l’esclavage.

Le passé québécois contient quelques pratiques d’esclavage, mais on aurait bien du mal à démontrer que cette société fut totalement esclavagiste ou aux pratiques ségrégationnistes, et encore moins qu’il y en aurait des échos encore aujourd’hui.

À l’instar de notre langue publique qui se mâtine de mots provenant de l’anglo-américain, les esprits s’américanisent très rapidement sur ces questions.

Lors des manifestations, ça hurle «shame on you» à des policiers montréalais pour un crime commis à Minneapolis.

Je ne serais pas étonné que certains manifestants, une fois arrêtés, invoquent le «5e amendement». Dédoublement de personnalité national de notre temps : la tête aux É.-U. (la faute à l’internet) ; les pieds au Québec.

Pas Boston

Un ministre et ami de François Legault, Lionel Carmant, délégué à la Santé, a fait une partie de sa formation en médecine aux États-Unis, plus précisément à l’hôpital pour enfants de Boston. Un stage postdoctoral (de 1992 à 1994) sur l’épilepsie pédiatrique à l’Université Harvard.

Rentré au Québec, on lui demandait pourquoi il avait refusé les postes aux conditions mirobolantes qui lui avaient été offerts là-bas. Comme Noir, il n’était tout simplement «pas à l’aise d’élever des enfants à Boston», pourtant une ville de la côte est n’ayant pas grand-chose à voir avec le «sud profond», m’a-t-il expliqué, hier à Qub.

Carmant se souvient notamment de l’affaire Charles Stuart, qui avait fait la manchette. Ce notable du Massachusetts avait assassiné son épouse enceinte en mettant en scène une attaque par un «Noir en pantalon de coton ouaté». Il avait prétendu s’être égaré en voiture dans le quartier dur de Mission Hill, où le drame se serait produit. L’affaire avait déchaîné les passions raciales à Boston, car dans un premier temps, les policiers avaient allègrement avalé les supercheries du meurtrier. Il fut finalement dénoncé par son frère.

L’épisode a laissé un goût amer au ministre. «Du racisme, il y en a partout.» Mais contrairement au Québec, où il est difficile de s’afficher comme tel, chez nos voisins du sud, ça peut être une fleur à la boutonnière : «Aux États-Unis, il y en a qui en sont fiers!»

Victime de profilage

Il insiste : «Le Québec, c’est le meilleur endroit pour élever son enfant.» D’où son choix.

Mais de dire que tout va bien ici serait se leurrer. Et ce qu’il révèle est troublant : lui-même dit avoir été «arrêté sans raison [...] plus d’une fois», surtout lorsqu’il était plus jeune. Aujourd’hui encore, il sait qu’un «jeune Noir qui conduit l’auto de ses parents» risque davantage d’être interpellé. Il en a averti ses filles.

– «On présume que l’auto est volée?»

– «Absolument», répond-il.

Ce qui me semble tristement systémique. Pas vous?