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Indignation dans la LNH

Mathieu Joseph et Bokondji Imama souhaitent que l’éveil des consciences ne dure pas que quelques semaines

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Photo d'archives, AFP Mathieu Joseph, du Lightning, croit que le changement de mentalité passe par l’éducation.

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Des manifestations aux quatre coins des États-Unis, des personnalités qui prennent la parole. Rarement a-t-on vu un événement soulever autant l’indignation que la brutale arrestation de George Floyd.

La planète sportive ne fait pas exception. Au cours des derniers jours, ils ont été plusieurs à avoir pris position pour l’égalité des peuples et l’égalité des races.

Assistons-nous enfin à l’éveil des consciences ? La mort tragique de M. Floyd, survenue après l’intervention de quatre policiers blancs, aura-t-elle au moins permis de faire évoluer l’être humain ?

Bokondji Imama, attaquant du Reign d’Ontario, de la Ligue américaine, n’est pas encore prêt à se prononcer là-dessus.

« On en a vu des événements se dérouler dans le passé. Pendant quelques jours, tout le monde en parlait et écrivait là-dessus. Puis, au bout d’une semaine, la vie recommençait comme si rien n’était arrivé », a indiqué le Montréalais, joint par Le Journal de Montréal.

« Présentement, plusieurs personnes affichent leur soutien. Espérons que ça continuera comme ça dans les mois et les années à venir, a ajouté le choix de sixième tour du Lightning en 2015. À ce moment, je pourrai dire que oui, la cause a avancé. »

Éducation et valeurs

Indigné par les images de l’arrestation, Mathieu Joseph est l’un des premiers joueurs de la LNH à s’être manifesté sur les réseaux sociaux. Dans un long message sur Twitter, il a écrit des propos rejoignant ceux d’Imama.

« Une fois que le calme sera revenu, quelles actions concrètes auront réellement été prises ? » a-t-il demandé.

Les manifestations pacifiques permettent à la roue de tourner un peu. Toutefois, c’est avec l’éducation que le changement de mentalité s’effectuera de la façon la plus efficace, selon lui.

« C’est par là que ça commence, a soutenu l’attaquant du Lightning. Quand les gens comprennent, ils peuvent transmettre leurs valeurs aux générations futures, à leurs enfants. C’est comme ça que les changements se font. »

Le racisme est un sujet délicat. Celui de la brutalité policière également. Voilà qui explique pourquoi les athlètes blancs sont habituellement muets quand vient le temps d’unir leur voix à leurs confrères et consœurs de couleur. Même si le risque d’en être victimes est nul.

Cela semblait être une nouvelle fois le cas... jusqu’à ce qu’Evander Kane invite les athlètes blancs à prendre position. Depuis, Jonathan Toews, Sidney Crosby, Patrice Bergeron, Brayden Holtby, Blake Wheeler, Shea Weber et Brendan Gallagher sont au nombre des joueurs de la LNH à s’être manifestés.

« Que des gens qui ne vivront jamais ces situations les décrient, c’est bon signe. Cela démontre qu’ils essaient vraiment de comprendre ce qu’il se passe », a louangé Joseph.

Contrôles douteux

Au cours de leur entretien avec l’auteur de ces lignes, Imama et Joseph ont chacun tenu à insister sur le fait qu’il ne fallait pas généraliser, que seulement « une faible minorité » des gens est raciste. 

N’empêche, les cas de profilage racial sont nombreux. Les collègues Andy Mailly-Pressoir, de TVA Sports, et Meeker Guerrier, de Radio-Canada, ont raconté sur diverses plates-formes avoir eux-mêmes été interpellés pour des contrôles douteux.

D’ailleurs, Guerrier a raconté qu’enfant, il avait eu avec ses parents la discussion que toutes les familles noires tiennent, un soir donné, autour de la table : comment réagir lorsqu’on est noir et qu’on se fait interpeller par un policier.

« Je l’ai eue aussi. Deux fois, a reconnu Imama. D’abord, quand j’étais jeune. Puis, quand j’ai signé mon premier contrat, et que je suis parti en Californie, la discussion est revenue. Parce que c’est le genre de situation qu’on semble voir plus souvent aux États-Unis. »

Des conseils que le joueur du club-école des Kings a rapidement dû mettre en application.

« Il devait être 7 ou 8 heures. Je m’en allais à un entraînement. J’ai dû rester sur l’accotement pendant plus d’une heure. Une simple question de vérification, a raconté Imama. Je comprenais le contexte. Je savais qu’il essayait de trouver le petit détail qui lui permettrait de me donner un ticket. »

Une situation frustrante qui, heureusement, est à cent lieues de ce qu’a vécu George Floyd à Minneapolis, la semaine dernière.