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Manger en toute conscience avec Boucar Diouf

Manger en toute conscience avec Boucar Diouf
PHOTO COURTOISIE / ICI EXPLORA

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MONTRÉAL – On a apprêté l’alimentation à toutes les sauces à la télévision dans les dernières années, en compétition comme en documentaire, mais rarement s’est-on intéressés à ses primes origines. Dans sa nouvelle série «Manger», Boucar Diouf se penche sur le contenu de nos assiettes d’un point de vue historique, anthropologique et scientifique. 

«L’alimentation, on l’a cuisinée, on a découvert ses artisans, on l’a décomposée moléculairement, on a regardé ses propriétés nutritionnelles, mais il manquait l’histoire. Est-ce que vous savez d’où vient ce que vous mangez ? C’est la question que je me suis posée et à partir de laquelle j’ai cogité ce projet. D’où vient le maïs? Qui l’a domestiqué? À partir de quelle plante?», expose Boucar Diouf en entrevue.

Ne pas oublier

Les quatre épisodes de «Manger» seront diffusés à compter de lundi prochain, à ICI Explora. Le premier s’attarde au parcours de la tomate, à ses racines et son industrialisation, entre autres. Puis, Boucar parlera de l’arachide (qu’il a jadis cultivée dans son village natal de Fatick, au Sénégal), du maïs et du piment.

Avec, en renfort, des explications d’agronomes, d’anthropologues, d’historiens et d’autres spécialistes du Québec, mais aussi de l’Ontario et de la France.

«Dans la première saison, je voulais montrer ce que nous devons aux Premières Nations d’Amérique. Quand on mange des choses, on oublie souvent d’où ça vient. Les courges, les avocats, les patates: une bonne partie de ce que nous mangeons aujourd’hui, partout sur la planète, vient des civilisations précolombiennes, qui ont pourtant parfois une presse moins glorieuse, malgré un génie agricultural (sic) qu’on ne retrouvait pas en Europe, par exemple. C’est une façon de dire: "n’oublions pas"», dépeint sagement Boucar Diouf.

La palourde a 10 ans

Avec une pointe de déception dans la voix, l’ex-océanographe de 55 ans raconte qu’une deuxième saison de «Manger» figurait déjà dans les plans d’ICI Explora, et qu’il aurait dû ainsi se rendre au Pérou pour étudier le cacao et dans les Antilles pour documenter la provenance de la banane et de la canne à sucre.

La pandémie est évidemment venue contrecarrer l’entreprise, mais Boucar espère tout de même que la série durera à long terme, et même qu’elle se fraiera un chemin jusque dans les écoles pour informer les jeunes.

Par ailleurs, les adeptes d’hier de «Des kiwis et des hommes» trouveront sympathique de regarder l’ex-coanimateur de la défunte émission estivale déambuler au Marché Jean-Talon, son ancien lieu de tournage, aux premières minutes de «Manger».

«On ne peut pas échapper à la palourde, quand même. C’est le retour en pèlerinage sur les lieux de la palourde!», ricane Boucar Diouf, en rappelant que la séquence devenue virale, où Francis Reddy et lui s’esclaffaient à en pleurer en préparant une palourde royale à l’apparence suggestive, célèbre ses dix ans cette année.

Manger en toute conscience avec Boucar Diouf
PHOTO COURTOISIE / ICI EXPLORA

«Je m’indigne»

Certaines paroles de Boucar Diouf en regard de l’humanité et de l’alimentation prennent une résonnance particulière, ces jours-ci, dans la foulée des actes horribles qui ont coûté la vie à George Floyd aux États-Unis et des manifestations qui ont suivi.

«Pour comprendre l’histoire de l’humanité, il faut s’intéresser à l’alimentation, au voyage des semences et des graines. Si tu suis les graines, tu vas comprendre ce qui s’est passé dans le monde au complet. Si tu veux comprendre ce qui se passe aux États-Unis présentement, il faut poser la question à la canne à sucre, au café, au tabac et au coton. Si ces plantes pouvaient parler, elles te raconteraient tout ce qui s’est passé», estime Boucar, qui se dit, «comme tout le monde», horrifié par les récents événements.

«Je m’indigne profondément. C’est triste, parce que ce sont les fondations de l’Amérique. Le problème est incrusté dans les fondations du pays. Et, pour changer les choses durablement, il faudrait soulever la maison et refaire les fondations. Je ne sais pas si les gens ont le courage de le faire, mais c’est horrible.»

«Dans une belle société paisible, on ne devrait pas avoir peur de la police, ajoute Boucar. La police devrait être un refuge vers lequel courir quand on a des problèmes, et où être entre bonnes mains.»

Comédien dans «Léo»

Sur une note plus joyeuse, Boucar Diouf a récemment eu l’opportunité de devenir acteur dans la comédie «Léo», où il est souvent évoqué, en tant qu’idole du personnage de Chabot (Steve Laplante).

S’il a interdit à son garçon de 12 ans et sa fille de 8 ans de regarder la scène, aussi costaude que grivoise, dans laquelle il fait le médiateur entre Perreault (Guillaume Cyr) et Drouin (Simon Lacroix), Boucar est néanmoins honoré d’être de l’univers fictif créé par Fabien Cloutier.

«Fabien Cloutier est tellement fin, lance Boucar dans un rire attendri. Je ne me considère pas comme un acteur du tout; le jeu, c’est un métier. J’ai un grand respect pour les comédiens. Mais j’étais content de jouer mon propre personnage, et d’entendre Chabot parler de moi. J’en entends parler souvent.»

ICI Explora présentera «Manger» le lundi, à 21 h, du 8 au 29 juin. La série «Léo» est toujours disponible sur Club illico.