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Prêts à changer de vie pour être préposés aux bénéficiaires

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Attirés par la promesse d’un salaire de 50 000 $, par de nouveaux défis professionnels ou pour aider son prochain, ils ont décidé de devenir préposés aux bénéficiaires. Le Journal a discuté avec six de ces personnes aux parcours de prime abord différents qui ont décidé de faire le grand saut.

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À 23 ans, il veut «aider le monde»  

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Âgé de 23 ans, le Montréalais Jean-Simon Deslauriers devait passer une entrevue d’embauche comme cuisinier au salaire minimum avant que la pandémie ne frappe. 

Hier, il s’est inscrit pour devenir préposé aux bénéficiaires en CHSLD. «J’ai sauté sur l’occasion», dit-il, n’ayant pas peur de la lourdeur du travail.

Il avait récemment complété ses études secondaires, mais il n’avait pas les moyens de s’inscrire à une formation professionnelle. 

«Je ne fais pas ça pour l’argent, mais vraiment pour aider le monde», assure-t-il. N’empêche, le salaire proposé pour la formation et l’emploi ensuite ferait une «méchante différence» comparativement à l’aide sociale qu’il reçoit actuellement.

Il est prêt à se déplacer en transport en commun pour la formation et même à travailler de nuit, puisqu’il a déjà été bénévole pour Opération Nez rouge, dit-il. 

De grands besoins en région?  

Photo courtoisie

Est-ce que les besoins seront aussi criants en région, à l’extérieur des grands centres urbains? C’est la question que se pose Marie-Ève Pelletier, une citoyenne de Saint-Ulric, près de Matane, dans le Bas-Saint-Laurent. 

La mère de deux enfants veut tenter sa chance en espérant que des postes soient disponibles à proximité de chez elle. 

«Ça prend la vocation. J’ai toujours aidé les personnes âgées, en commençant par mon grand-père. La courte formation est intéressante et je ne veux pas rater ma chance. Retourner sur les bancs d’école pendant un an ou deux, ce n’est pas toujours évident. J’évalue les options lorsque mes enfants auront terminé leur année à la mi-juin», lance la femme de 35 ans qui a déjà été éducatrice en service de garde. 

Lorsqu’elle habitait Rivière-du-Loup, elle avait également œuvré comme PAB pendant une courte période, mais sans détenir de formation spécifique. 

Des avantages attrayants  

Photo courtoisie

Cuisinier et opérateur de machinerie lourde, Yannick Ouellet s’est toujours intéressé au travail de préposé aux bénéficiaires, mais hier, il a finalement fait le grand saut en s’inscrivant.

Père de quatre enfants, il ne pouvait pas se permettre de cesser de travailler plusieurs mois pour suivre la formation professionnelle. «Ça fait longtemps que je voulais aller dans ce métier-là [...]. C’est toujours quelque chose qui m’a passionné d’aller aider les gens dans leur fin de vie», dit le résident de Vaudreuil, âgé de 40 ans.

Il a étudié en administration, mais n’a finalement jamais travaillé dans ce domaine, souligne-t-il.

La stabilité d’emploi et les avantages sociaux sont aussi attrayants, explique-t-il, car le salaire ne fera pas une grande différence pour lui actuellement.

Il sait aussi à quoi s’attendre en CHSLD, ayant plusieurs amis dans le domaine.

Une popularité qui inquiète les plus dévoués  

Photo courtoisie

Avec plus de 45 000 inscriptions en une seule journée, ceux qui souhaitent vraiment devenir préposés aux bénéficiaires s’inquiètent soudainement de ne pas être sélectionnés. «Avec autant d’inscriptions, on est un peu sur les nerfs», avouait Kassandre Duplessis, qui voulait devenir PAB avant même la pandémie. 

«C’est l’opportunité d’une vie avec un bon salaire et une formation sur le terrain», dit la Beauceronne. Celle qui a déjà de l’expérience au privé affirme cependant que ce n’est pas un travail pour tout le monde. 

«Changer une couche c’est ordinaire», dit celle convaincue d’avoir les aptitudes pour être préposée. «Je suis sûre que je vais être bonne», dit-elle. 

«J’ai hâte de débuter»  

Photo courtoisie

Mis à pied en raison de la pandémie, Éric Leblanc se dit traversé par «un sentiment de fierté» qui l’encourage à se lancer dans cette nouvelle aventure. À 48 ans, le père de deux adolescents se sent «capable» de retourner sur les bancs d’école et «à l’aise» d’offrir des soins aux bénéficiaires. 

Il ne cache toutefois pas que le salaire a été un élément important dans sa décision. «Un salaire de 50 000 $, c’est sûr que dans ma région c’est très bien payé», dit l’homme de Shawinigan, où un CHSLD a été fortement touché par la COVID. Le salaire donne une perspective d’avenir à M. Leblanc pour «soutenir l’éducation» de ses fils et s’acheter une nouvelle propriété. 

Très motivé à commencer sa formation dans les prochains jours, il voit l’aventure comme «une leçon pour mes gars. Après une crise, il y a possibilité de se relever», dit-il. 

Encore beaucoup de questions  

«Blasée» du travail en administration qu’elle fait depuis plusieurs années, Isabelle Beaupré voit la mise en place du programme pour devenir préposée aux bénéficiaires en trois mois comme «une belle opportunité de changement de carrière».   

Elle s’est donc inscrite dès la fin de la conférence de presse du premier ministre avec le désir de «contribuer». Reste que Mme Beaupré veut avoir plus de détails avant de se lancer officiellement. 

«Il y a plein de choses à regarder avec la famille», précise-t-elle. «Est-ce que je vais travailler de nuit, de jour, sur appel? questionne-t-elle. Est-ce que ça va me convenir tant physiquement que mentalement?»

Lors de son inscription au téléphone, on lui a dit qu’elle aurait un retour d’ici 48 heures.