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Fini les fax pour compter les décès

Le premier ministre promet des données informatisées sur les décès de la COVID-19 d’ici une semaine

CHSLD
Photo Pierre-Paul Poulin Mélanye Sagala, DG de la Villa Val des Arbres, à Laval, doit comme les autres dirigeants de CHSLD envoyer par le bon vieux fax les bulletins des décès dus à la COVID.

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 Le premier ministre François Legault promet que l’usage du télécopieur pour signaler les décès liés à la COVID-19 tire à sa fin. Jugeant cette pratique «archaïque», il a promis que la saisie de données sera entièrement informatisée d’ici une semaine.

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Cette façon de faire datant du siècle précédent a causé l’omission de plus de 200 décès dans le décompte des morts au Québec, comme rapporté par notre Bureau d’enquête.

Jeudi encore, le bilan quotidien de 91 morts contenait 26 décès qui remontaient à avril et 40 au mois de mai.

Le premier ministre n’a pas tardé à aborder le sujet lors de son point de presse quotidien. 

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«Écoutez, mes deux gars ne savent même pas c’est quoi un fax, donc juste pour vous dire comment c’est archaïque», a souligné d’entrée de jeu M. Legault.

Cette situation, a avoué le premier ministre, a d’ailleurs valu au Dr Horacio Arruda de subir quelques-unes de ses colères depuis le début de la pandémie.

Une méthode bientôt révolue

«Le premier ministre ne comprenait pas qu’on ne puisse pas compter les décès, et je le comprends, mais c’est très complexe», a répondu le directeur de la santé publique en promettant des changements.

«On est en train d’informatiser, notamment, un formulaire que ça fait longtemps qu’on voulait informatiser. Ça va se faire rapidement», a dit le Dr Arruda.

Pourtant, deux jours plus tôt, le ministère de la Santé avait assuré que, pour l’instant, le télécopieur était la solution la plus sécuritaire pour transmettre les bulletins de décès entre les résidences et les directions régionales de santé publique.

Les données sont ensuite entrées dans le fichier V10 du ministère de la Santé qui a été mis en place lors de l’épidémie d’Ebola. Il a été adapté pour la COVID-19, mais il ne permet pas de recevoir directement les bulletins de décès.

Il a été impossible, jeudi, d’avoir des détails auprès du ministère sur le formulaire dont parlait le Dr Arruda en conférence de presse. Ni sur les délais pour l’implanter. 

Déjà des solutions

Il existe pourtant déjà au sein du réseau de la santé des outils informatiques qui pourraient permettre de mieux comptabiliser les morts. 

Depuis deux mois, l’entreprise Logibec a implanté un tableau de bord interactif sur la COVID-19 dans une dizaine de CISSS à travers le Québec. 

Il permet de suivre en temps réel le nombre de cas positifs, les inventaires d’équipement de protection médicale, le nombre de tests... et même les décès.

«On évite le fax et on passe dans les années 2000. Ça permet d’automatiser l’entrée des données et de les intégrer au tableau de bord qui peut être consulté en temps réel», indique le vice-président de Logibec, Pierre-Louis Racine.

Une présentation a été faite au ministère vendredi dernier. Il a fallu en moyenne quatre jours pour implanter le système dans chaque CISSS. Il n’a pas voulu s’avancer à savoir si l’implantation à travers le Québec d’ici une semaine comme souhaité par M. Legault était réaliste.

«On me dit que d’ici une semaine, ça devrait être tout informatisé, a soutenu M. Legault. Donc, on va arrêter d’écrire: “Deux morts” [puis] mettre ça dans une enveloppe avec un timbre. [...]. En 2020, ce n’est pas normal que ça se fasse par la poste [et] par fax», a-t-il dit en léchant son pouce comme s’il collait un timbre sur une lettre.