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COVID-19: le confinement transforme la criminalité à Québec et Lévis

Hausse des chicanes de famille, baisse drastique des accidents de la route

Le directeur adjoint de la police de Lévis, François Dubé, devant le poste temporaire de son service érigé en deux semaines dans un centre communautaire pour protéger ses effectifs contre une éventuelle éclosion de COVID-19.
Photo Jean-François Desgagnés Le directeur adjoint de la police de Lévis, François Dubé, devant le poste temporaire de son service érigé en deux semaines dans un centre communautaire pour protéger ses effectifs contre une éventuelle éclosion de COVID-19.

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La criminalité s’est considérablement transformée durant le confinement, les services de police de Québec et Lévis constatant une hausse des signalements pour les violences intrafamiliales, en plus d’une baisse drastique des infractions sur la route.

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«C’est toujours ça: la criminalité évolue avec la société. Avec la pandémie, la criminalité se déplace, il y a d’autres choses qui se créent avec ça», expose la porte-parole de la police de Québec, Sandra Dion.

En effet, dans les semaines suivants la mise sur pause du Québec, les autorités ont dû adapter leurs services aux nouvelles réalités criminelles. Sur la Rive-Nord, les autorités ont constaté une hausse de 33% des appels pour les cas de violence conjugale, alors que sur la rive-sud, les chicanes de famille ont connu une augmentation de 19%.

À l’inverse, les accidents de la route ont chuté de manière importante, à 78% pour Lévis et plus de 50% pour Québec. Sur la rive-nord, le nombre de constats émis pour des infractions sur la route se situait à 345 en avril, contre 1200 pour le même mois, l’an dernier. Une diminution de 71%.

Les vols dans les résidences ont aussi diminué de moitié sur le territoire de la police de Québec, qui a aussi noté une baisse des appels pour les vols à l’étalage et les vols de véhicule. À l’inverse, les vols à l’intérieur des commerces ont augmenté de 50%.

Sans surprise, le confinement des citoyens à la maison, la diminution des déplacements sur les routes et la fermeture des commerces expliquent l’ensemble de ces transformations, selon les deux corps policiers.

Ressources dédiées à la COVID

La baisse d’activités dans certains secteurs de la criminalité a toutefois permis aux autorités de réaffecter leurs ressources en fonction des besoins créés par la pandémie. Les citoyens ont en effet été nombreux à dénoncer des situations qui contrevenaient aux mesures sanitaires en vigueur.

«Ça a suscité beaucoup de travail», concède le directeur adjoint aux opérations du Service de police de la Ville de Lévis, François Dubé, qui estime qu’environ 4500 appels uniquement liés au coronavirus ont été logés en avril.

«Au plus fort de la crise, on recevait en moyenne 100 appels par jour», avance quant à elle la porte-parole du Service de police de la Ville de Québec, qui a notamment pu compter sur le rapatriement d’une vingtaine de policiers qui travaillaient habituellement en milieu scolaire pour répondre à la demande.

Peu de constats

Les citoyens ont toutefois été très collaborateurs, soutiennent les autorités. À preuve, moins de 200 constats ont été remis à Québec. «C’est vraiment dans des cas extrêmes que les gens ont continué de ne pas respecter les règles », avance Sandra Dion. « Les cas où il y avait une action volontaire de ne pas collaborer étaient très très minimes», renchérit François Dubé.

Un poste de police érigé en deux semaines   

La police de Lévis a sorti l’artillerie lourde et érigé un poste de police temporaire en deux semaines pour protéger ses effectifs contre une éventuelle propagation de la Covid-19.

Au début de la crise, à Montréal, plus d’une centaine de policiers avaient dû se placer en quarantaine de manière préventive. Pour le directeur adjoint aux opérations du SPVL, ce «scénario catastrophe» ne devait absolument pas se produire en ses rangs.

«À Lévis, on est 150 policiers. Un enquêteur qui l’attrape, est-ce que ça voulait dire que je n’avais plus d’enquêteurs pendant quelques semaines? Je ne pouvais pas me permettre ça», avance François Dubé, qui a rapidement érigé un centre opérationnel de mission pour «gérer l’ensemble des opérations face à cette situation d’exception».

Il a donc rapidement été décidé de mettre sur pied un second poste de police « alternatif » dans un centre communautaire de Lévis. En moins de deux semaines, l’endroit accueillait la moitié des effectifs de la patrouille ainsi que tous les équipements nécessaires à leur travail, dont des salles de rencontre, de repas et d’ivressomètre, en plus des vestiaires.

«Tout y est, sauf les cellules», lance avec fierté M. Dubé. «Il n’y avait aucun croisement entre les équipes. Donc si on avait un poste en quarantaine, on en avait au moins un pour répondre à la population», poursuit-il.

Du même coup, le bureau des enquêtes a été scindé en trois unités multi-disciplinaires, toujours pour protéger les équipes. «On ne voulait pas que tous les enquêteurs aux stupéfiants tombent, par exemple», illustre M. Dubé.

Travail adapté

Autant à Lévis qu’à Québec, les mesures sanitaires ont été mises en place, les policiers ont reçu des équipements de protection et le télétravail a été privilégié. Des salles d’interrogatoire ont été munies de plexiglas, certaines rencontres avec des témoins se sont faites par téléphone et les citoyens ont été invités à porter plainte en ligne, notamment.

«On a pu continuer de travailler sans être en contact direct avec les gens, pour préserver la sécurité des policiers tout en continuant de servir les citoyens. Ça nous a forcé à innover et il y a des choses qui vont rester, c’est sur», soutient M. Dubé.

911 en renfort

Les intervenants du 911 ont aussi été mis à contribution. Ils prenaient soin à chaque appel de questionner les citoyens sur leur risque d’exposition à la Covid-19, de manière à guider les policiers dans leur intervention.

«On ne pouvait pas garantir le risque zéro, surtout quand tu es un intervenant de première ligne. Mais nos policiers ont fait preuve d’un grand courage et d’un grand dévouement car malgré les mesures, il y avait un risque d’exposition quand même», souligne M. Dubé.

Notons qu'à ce jour, aucun policier, ni à Québec ni à Lévis, n’a été diagnostiqué positif à la COVID-19.

À QUÉBEC   

(Comparaison entre le nombre d’appels logés du 13 mars au le 24 avril 2019 et sur la même période en 2020)

En hausse  

  • Violence conjugale et chicanes de famille : 33%  
  • Vol dans les commerces : 50%   

En baisse  

  • Accidents (route, délit de fuite, etc.) : 50%  
  • Contraventions routières : 71%  
  • Vol dans les résidences : 49%   

À LÉVIS   

(Comparaison entre le nombre d’appels logés en avril 2020 et sur le même mois, en moyenne, entre 2015 à 2019)

En hausse  

  • Chicanes intrafamiliales : 19%  
  • Cas de détresse et de santé mentale : 20%   

En baisse  

  • Accidents de la route : 78%  
  • Crimes contre la personne (voies de fait) : 39%  
  • Crimes contre la propriété : 26%   

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