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Des milliers de Canadiens «abandonnés» à l’étranger en pleine pandémie

Des organisations accusent Ottawa pour son manque de collaboration

Julie Bellegarde
Photo courtoisie Julie Bellegarde, qui a dû être hospitalisée au Maroc, a vécu beaucoup de stress cette semaine.

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Le gouvernement fédéral a failli à la tâche et a «abandonné» au moins 8000 à 9000 Canadiens à l’étranger en pleine pandémie déplore une association qui tente de les rapatrier et qui dénonce le manque d’engagement d’Ottawa à lui faciliter la tâche.

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«Ce n’est pas compliqué, ce qui retarde les dossiers, ce qui retarde le retour de ces gens-là au pays, c’est Affaires Mondiales Canada», laisse tomber Robert Stead, président de l’Association d’aide à l’immigration (AAI), un organisme sans but lucratif qui se démène pour rapatrier des Canadiens depuis le mois de mars.

L’association affirme être en contact avec 8000 à 9000 Canadiens dispersés de par le monde qui tentent de rentrer à la maison. «Et ça, c’est juste notre organisation. Il y en a bien plus que ça», explique M. Stead.

Affaires mondiales Canada indique de son côté que «plus de 41 112 Canadiens sont rentrés au pays à bord de 397 vols de 107 différents pays», mais admet que certains ne pourront rentrer.

Partout dans le monde

«Nous avons encore 350 personnes prêtes à embarquer sur l’avion au Maroc, mais nous attendons après le ok du gouvernement canadien», s’offusque Robert Stead, précisant avoir fourni les informations de l’ensemble des passagers au fédéral. Parmi ces passagers, une dame souffrant de problèmes cardiaques a même dû être hospitalisée cette semaine. (Voir autre texte ci-bas)

Nolinor, compagnie qui doit fournir l’avion, confirme les dires de l’association, tout comme l’Agence de voyage 123 Go, qui accompagne l’association. «On pourchasse nos contacts dans les ambassades pour accélérer les choses, mais ça ne bouge vraiment pas vite», affirme Vincent Dufort, directeur du développement des affaires du transporteur aérien privé.

L’AAI a indiqué au Journal avoir reçu des demandes d’un peu partout dans le monde pour des retours au pays. Si certains plus chanceux ont reçu une date possible de retour, notamment au Pérou (voir autre texte), la situation demeure critique dans d’autres pays comme l’Algérie, l’Inde, l’Équateur, le Venezuela ou certains pays d’Afrique.

«Il y a des endroits où c’est horrible. Des gens ont de la difficulté à se procurer de la nourriture, de l’eau potable, des gens n’ont pas d’électricité. Et le gouvernement accepte de laisser ses citoyens dans ces conditions? C’est inacceptable», insiste M. Stead, ajoutant que «si Ottawa coopérait», il pourrait ramener au pays 1000 personnes d’ici une semaine du Maroc et de l’Algérie.

  • ÉCOUTEZ l'entrevue avec Robert Stead, président de l’Association d’aide à l’immigration, à QUB Radio:

Manque d’appui

L’ensemble des intervenants consultés par le Journal déplorent que le Canada n’en fasse pas plus pour appuyer ces initiatives privées qui diminueraient l’ampleur de la tâche gouvernementale.

«Pendant que nous on réussit à offrir des vols à environ 1200$ par personne, le fédéral offre des alternatives à 3000$ à des gens qui n’ont pas de revenus depuis trois mois. On est en crise, c’est une cause humanitaire et on dirait que certains essaient d’en profiter pour manger la laine sur le dos du pauvre monde», s’insurge le président d’AAI, organisme sans but lucratif.

«On a fait des démarches avec les députés, Justin Trudeau, le ministre Champagne, des emails, des pétitions, il n’y a rien qu’on n’a pas fait et pourtant, on est encore ici. Est-ce qu’ils attendent que quelqu’un meure?», questionne, un sanglot dans la voix, Julie Bellegarde, coincée au Maroc.

Une Québécoise coincée au Maroc implore le gouvernement de bouger  

Julie Bellegarde souffre de problèmes cardiaques et est séparée de son fils depuis maintenant trois mois

Julie Bellegarde
Photo courtoisie

Une Québécoise coincée au Maroc depuis la mi-mars implore le fédéral d’en faire plus pour faciliter l’organisation d’un vol privé pour rapatrier les 350 Canadiens qui s’y trouvent. «Ça fait trois mois que je n’ai pas vu mon fils. J’ai une condition médicale. Il faut qu’ils viennent nous chercher» supplie Julie Bellegarde.

Mme Bellegarde est arrivée au Maroc à la mi-février et devait passer un mois chez des amis au Maroc, mais ses vacances se sont transformées en cauchemar depuis. Elle a bien essayé de revenir avant que la frontière marocaine ne soit fermée, mais deux des vols qu’elle avait trouvés ont été annulés. Impossible également d’avoir une place sur l’un des trois vols organisés par le gouvernement fédéral.

«Les deux premiers vols, je n’ai pas réussi à avoir de code d’accès, c’était la folie. Et le troisième, celui du 25 mars, la connexion Internet ne fonctionnait pas, donc je n’ai pas pu acheter de billets non plus», raconte la dame originaire de la Beauce.

Hospitalisée

La femme, qui a des problèmes cardiaques, a d’ailleurs été hospitalisée plus tôt cette semaine. «J’ai recommencé à faire de l’angine, je me sens pas très bien», confie-t-elle, disant souhaiter que «rien ne lui arrive» d’ici son retour.

«Mon moral est à plat, on meurt à petit feu».

Julie Bellegarde fait partie des 358 Canadiens actuellement au Maroc qui font des démarches avec l’Association d’Aide à l’immigration (AAI) pour revenir au pays. Elle déplore que les démarches logistiques soient rendues compliquées par le fédéral.

«Je ne comprends pas pourquoi ils n’en font pas plus. Ça devient urgent pour plusieurs personnes. Je me sens tellement démunie, abandonnée par mon propre pays», insiste la femme qui n’a qu’une seule idée en tête depuis la mi-mars.

«Je veux revoir mon fils. Mon garçon a 17 ans, son père est décédé et là, à cause de ça, il a perdu sa mère depuis 3 mois. Je veux juste revenir chez moi».

Pas d’autres vols prévus

Questionné sur la situation au Maroc, le gouvernement canadien insiste que des vols ont déjà été organisés et qu’aucun autre ne sera ajouté pour le moment.

«Les Canadiens coincés au Maroc ont eu l’opportunité de prendre un de ces vols de rapatriement ou de prendre un vol à travers un pays tiers», affirme Angela Savard, porte-parole d’Affaires Mondiales Canada.

L’organisme se dissocie également des initiatives d’aide privées, comme celle de l’AAI.

«[...] Si quelqu’un décide de participer ou de payer pour un vol nolisé privé, sachez que cela est fait à leurs propres risques et que le gouvernement du Canada n'est pas responsable des pertes ou dommages pouvant être encourus», se contente de préciser Affaires Mondiales Canada.


Appel à tous

Vous êtes coincés à l’étranger depuis le début de la pandémie ou vous connaissez quelqu’un qui n’a pas encore pu revenir au pays ? Le Journal est à la recherche de témoignages de gens qui cherchent par tous les moyens à rentrer à la maison.

jdq-scoop@quebecormedia.com