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50 ans de taule seraient une condamnation à mort

L’avocat d’Ugo Fredette veut lui éviter de mourir en prison

50 ans de taule seraient une condamnation à mort
Illustration Delf Berg, archives

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Imposer à Ugo Fredette un minimum de 50 ans de détention reviendrait à venger les deux meurtres qu’il a commis en le laissant mourir en prison, a plaidé la défense. 

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«Si on regarde le tout de façon objective, ce que mon confrère [de la Couronne] vous demande, c’est de répondre par la loi du talion et d’évacuer complètement la réhabilitation», a affirmé d’entrée de jeu Me Louis-Alexandre Martin.

Après la Couronne hier, c’était au tour de la défense, ce matin, au palais de justice de Saint-Jérôme, de faire valoir ses arguments quant à la peine à imposer à Ugo Fredette.

Et Me Martin est en désaccord total avec la suggestion de Me Steve Baribeau d’imposer à Ugo Fredette une peine minimale de 50 ans. 

Œil pour œil

Pour le criminaliste, cela équivaudrait à appliquer le proverbe Œil pour œil, dent pour dent, en condamnant son client à mort, puisque celui-ci ne pourrait pas aspirer à quitter le pénitencier avant l’âge de 91 ans.

«Sinon on l’embarre et on pitche la clé. Il va mourir en dedans», a illustré Me Martin.

Le tueur de 44 ans est déjà condamné à la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans, pour avoir tué deux personnes en moins d’une heure, le 14 septembre 2017.

Une peine amplement suffisante pour la défense. 

«Vingt-cinq ans, c’est long, c’est extrêmement long dans la vie d’un homme. Je vais vous demander de faire preuve de retenue et de maintenir l’inéligibilité à la libération conditionnelle à 25 ans», a souligné Me Martin à la juge de la Cour supérieure Myriam Lachance.

Ugo Fredette a d’abord tué sa conjointe, Véronique Barbe, avant d’assassiner Yvon Lacasse (en mortaise), afin de lui voler sa voiture.
Photos d'archives
Ugo Fredette a d’abord tué sa conjointe, Véronique Barbe, avant d’assassiner Yvon Lacasse (en mortaise), afin de lui voler sa voiture.

Fredette a d’abord enlevé la vie de sa conjointe, Véronique Barbe, en la poignardant à 17 reprises. Il a ensuite battu un aîné à mort afin de lui voler sa voiture pour fuir incognito. 

Le meurtrier s’est débarrassé du corps d’Yvon Lacasse dans un boisé des Laurentides avant de poursuivre sa cavale en compagnie d’un enfant de 6 ans ayant assisté aux deux homicides.

Faire confiance aux libérations conditionnelles

Dans sa plaidoirie finale, la défense a insisté sur le fait que la sentence d’Ugo Fredette était une condamnation à perpétuité, pas un laissez-passer pour sortir après 25 ou 50 ans. 

«La chose la plus sage que vous pouvez faire, selon nous, c’est de faire confiance à la Commission des libérations conditionnelles [pour évaluer le dossier] dans 25 ans», a résumé Me Martin, ajoutant que la magistrate n’avait «aucune preuve» qu’une peine minimale de 50 ans aurait un effet dissuasif sur un autre tueur qui serait tenté d’imiter Fredette. 

«M. Fredette, qu’on le déteste ou non, ça demeure un être humain. On peut lui garrocher des tomates en disant que, lui, il n’a pas pris en compte des vies humaines, mais il ne faut pas s’abaisser en bas du seuil de l’humanité», a poursuivi le criminaliste.

Et la mort d’Ugo Fredette en détention n’amènera aucun réconfort aux familles des victimes, selon la défense.

«Dans ma tête à moi, 25 ans pour deux meurtres, ça équivaut à 12 ans et demi chacun. Pour avoir stressé ma fille, l’avoir terrorisée, l’avoir tuée, avoir tué M. Lacasse, infligé toutes ces atrocités à [un enfant], infligé tout ça aux familles, est-ce que ça a du sens? Pour moi, ça n’a aucun bon sens», a commenté Claudette Biard, la mère de Véronique Barbe, en marge des audiences. 

Le tueur de la mosquée

La juge Lachance attendra maintenant la décision de la Cour d’appel dans le dossier d’Alexandre Bissonnette avant de prendre position, ce qui pourrait nécessiter encore plusieurs mois.

Le tueur de la mosquée, qui a abattu six hommes d’un trait, a été condamné à la prison à vie sans libération avec 40 ans. 

Le juge François Huot avait en quelque sorte réécrit la loi, en disant qu’une peine minimale de 25 ans n’était pas suffisante, mais que les 150 ans réclamés par la Couronne étaient déraisonnables.

«On mélange les pommes et les oranges si on dit que M. Fredette est dans le même panier que [Bisonnette]», a estimé l’avocat de la défense.