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Son sang-froid lui a permis de déjouer le plan d’un ravisseur

Les détails de la mise en scène machiavélique longuement préparée d’un Montréalais ont été dévoilés en cour

enlèvement
Photo d'archives La victime de l’enlèvement a réussi à fuir le kidnappeur en prétextant devoir recharger son véhicule électrique à une borne située devant le RONA du DIX30, à Brossard.

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Grâce à son incroyable calme, une jeune psycho-éducatrice a réussi l’automne dernier à échapper aux griffes d’un Montréalais troublé qui avait élaboré un plan machiavélique en vue de la séquestrer pendant une longue période. Révélés en cour, les détails de son projet donnent la chair de poule. 

Ghislain Laplante est détenu depuis son arrestation, le 5 septembre 2019.
Photo d'archives
Ghislain Laplante est détenu depuis son arrestation, le 5 septembre 2019.

Chalet loué pour trois mois dans les Cantons-de-l’Est, menottes, sous-vêtements féminins, jouets sexuels, armes : c’est terrifiant de constater à quel point Ghislain Laplante s’était longuement préparé avant de commettre son crime.

Son plan diabolique a été dévoilé au grand jour en mars, au palais de justice de Montréal, lorsque l’homme de 40 ans a plaidé coupable en douce.

Il est toutefois passé sous silence, car tous les yeux étaient alors tournés vers le procès de l’animateur déchu Éric Salvail, qui se déroulait dans la salle... en face.

Heureusement pour Vicky (nom fictif), elle n’a pas eu à subir tous les sévices que son kidnappeur avait en tête.

Le 5 septembre 2019, vers 9 h, la femme de 26 ans se rend à son bureau dans un centre de pédiatrie sociale du Sud-Ouest de Montréal.

En descendant de son véhicule, la psychoéducatrice remarque la présence du père d’un enfant dont elle s’occupe depuis quelques mois, de l’autre côté de la rue.

Laplante porte un chandail à capuchon, des lunettes de soleil et un sac à dos. Il s’approche de Vicky en l’intimant de retourner dans sa voiture, car il a besoin de lui parler.

La jeune femme comprend que le père de famille n’entend pas à rire lorsqu’elle aperçoit une crosse d’arme à feu qui sort de son pantalon.

« Je ne te ferai pas de mal, je veux juste te parler », lance Laplante en exhibant le pistolet à la victime. Il ajoute néanmoins qu’il « n’hésitera pas si elle fait une niaiserie ».

Il lui demande de se mettre en route et la guide pour se rendre sur la Rive-Sud.

Laplante lui précise qu’ils sont en direction d’un chalet dans les Cantons-de-l’Est, où ils pourront bénéficier d’un environnement plus calme pour discuter.

Éclair de génie

Dans un éclair de génie, Vicky fait croire à son ravisseur qu’elle doit recharger la batterie de son véhicule électrique.

Sachant qu’il y a des bornes au magasin RONA du quartier Dix30, à Brossard, elle explique à Laplante qu’elle doit y faire un arrêt, ce à quoi ce dernier acquiesce.

Une fois sur place, constatant que toutes les stations de recharges sont occupées, Vicky lui mentionne qu’elle doit aller s’informer à l’intérieur du magasin pour savoir quand elle pourra en utiliser une.

Aussitôt sortie de sa voiture, la jeune femme détale comme une gazelle vers l’arrière de l’entrepôt. 

La scène, qui est filmée par des caméras de surveillance, montre Laplante qui sort du véhicule environ une minute plus tard pour se diriger dans la même direction que la victime. 

Réfugiée à la quincaillerie

Par chance, des employés du RONA avaient déjà ouvert la porte à la jeune femme, qui s’est réfugiée dans le magasin jusqu’à l’arrivée des secours.

Pendant ce temps, Laplante fuit à pied en direction de l’autoroute 10, qu’il traverse pour se cacher dans les buissons. 

Il compose alors lui-même le 9-1-1, disant qu’il vient d’enlever quelqu’un et qu’il attend les policiers dans un boisé adjacent aux voies rapides. 

Les agents du Service de police de l’agglomération de Longueuil le localisent 30 minutes plus tard et procèdent à son arrestation jugée à haut risque. 

Lorsque les patrouilleurs demandent à Laplante s’il est armé, il leur répond que tout est dans son sac à dos, à proximité.

Les policiers y trouvent tout un attirail : arme à air comprimé, munitions, couteau de chasse, six paires de menottes – quatre pour les poignets et deux pour les chevilles –, un loup (bandeau pour les yeux), du ruban adhésif, du lubrifiant, des condoms, un chandail à capuchon rose pour fillette avec des paillettes, des verres fumés pour femme et enfant et des clés.

Amené en cellule, Laplante dit aux agents avoir loué un chalet en Estrie six jours plus tôt, pour trois mois.

En taxi jusqu’en Estrie

Ne possédant pas d’auto, le résident de Montréal s’y est rendu en taxi la fin de semaine précédente pour y déposer les objets achetés en prévision de son plan.

Vêtements et souliers pour femme, soutiens-gorges, jouets sexuels utilisés pour pratiquer le sadomasochisme, menottes, condoms, couteau et deuxième arme à air comprimé y figurent notamment.

Laplante a même installé une toile en plastique rouge dans le lit ainsi que des attaches pour y retenir quelqu’un.

Concernant ces derniers articles, qui peuvent laisser perplexe, Laplante a révélé aux enquêteurs qu’il avait installé la toile « pour ne pas salir les draps, parce qu’il avait l’intention de charcuter quelqu’un », selon ce qui a été relaté lors de l’enquête sur cautionnement du kidnappeur.

Pendant son interrogatoire, Laplante a expliqué aux policiers de Montréal les détails de son plan.

Si Vicky ne s’était pas enfuie, il l’aurait amenée au chalet sous la menace de son arme et l’aurait attachée à un lit. Il l’aurait ensuite bâillonnée avec du ruban adhésif spécial « qui n’arrache pas les poils ».

Laplante comptait aussi faire appel à une prostituée pour faire du sadomasochisme.

Le but ultime du plan était, selon lui, d’appeler les policiers pour que ceux-ci l’abattent à leur arrivée. 

Vie incognito

Et si jamais par miracle il survivait, le kidnappeur avait déjà pensé à faire des arrangements pour une maison dans l’est de Montréal, avec un téléphone branché sous un autre nom, pour démarrer une nouvelle vie incognito.

Pour se procurer de l’argent, il comptait braquer des inconnues et voler leurs cartes de crédit. 

Mais ce n’est pas tout. Il a aussi avoué à une sergente-détective que ce n’est pas Vicky qu’il voulait enlever, mais plutôt Zoé (nom fictif), la mère d’une enfant fréquentant l’école de son fils.

Comme Zoé est souvent en compagnie de ses enfants, le ravisseur avait aussi prévu des vêtements pour eux, au cas où il devrait les enlever aussi.

Laplante avait une fixation sur Zoé. Il la voyait à l’occasion des activités scolaires et parascolaires, jusqu’au jour où, en raison d’un comportement inapproprié dont la teneur n’a pas été précisée au tribunal, l’école lui en a interdit l’accès. x

Le quadragénaire se met alors à harceler Zoé par messages textes. Durant l’été 2019, Zoé lui demande de cesser et lui dit qu’elle a besoin d’air et de temps.

Plutôt que de se conformer à cette demande, Laplante entreprend de suivre la mère de famille lorsqu’elle fait son jogging.

Le jour du kidnapping de Vicky, Zoé a reçu un « Message aux médias », où Laplante écrit être en dépression et vouloir se suicider, car Zoé ne lui accorde pas toute l’attention dont il aurait besoin. 

Il décrit l’enlèvement et termine ainsi : « Mon crime est horrible et ma demande de compassion peut sembler ironique, pourtant elle ne l’est pas. Avec un peu de compassion, sans doute, j’aurais encore une vie et je n’aurais pas détruit autant de vies autour de moi ». 

Laplante a finalement jeté son dévolu sur Vicky, parce que c’était plus simple et qu’elle avait... une voiture. 

« J’ai fait des gestes, je ne peux pas vraiment les nier », a dit le quadragénaire à la juge Guylaine Rivest en mars, en plaidant coupable à des chefs d’enlèvement et de harcèlement.

Longuement préparé

Lorsque le juge Pierre Dupras a refusé de remettre Laplante en liberté quelques mois plus tôt, il a parlé d’une infraction d’une grande violence, longuement préparée.

« La théorie de la Couronne est que le prévenu avait d’abord l’intention de séquestrer la victime pour une longue période de temps », a souligné le magistrat.

Le procureur, Me Jérôme Laflamme, n’a d’ailleurs pas exclu de demander à ce que le kidnappeur soit évalué pour déterminer s’il devait être déclaré délinquant à contrôler ou dangereux, même s’il n’a aucun antécédent criminel.

Au stade de la sentence, Vicky et Zoé s’adresseront à la juge Rivest pour lui expliquer l’ampleur des conséquences que les gestes de Ghislain Laplante ont eues sur leurs vies. 

Un plan en plusieurs étapes    

Laplante avait pratiquement tout prévu en planifiant l’enlèvement de la psychoéducatrice de son fils.

CE QUE LE KIDNAPPEUR AVAIT EN SA POSSESSION 

Dans son sac  

  • Arme à air comprimé  
  • Munitions  
  • Couteau de chasse  
  • Six paires de menottes  
  • Bandeau pour les yeux  
  • Condoms et lubrifiant    

Au chalet  

  • Nourriture  
  • Arme à air comprimé  
  • Munitions  
  • Vibrateurs  
  • Boule-bâillon en silicone  
  • Pince-mamelons  
  • Dispositif pour écarter les jambes  
  • Vêtements et sous-vêtements pour femme  
  • Toile en plastique  
  • Attaches  
  • Condoms  
  • Couteau