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Des visières faites par des employés spéciaux

Autistes, malentendants ou dysphasiques au boulot

Serlan
Photo collaboration spéciale, Geneviève Quessy Vanessa Patry-Taylor, Jérémy Richard, Diane Racette, Johanne Hupée, Gabriel Garant, Maryline Lacoursière, Karine Brousseau et Martine Lemaire sont fiers de participer au combat contre la pandémie en fabricant des visières anti-gouttelette.

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JOLIETTE | Des travailleurs avec des limitations n’ont pas hésité à retourner au boulot en pleine pandémie pour fabriquer des visières de protection.

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Quand le contremaître de l’entreprise Serlan à Joliette, Pierre Clément, a invité ses 24 employés à revenir au travail le 19 mai, ils ne se sont pas fait prier. 

« Ils étaient tous très heureux de revenir et de participer au combat contre la pandémie », dit M. Clément.

Depuis une trentaine d’années, la compagnie de Lanaudière embauche des gens avec des limitations pour effectuer des tâches d’étiquetage de produits. 

Pour ces personnes atteintes d’un trouble du spectre de l’autisme, malentendantes ou dysphasiques, le travail est plus qu’une façon de gagner de l’argent : il représente un espace de socialisation précieux. Leur nouveau mandat ? Fabriquer des visières de protection anti-gouttelettes en plastique pour adultes et enfants. 

Anxiété

Les changements de routine peuvent représenter une source d’anxiété pour les personnes atteintes de telles limitations. 

« Notre crainte était que les mesures de distanciation ne soient pas respectées, mais au contraire, ils sont hyper vigilants. C’est très sérieux pour eux », assure M. Clément.

« Il a fallu réfléchir à une chaîne de travail pour que le moins de personnes possible manipulent le matériel, explique la directrice de Serlan, Jessica Laforêt. Tout est désinfecté avant d’être mis en sachet. » 

Ganté, masqué et habillé d’un habit protecteur des pieds à la tête, chacun est concentré sur sa tâche. Il faut couper les élastiques et les velcros, les coller, tailler la visière en plastique, tout assembler, coller l’étiquette, dont celle du modèle pour enfants qui permet d’écrire un nom, et tout mettre dans des sachets en plastique. 

Erre d’aller

« C’est plutôt facile comme travail, on n’a pas eu de misère à s’adapter », dit Martin Gaudet, souffrant de troubles anxieux, qui taille les visières de plastique avec une presse à découper. 

En quelques jours, l’équipe a pris son rythme de croisière. 

« On a réussi à faire 424 visières l’autre jour. C’était notre plus grosse journée », raconte Vanessa Patry-Taylor. La jeune femme, atteinte de dysphasie et de trouble de personnalité limite, s’affaire à coller les velcros sur les élastiques.

« Pour l’instant, on a des pharmacies comme clients, mais les visières, élaborées selon les spécifications émises par le gouvernement fédéral pourront être utilisées en milieux médical, scolaire, industriel, dans la restauration et même la coiffure », dit Pierre Camiot, de la compagnie RTFAK, de Saint-Jacques, qui a commandé les visières à Serlan.