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Les Américains en ont assez du racisme

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Le meurtre de George Floyd sous les genoux de policiers et les deux semaines de manifestations qui l’ont suivi ont eu l’effet d’un électrochoc sur l’opinion américaine et pourraient mener à des réformes concrètes de la police aux États-Unis. 

Ce n’est pas la première fois qu’un incident tragique impliquant l’usage abusif de la force policière contre des Afro-Américains bouscule la conscience américaine. Avant George Floyd, il y a eu Rodney King, Tamir Rice, Michael Brown, Eric Garner et tant d’autres victimes anonymes du racisme et d’une vision de l’ordre axée sur la violence et la peur. 

Il y a toutefois une énergie dans le mouvement déclenché par l’incident de Minneapolis qui porte à croire que, cette fois-ci, de véritables changements sont possibles.

L’éveil de Black Lives Matter

Ce mouvement de protestation qui a vu le jour en 2013, a initialement été perçu négativement par l’opinion américaine, qui l’associait d’abord au désordre civil.

Lors des deux dernières semaines, Black Lives Matter a grandement progressé dans la faveur populaire et aujourd’hui, l’appui au mouvement dépasse les 50 %, contre seulement 25 % d’opposition. 

Cette transformation est liée à la réalisation que l’utilisation excessive de la force par les policiers est trop souvent liée au racisme, mais aussi que les abus de pouvoir de la part des policiers représentent une menace pour tous les citoyens.

Abus de pouvoir

Bien sûr, la police doit pouvoir contrer la minorité des manifestants qui font du grabuge, mais on a vu ce genre d’abus à l’œuvre dans l’arrestation fatale de George Floyd, tout comme dans d’innombrables gestes violents contre des manifestants pacifiques. Le cas du septuagénaire de Buffalo violemment bousculé et laissé pour presque mort sur le trottoir en est un exemple probant.

En somme, les événements qui se sont bousculés depuis le meurtre de George Floyd ont fait prendre conscience par l’opinion publique que le racisme et l’abus de pouvoir demeurent des problèmes sérieux dans les forces policières et que des changements majeurs s’imposent.

L’obstacle principal est au sommet

Les Américains sont aussi largement déçus de la réaction de leur président et plus de 60 % s’opposent à ses actions face aux manifestations.

Le président a appelé les forces de l’ordre à « dominer » les manifestants et il favorise une approche répressive et militariste pour contrer les désordres civils. Le public rejette sa conception archaïque de l’ordre par la force et la peur.

Le changement que le public souhaite devra donc passer par un changement au sommet.

Pas étonnant qu’on observe une baisse nette des appuis à Donald Trump. Après tout, si les problèmes de l’heure ont leurs sources dans le racisme et l’abus de pouvoir, il est normal que le public cherche à s’éloigner d’un président qui doit son ascension politique à l’exploitation du ressentiment racial, qui abuse de ses pouvoirs de façon routinière et pour qui l’exercice du pouvoir est indissociable de la violence et de la peur.