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Festival Grand Prix Formule 1: silence radio sur la rue Crescent

Festival Grand Prix Formule 1: silence radio sur la rue Crescent
MAXIME DELAND/AGENCE QMI

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Les commerçants de la rue Crescent trouveront les prochains jours bien tranquilles, eux qui sont habitués à une ambiance survoltée au début du mois de juin, lorsque se tient normalement le Grand Prix de Montréal.

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Sans la pandémie, le Festival du Grand Prix sur Crescent se serait tenu vendredi, samedi et dimanche à l'occasion de la course de Formule 1 disputée sur le circuit Gilles-Villeneuve.

Habituellement, quelque 500 000 personnes participent aux concerts, soirées thématiques et démonstrations de véhicules de luxe organisés par l'Association des marchands de la rue Crescent.

«Ça représente quatre fois les chiffres normaux d’une fin de semaine. On fait 5% de notre chiffre annuel», a confié au 24 Heures le président de l’Association, Steve Siozios, également propriétaire du Stogies Cigar Lounge et du London Pub.

Festival Grand Prix Formule 1: silence radio sur la rue Crescent
ALEX PROTEAU/24 HEURES/AGENCE QMI

L'absence de voitures aux moteurs ronronnants, de musique forte et de trottoirs bondés de touristes et d’amateurs d’automobiles laisse un vide dans le cœur de M. Siozios. «Ça me donne des goosebumps [la chair de poule]», a-t-il dit en énumérant des souvenirs vécus sur cette rue montréalaise.

La fin de semaine à venir sera la pire qu'aura vécue M. Siozios, selon lui, en 13 ans comme président de l’Association. Elle sera plus crève-cœur pour le centre-ville que celle de 2008 avec la crise économique ou de 2012 avec les manifestations du Printemps Érable.

«Tout le centre-ville fait plus d’argent [lors de la fin de semaine de la F1]. Mes employés iraient le dépenser un peu partout. Ce n’est pas juste bon pour l’économie de quelques rues», a-t-il noté.

Le président de l'Association consacre tout son temps à cette rue montréalaise depuis plus de 35 ans. «Le 28 juillet 1986, la première place que je me suis rendue avec l’auto de mon père dès que j’ai eu mon permis, c’était sur Crescent», a-t-il raconté.

Pour lui, cette rue emblématique agit à titre de vitrine pour Montréal, mais aussi pour le pays. «Outre les Jeux olympiques, il n’y a aucun événement qui donne un aussi gros spotlight sur le Québec et sur Montréal que le Grand Prix. Je ne peux pas compter le nombre de personnes qui m’ont dit qu’ils ont entendu parler de Montréal à cause du Grand Prix du Canada!»

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MAXIME DELAND/AGENCE QMI

À l'automne?

À l’heure actuelle, le Grand Prix de Montréal est toujours reporté et non annulé. La Fédération internationale de l'automobile (FIA) a diffusé, au début du mois, la première partie de son calendrier 2020 modifié, qui ne comprend que des dates officielles pour des épreuves en Europe.

La suite sera dévoilée au début du mois de juillet, et Montréal a des chances d'obtenir une épreuve. Si la métropole accueille des pilotes à l'automne, Steve Siozios a confirmé que l'Association des marchands de la rue Crescent organisera des activités.

Dire adieu à des milliers de dollars de pourboire   

Avec l'annulation du Grand Prix, des étudiants qui travaillent comme serveurs ou derrière un bar ont vu s'envoler leur fin de semaine de travail la plus payante de l'année. Certains arrivent habituellement à faire plusieurs milliers de dollars de pourboire en quelques jours.

«Le plus qu’on a fait, c’est 1500 $ par soir», a confié Roxanne Audette, qui a l'habitude de travailler comme serveuse ou barmaid au Peel Paddock, lieu de festivité couru durant la fin de semaine de la F1. Une année, elle a réussi à faire 3600 $ en trois jours.

Festival Grand Prix Formule 1: silence radio sur la rue Crescent
Jocelyn Malette

«L’ambiance est vraiment le fun, mais ce sont vraiment de grosses journées, a ajouté l'étudiante de 25 ans. On arrive à 16h, on termine à près de 3h en talons hauts, on n’arrête pas. Tu es brûlée en sortant de là!»

Roxanne Audette fait un baccalauréat en biologie médicale à l'Université du Québec à Trois-Rivières et aimerait éventuellement compléter un doctorat en pharmacie. Elle travaille comme technicienne de laboratoire en Mauricie, mais serait bien repassée à Montréal pour vivre la frénésie du Peel Paddock, si le Grand Prix de Montréal avait eu lieu.

«La F1, c’est la fin de semaine où il y a des gens de partout dans le monde qui dépense. Ça dépense comme jamais», a ajouté celle qui se servait de l'argent amassé pour payer ses études. «Ça me donnait un coussin, c’est sûr», a-t-elle souligné.

Forte demande pour les services sexuels, même sans la F1   

MONTRÉAL – Avec la crise sanitaire et le report du Grand Prix, on pourrait croire que la demande pour les services sexuels tarifés est très faible, mais celle-ci a augmenté depuis le début de la pandémie, selon un organisme de lutte contre l'exploitation sexuelle.

«Des femmes pensaient juste faire de la webcam et nous disent que les clients leur envoient [des messages] et qu'elles se font solliciter», a fait savoir Jennie-Laure Sully, porte-parole pour la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES).

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PHOTO COURTOISIE

«Elles se font dire: on va arrêter de niaiser, ça ne restera pas juste virtuel notre affaire. On peut se rencontrer, je vais mettre le condom, je vais me laver. Ça va être correct», a-t-elle ajouté.

«Il y a des femmes qui nous disent que des clients les harcèlent pour avoir des services sexuels», a-t-elle précisé.

La fin de semaine du Grand Prix amène habituellement une hausse du tourisme sexuel dans la métropole, et le sujet fait régulièrement les manchettes.

«Chaque année, durant cette période, nous avons des témoignages de jeunes filles qui reçoivent des ‘’offres d'emplois’’ louches visant à les recruter dans l'industrie. Nous avons aussi des témoignages de parents dont les filles ont disparu durant cette période parce qu'elles ont été victimes de traite à des fins d'exploitation sexuelle», a soutenu Mme Sully. L'organisme reçoit entre trois et huit fois plus d'appels durant cette période.

Si le Grand Prix est reporté à l'automne, ce qu'espèrent les organisateurs, Mme Sully craint que la même histoire se répète.

«Tous les grands événements qui provoquent beaucoup d’achalandage dans les grandes villes ont tendance à aussi être accompagnés de tourisme sexuel, de problèmes de traite à des fins d’exploitation sexuelle. Ce n’est pas nouveau, ça fait des années qu’on le dit», a affirmé Jennie-Laure Sully.