/news/politics
Navigation

La construction ébranlée

Le blocage du projet de loi 61 aura des effets sur plusieurs projets, dit le gouvernement Legault

Coup d'oeil sur cet article

Le blocage du projet de loi sur la relance de l’économie par l’opposition à Québec ralentira la mise en chantier d’écoles et de CHSLD, de même que le prolongement de la ligne bleue, affirme le gouvernement Legault. 

• À lire aussi: Projet de loi 61: François Legault demande l’appui des Québécois

• À lire aussi: L’adoption du projet de loi 61 bloquée

Gilles Ouellet est le président de la firme Sellig PGC, de Longueuil, un entrepreneur qui œuvre dans la construction commerciale, industrielle et institutionnelle.
Photo courtoisie
Gilles Ouellet est le président de la firme Sellig PGC, de Longueuil, un entrepreneur qui œuvre dans la construction commerciale, industrielle et institutionnelle.

Ce blocage suscite la grogne et beaucoup de déception dans le milieu de la construction. « Les parlementaires ont préféré la partisanerie à la place de la relance du Québec », a réagi Éric Côté, PDG de la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec. 

Les partis d’opposition ont refusé vendredi de prolonger la session parlementaire, stoppant du même coup la progression du projet de loi 61 à l’Assemblée nationale.

Au Salon bleu, le premier ministre, François Legault, a déploré l’attitude de ses adversaires, juste avant d’adopter une motion pour honorer la mémoire des victimes de la COVID-19. 

Photo Simon Clark

« Il y a une urgence de rénover nos CHSLD, de bâtir de nouvelles maisons des aînés. C’est urgent. Puis on devrait travailler tous ensemble à commencer à construire dès cet été. Malheureusement, ça ne sera pas possible », a lancé M. Legault.

Son gouvernement souhaitait mettre 202 projets d’infrastructure sur la voie rapide en s’accordant notamment le droit de contourner les processus d’appel d’offres et en annulant le droit de contester les expropriations. Québec voulait ainsi relancer l’économie, plombée par la COVID-19. « Ce qu’on a essayé de faire avec le projet de loi n° 61, c’est vraiment d’innover dans la façon de faire les choses. [...] en temps de crise, on ne peut pas continuer de faire les choses comme on les faisait avant », affirme le président du Conseil du trésor, Christian Dubé.

Photo Simon Clark

Pouvoirs exceptionnels

M. Dubé souhaitait obtenir des allégements similaires à ceux accordés au projet du REM, qui avaient permis à l’organisme d’en accélérer la mise en chantier en suspendant le droit de contester les expropriations.

Mais les partis d’opposition estimaient que Québec cherchait ainsi à se doter de pouvoirs exceptionnels qui risquaient de créer un terreau fertile pour la corruption et la collusion. 

De nombreux organismes de surveillance institutionnels ont également exprimé leurs inquiétudes en commission parlementaire.

« Quand on parle d’environnement, puis quand on parle d’expropriation, puis quand on parle de marchés publics, les gens sont nerveux, puis ils sont sensibles, je comprends ça », a déclaré M. Dubé.

Photo Simon Clark

La ministre de la Justice et ex-procureure en chef de la commission Charbonneau a également tenté de rassurer l’opposition, mais sans succès. « Je n’ai pas suivi la commission Charbonneau à la télévision. Je l’ai vécue de l’intérieur, a dit Sonia Lebel. Elle est profondément intégrée dans mes schèmes de valeurs. »

Pourtant, même si elle a été impliquée dans l’élaboration du projet de loi 61, Mme Lebel a reconnu « qu’il y avait effectivement des préoccupations » dans sa première mouture. L’article 50, qui permettait d’octroyer des contrats de gré à gré, a d’ailleurs été retiré, a-t-elle fait valoir.

Refus de scinder

Plus tôt dans la journée, une proposition du PLQ de scinder le projet de loi a rapidement été rejetée par le gouvernement. Les libéraux suggéraient d’adopter les « éléments de nature purement économique » qui concernent surtout la restauration, la suspension des évictions commerciales et le paiement accéléré aux entreprises. 

« Ça ne sera pas long à régler parce qu’on s’entend tous là-dessus », a résumé le député libéral, Gaétan Barrette.

Photo Simon Clark

« Pourquoi ce serait au Parti libéral de décider ce qui est important pour l’économie ou non ? a répliqué le président du Conseil du trésor. S’ils veulent discuter des amendements, qu’on s’assoie en commission parlementaire. »

Débat sur le bâillon

Malgré les règles sanitaires qui limitent le nombre de députés au Salon bleu, le gouvernement Legault assure qu’il aurait pu utiliser le bâillon pour faire adopter son projet de loi. 

Toutefois, François Legault a expliqué qu’il préfère revenir à l’automne pour le faire adopter.La nouvelle cheffe du PLQ, Dominique Anglade, estime que c’est la pandémie qui empêche Québec d’utiliser le bâillon. 

« Si vous voulez mon avis, s’il avait pu le faire, il l’aurait fait », dit-elle. 

Le report du projet de loi 61 aura aussi des répercussions sur la restauration pour l’été 2020. 

- Avec la collaboration de Francis Halin

 « Décevant »

« Ça met à risque nos entreprises puisque nous devons tout de même payer notre main-d’œuvre et nos matériaux. Je crains que d’autres, qui n’ont pas les reins financiers aussi solides que nous, ne s’en sortiront pas dans le contexte actuel. »

— Gilles Ouellet, président de Sellig PGC, de Longueuil

Photo courtoisie

« Les parlementaires ont préféré la partisanerie à la place de la relance du Québec. On est déçus. Il faudra de toute manière que l’économie redémarre. »

— Éric Côté, PDG de la Corporation des entrepreneurs généraux du Québec

Photo courtoisie

« C’est décevant. On réclame depuis plusieurs années de bien payer les fournisseurs. On aurait aimé avoir un calendrier de paiement pour aider les plus petits. »

—François Bernier, v-p affaires publiques de l’APCHQ

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.