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Le culte de la victime

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Photo AFP L’auteure des Harry Potter, J.K. Rowling, a été entraînée cette semaine dans une surenchère qui n’honore personne.

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J.K. Rowling est une femme au parcours admirable. Sans le sou, à un moment où la vie semblait lui donner peu de chances, elle s’est attelée courageusement à l’écriture. Elle a inventé des personnages, dont Harry Potter, et une histoire merveilleuse. Aujourd’hui, on compare sa richesse avec celle de la reine d’Angleterre.

Elle n’a rien volé. Son miracle de la littérature et du cinéma provient de son imagination et de la détermination de ses doigts. Le succès pur. Sans les contacts dans la politique et la haute finance, juste le succès de la personne qui fait une super offre et trouve tellement de preneurs.

La semaine qu’elle vient de passer en révèle long sur notre époque. Madame Rowling s’est retrouvée au centre d’une controverse mondiale

Si vous n’avez lu que les titres, vous pensez peut-être qu’elle s’est attaquée aux personnes transgenres et qu’elle est coupable de discrimination honteuse.

La mise en accusation

Tout cela est une supercherie. Son crime consiste à avoir commenté un texte où l’on parlait de « personnes qui ont des menstruations ». Elle a fait une blague pour dire que peut-être qu’on pourrait appeler cela une « femme ».

Elle n’a attaqué personne ni dénigré personne. Elle aurait dérogé aux diktats langagiers de la gauche et elle en paye le prix. Elle a péché et elle aurait fait des « victimes ». Elle doit expier sa faute.

Le plus intéressant, c’est l’angle qu’elle a choisi pour se défendre. Au cœur de la tempête, J.K. Rowling révèle qu’elle a été victime de violence conjugale et d’agressions sexuelles.

Bon. J’ai l’habitude de trouver courageuse la décision de révéler publiquement une telle tragédie à propos de son intimité. Plusieurs l’ont fait pour se libérer, pour que les choses changent, pour que justice soit rendue.

Mais comment réagir à la décision d’une personne d’étaler au public les sévices dont elle a été victime dans le but de se sortir d’une autre controverse ? Malaise ? Gêne ?

En 2020

On dirait qu’on entend ses spécialistes des relations publiques dire : « Le monde est tellement fou en 2020, tu ne peux pas t’en sortir. La seule issue serait que tu sois toi-même une victime. Il faudrait que tu te présentes comme la victime de quelque chose d’encore plus gros. »

Et on l’imagine révélant avec fragilité les éléments tristes de sa vie personnelle à ces pros de l’image. Et on les imagine encore disant : « Oui, oui, oui, c’est parfait ! Victime de violence conjugale, victime d’agressions sexuelles ! De grandes causes modernes ! Avec ça, tu passes à travers ! » J’invente, mais...

J’ai du respect pour toutes les souffrances qui doivent trouver écoute et réconfort. J’ai du respect pour la défense des causes qui génèrent ces souffrances. Je m’excuse, mais je décroche devant une surenchère de la notion de victime.

L’épisode J.K. Rowling est pathétique. Se sortir d’une fausse controverse en se plaçant en position de plus grosse victime encore. Cette surenchère de la notion de victime finit par banaliser les causes.