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Triste fin de crise

Periode des questions
Photo Agence QMI, Simon Clark François Legault.

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Ça aurait pu être jusqu’à la fin un moment d’unité nationale et de fierté retrouvée. On s’en serait souvenu comme ça.

Malheureusement, avec son projet de loi 61 mal ficelé, le gouvernement de François Legault a définitivement mis fin à la solidarité qui liait l’ensemble des Québécois dans la bataille contre le coronavirus.

Justifié par la bonne idée de relancer l’économie en accélérant la construction d’infrastructures, le PL 61 embrassait trop large.

En prolongeant l’état d’urgence sanitaire alors qu’il ne sert à rien pour redémarrer la machine, on a offert l’image d’un gouvernement enfiévré, qui ne veut pas détruire l’anneau unique de la crise pour continuer à jouir de son pouvoir.

Ce faisant, on a poussé chez les conspirationnistes plein de citoyens partisans caquistes typiques qui n’avaient jusqu’ici jamais mis en doute la bonne volonté du gouvernement.

Pour beaucoup de gens, on a même instillé un doute sur la validité de ce qui reste des directives de santé publique.

Du mauvais bord

En accélérant les expropriations, on a renforcé cette impression de tentation autoritaire. En escamotant les règles environnementales, sans jamais dire par quoi on les remplacerait, on a indiqué à ceux qui espéraient une relance verte qu’ils vivaient dans un monde de licornes.

La panoplie de meneuses de claques revêtues par le ministre de l’Environnement Benoit Charette nous a rappelé que ce gouvernement ne serait jamais celui du développement durable.

Faut le faire, on a même réussi à créer une étrange coalition entre les militants écologistes et les partisans du 3e lien à Québec.

Une fois que le Comité de suivi de la commission Charbonneau, le Bureau de l’inspecteur général de Montréal, la protectrice du citoyen et le Barreau du Québec se sont inquiétés de la possibilité que ce projet de loi ouvre la porte à la corruption et au crime organisé, la cause était entendue. Le gouvernement était du mauvais bord de l’enjeu.

Isolé, en pas si charmante compagnie avec le seul appui des constructeurs de routes, des maires et de l’ancien ministre libéral David Whissell, c’est en commission parlementaire que le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, comprenait la portée du projet de loi qu’il parrainait.

Elle était en tout cas beaucoup plus grande que ce qu’affirmait le personnel politique de la CAQ sur les réseaux sociaux. 

C’est à se demander si tout ce beau monde avait lu le projet de loi qu’ils défendaient.

Ancienne procureure de la commission Charbonneau, la ministre de la Justice, Sonia LeBel, a fini par trouver la sortie du placard à balais où on l’avait cachée en affirmant qu’elle avait elle-même plaidé pour le retrait de certains articles.

Elle avait hélas omis de le faire lorsque la pièce législative était préalablement passée sur son bureau.

Bref, un travail brouillon conforme à ce à quoi ce gouvernement nous a habitués depuis son entrée en poste. Parce que quand on veut faire trop vite, on fait souvent trop mal.

Chef partisan

Toute cette histoire met malheureusement en lumière un narratif douloureux pour tous les Québécois qui se sont laissés conscrire avec enthousiasme dans l’effort de guerre auquel leur premier ministre les conviait.

En début de crise, François Legault a su se faire rassurant, flanqué du Dr Horacio Arruda en point de presse quotidien, bien que c’est un peu tard qu’on a compris ce qui nous pendait au bout du nez. Certaines juridictions avaient commencé à stocker les masques en janvier.

Plus les événements ont avancé, plus on s’est toutefois aperçu qu’on avait échappé les CHSLD et l’île de Montréal.

C’est trois semaines après le mea culpa poignant de Marguerite Blais qu’on s’est rappelé qu’il faudrait amener la climatisation aux aînés cet été.

Étonnant, par ailleurs, que le si urgent projet de loi 61 ne prévoyait rien à cet effet.

Ce fut ensuite le déconfinement, les allers-retours d’un ministre de l’Éducation qui n’est plus écouté par son réseau et les imprécisions qui affectent encore les exploitants des résidences de tourisme, oubliés par la ministre.

Finalement, la courte rentrée politique nous a offert le spectacle désolant d’un premier ministre qui avait très envie d’en découdre avec les oppositions.

Bienveillant depuis le début, le leader de crise a laissé la place au chef partisan dès la reprise des travaux.

Accusant ses adversaires de vouloir du mal à leurs propres électeurs, François Legault rappelait les belles années de Jean Charest et Philippe Couillard.

Nécessaire relance

Le « Ça va bien aller » a vécu, il fait désormais partie du passé récent du Québec. On commence à sortir la tête du confinement et on se rend compte que le seul bon chiffre sur le bulletin de pandémie de la CAQ, c’est sa cote de popularité.

C’est triste, parce que cette crise et la nécessaire relance qu’elle commande, ça aurait pu être plus que ça pour le Québec.

Malheureusement, François Legault a oublié ce qu’il fallait faire pour que ce soit comme ça qu’on s’en souvienne.