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Avalanche d’ordures à Montréal

Les gros déchets et résidus de construction sont en hausse de plus de 60% dans certains secteurs

DÉCHETS PANDÉMIE
Photo Dominique Cambron-Goulet On remarque que la quantité de déchets encombrants et de matériaux de construction laissés sur le trottoir a aussi augmenté pendant la pandémie.

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Pris à la maison pendant la pandémie, les Montréalais en ont profité pour faire le ménage de leur résidence, la rénover... et donc jeter plus de déchets que d’habitude.

Mercredi 3 juin, 16 h, des dizaines de citoyens patientent dans leur voiture pour entrer à l’écocentre de Saint-Michel y déposer leurs résidus de construction et autres gros déchets.

La file s’étend bien au-delà de la pancarte de carton où il est inscrit « plus ou moins une heure [d’attente] ». Plusieurs rebroussent chemin, découragés.

C’est une scène qui se répète tous les jours depuis des semaines, raconte un employé sur le terrain. « Pour passer rapidement, il faut arriver une heure avant l’ouverture », indique-t-il.

Les chiffres de ramassage dans les rues confirment également que le confinement a été synonyme de grand ménage.

En mars et avril, la quantité de gros déchets et de résidus de construction cueillis sur les trottoirs a augmenté de plus de 615 tonnes par rapport à l’an dernier, soit environ 15 %.

Dans certains secteurs, comme Saint-Léonard, Rosemont ou Pierrefonds, des hausses de tonnages de 60 % et plus ont été observées, selon des données fournies par la Ville de Montréal.

Des citoyens qui font la file du matin au soir dans les écocentres de la Ville de Montréal pour aller y jeter des déchets.
Photo Dominique Cambron-Goulet
Des citoyens qui font la file du matin au soir dans les écocentres de la Ville de Montréal pour aller y jeter des déchets.

Jardinage

Les Montréalais confinés ont aussi profité de leurs temps libres pour jardiner. La quantité de résidus verts ramassés en avril est trois fois plus élevée que pour le même mois l’an dernier.

« On a vu les mêmes phénomènes dans tous les pays. Ça a fait exploser les comportements maison comme le bricolage, la rénovation et le jardinage », explique le directeur de l’Observatoire de la consommation responsable, Fabien Durif.

Il rappelle qu’avec l’épicerie, un des secteurs de commerce qui a continué de rouler à plein régime pendant la pandémie est celui de la quincaillerie.

« Les encombrants et résidus de construction, c’est exponentiel. À certains endroits, ça a plus que doublé », témoigne Sylvain Boisvert, directeur des opérations chez Ricova, une entreprise de transport de matières résiduelles. 

Et cette hausse ne se limite pas à Montréal, fait état Bernard More, conseiller aux affaires publiques chez l’entreprise de gestion des déchets Matrec.

« En Montérégie, j’ai des municipalités avec des augmentations de 100 %. Les gens en confinement ont vidé leur sous-sol, leur grenier, leur cabanon et ils ont mis ça au trottoir parce que plusieurs écocentres ont été fermés. »

À Montréal, les écocentres sont restés ouverts depuis le début de la pandémie, mais sur des horaires réduits. Ils sont notamment fermés le dimanche pour « assurer une meilleure protection des usagers et des employés », selon la Ville.

Selon une source municipale, le budget actuel de la Ville ne permet pas d’allonger les heures d’ouverture des écocentres, ce qui pourrait être problématique à l’approche du 1er juillet et de la saison des déménagements.

Il s’agit normalement de la période de l’année où le volume de déchets encombrants jetés est le plus élevé.

Plus à l’enfouissement

Malheureusement, laisser ses résidus à la rue ou à l’écocentre n’est pas équivalent. À l’écocentre, puisque les différentes matières sont séparées, comme le bois, le gypse, et le métal, elles pourront par la suite être recyclées en majorité.

« Sur la rue, les matériaux de construction, ce sont des matières résiduelles ordinaires, donc ça va au dépotoir », rappelle Karel Ménard du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.

Plus de consommation 

Les ménages montréalais ont généré plus de déchets de toutes catégories en étant confinés à la maison. Une tendance plus forte en mars qui s’est estompée en avril.

Bien qu’il y a eu un transfert des déchets du lieu de travail à la maison, il y a aussi eu une hausse de consommation pendant la pandémie, note le directeur de l’Observatoire de la consommation responsable, Fabien Durif.

« Plus les consommateurs étaient anxieux et percevaient de la rareté, plus ils avaient des pulsions consuméristes. On l’a vu surtout au début du mois de mars, avant les mesures restrictives, qui a amené à beaucoup de surstockage, mais aussi de gaspillage », indique-t-il.

Les secteurs de Montréal où la production de déchets a augmenté de plus de 15 % sont tous des quartiers aisés, comme Outremont, Baie-d’Urfé, Beaconsfield et Senneville, a constaté notre Bureau d’enquête.

« C’est normal. Plus on est aisé, plus on consomme, rappelle M. Durif. Nous, on a remarqué que les personnes qui ont fait le plus d’achats de réconfort étaient les plus anxieuses. »


Encombrants et résidus de construction ramassés sur rue à Montréal, en tonnes

Mars 2019 

  • 1523  

Mars 2020 

  • 1764  

Avril 2019 

  • 2572  

Avril 2020 

  • 2946