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Réouverture désastreuse

L’innovation et les ventes en ligne ont des limites pour des commerces de détail qui dépendent du tourisme

Quartier Petit Champlain, Commerçants dont les affaires ne vont
Photo Agence QMI, Pascal Huot Michelle Savoie, des boutiques Geomania et Le Jade, dans le quartier Petit Champlain, où les affaires sont difficiles pour les commerçants.

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Avec des ventes anémiques et un achalandage « ridicule », plusieurs commerçants qui ont rouvert après le confinement ne voient pas comment et quand ils pourront se relever.

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La débrouillardise, l’innovation et les ventes en ligne ont permis de sauver plusieurs entreprises, mais elles ont leurs limites dans certains secteurs commerciaux. 

Pour les détaillants qui dépendent du tourisme, impossible de faire apparaître des visiteurs étrangers, dont l’absence fait écoper durement les boutiques touristiques du centre-ville de Montréal et de Québec. 

« Il n’y a pas de touristes, [donc] pas de ventes. On ouvre tard et on ferme de bonne heure », résume Daniel Gabrian de la boutique Souvenirs Bonjour Québec, située sur la rue Sainte-Catherine Ouest à Montréal.

La situation est tout aussi décevante à la boutique Souvenir du Québec, dans le Vieux-Montréal.

« Notre business, c’est jusqu’au mois de septembre. Après septembre, c’est fini », déplore Mike Singh, qui travaille dans cette boutique avec sa conjointe Nilaxi Singh, la propriétaire.

Mike Singh, de la boutique Souvenir du Québec, dans le Vieux-Montréal.
Photo Martin Alarie
Mike Singh, de la boutique Souvenir du Québec, dans le Vieux-Montréal.

« Ça va être une mauvaise année, oui, mais on croit être capable de garder notre magasin », croit-il. 

Été catastrophique

Dans le Vieux-Québec, des commerçants qui dépendent du tourisme craignent un été catastrophique. 

En temps normal, le quartier historique accueillerait ces jours-ci ses premiers croisiéristes et serait envahi de groupes d’écoliers.

Les rues sont plutôt désertes et les ventes sont anémiques, signale la gérante de la boutique de souvenirs Cool as a Moose, Clair Baillargeon, qui redoute que les prochains mois soient « désastreux ».

« Nos ventes ne représentent même pas 10 % de ce que l’on faisait l’an passé. [...] Il y a des jours où l’on ne vend rien », lance Mme Baillargeon.

« Je n’ai pas encore parlé une seule fois en anglais aujourd’hui. Normalement, c’est 50 % du temps », remarque le vendeur d’une boutique de vêtements, Frédéric-Charles Brisebois, de l’atelier La pomme, dans le quartier Petit Champlain, au passage du Journal samedi midi.

Frédéric-Charles Brisebois, vendeur à l’atelier La pomme, dans le Petit Champlain.
Photo Agence QMI, Pascal Huot
Frédéric-Charles Brisebois, vendeur à l’atelier La pomme, dans le Petit Champlain.

De son côté, Michelle Savoie, la propriétaire des magasins Géomania, le Jade et la Perle, aussi dans le Vieux-Québec, constate que « c’est le jour et la nuit avec ce que c’est normalement. » Les prochains mois lui font peur, mais il n’est pas question de « démissionner » face au défi, assure-t-elle.

Dans un autre magasin, une travailleuse d’expérience se demande ouvertement si ses patrons pourront encore tenir le coup bien longtemps. « Une bonne journée, en général, on a cinq personnes qui entrent [dans le magasin]. [...] C’est d’un ridicule », s’inquiète-t-elle.

En péril

De façon plus large, le climat économique actuel guette des milliers d’entreprises québécoises, notamment dans l’industrie touristique. 

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) rapporte qu’environ 7 % des propriétaires de PME n’excluent pas de faire faillite ou de devoir liquider leur entreprise prochainement.

« Ça représente environ 18 270 entreprises au Québec. Ça veut dire qu’on pourrait presque remplir le Centre Bell d’entrepreneurs qui vont avoir perdu leur projet d’entreprise à cause de la COVID », illustre le vice-président de la FCEI, François Vincent.

Si le début de crise a pu « accélérer » certaines fermetures, le profil de celles qui pourraient tomber prochainement en dira beaucoup sur l’étendue des dommages économiques engendrés par la COVID.

« Ce qu’il faut regarder dans les prochains mois, c’est si des entreprises qui étaient très profitables avant se mettent à avoir de grandes difficultés. C’est là qu’on va réaliser l’ampleur réelle de la crise », analyse le professeur du département des sciences économiques de l’UQAM, Philip Merrigan. 

—Avec la collaboration de Dominique Lelièvre et Amélie St-Yves