/finance/business
Navigation

Norda Stelo: une décennie au purgatoire

Autrefois Roche, la firme a très chèrement payé ses inconduites

Alex Brisson
Photo courtoisie Le PDG de Norda Stelo, Alex Brisson, ne cache pas que son organisation a beaucoup souffert des gestes de certaines personnes au cours de la dernière décennie.

Coup d'oeil sur cet article

Commission Charbonneau, perquisitions, arrestations, licenciement collectif, difficulté financière, changement de nom. La firme de génie-conseil Norda Stelo, anciennement connue sous le nom Roche ltée, vient de traverser une décennie de montagnes russes afin de se relever.

Et lorsque la direction entend parler du projet de loi 61 bloqué vendredi, dont plusieurs organismes craignent des dérives vers la corruption et la collusion, elle concède qu’il y a un «risque», mais elle espère que «les entreprises ont appris de ce qui s’est passé il n’y a pas si longtemps». 

Le gouvernement a déjà laissé savoir qu’il tentera de nouveau sa chance avec son projet de loi visant la relance de l’économie à l’automne.

Depuis 2010, Norda Stelo a dû payer pour ses inconduites. 

L’entreprise de Québec a été pointée du doigt pour de la collusion dans des contrats publics d’infrastructures dans cinq municipalités à travers la province, soit Québec, Lévis, Montréal, Blainville et Boisbriand. 

Elle a également été sous les projecteurs pour avoir contribué à un système de prête-noms pour du financement politique illégal.

La direction de la firme raconte avoir récemment mis le «couvert» sur la période la plus trouble dans son histoire où elle a dû mettre parfois «un genou au sol» pour mieux repartir. En mai dernier, Norda Stelo a signé une entente avec le commissaire aux élections fédérales. La facture : 139 660 $.

Dernier règlement en mai

«C’est le dernier d’une longue série de règlements. Il n’y a plus de dossiers en ce moment. On peut dire que cette saga va avoir duré 10 ans. Nous avons dû faire face à entre 10 et 12 enquêtes», avance au Journal le PDG, Alex Brisson, précisant que ses troupes ont travaillé à régler les problèmes du passé «de 2013 à 2020».

«Il ne faut pas oublier que c’est une seule division qui a contaminé l’ensemble de notre entreprise», poursuit-il.

Par ailleurs, en mars dernier, Norda Stelo a conclu un règlement avec le Bureau de la concurrence pour 750 000 $ payable sur quatre ans. 

La compagnie a aussi fait des chèques pour ses contributions illégales au palier provincial. Elle a également versé des sommes dans le Programme de remboursement volontaire du gouvernement du Québec visant à compenser les prix élevés pendant les années de collusion.

Au total, la dernière décennie, notamment pour les frais juridiques et les ententes, aura coûté «plusieurs dizaines de millions de dollars», répond M. Brisson, assurant avoir également réglé les dossiers en lien avec les impôts. 

Les impacts

Depuis 2010, Norda Stelo est passé dans le cadre de sa restructuration et de la révision de son modèle d’affaires de 1200 à 750 travailleurs et de 500 clients à environ 150. Le nombre de bureaux a chuté de 45 à 13. Et le chiffre d’affaires de l’organisation a plongé de 200 à 60 millions $. Il tourne actuellement aux alentours des 100 millions $.

L’entreprise mise principalement maintenant sur des partenariats à plus long terme avec des entités privées pour assurer sa santé financière. La compagnie a toujours comme clients des multinationales. Elle participe aussi à des contrats publics, mais seulement dans le secteur des transports.

«Cette histoire nous a obligés à nous transformer totalement. Nous sommes très fiers, aujourd’hui», souligne le patron en poste depuis 2013.  

Ce dernier raconte qu’en 2017 et 2018, la direction a même songé à mettre la clef dans la porte. Il s’agissait d’une solution proposée par des conseillers à l’externe. L’entreprise avait également résisté en 2014 et en 2015 à vendre l’ensemble de ses actifs à des groupes étrangers.

Aujourd’hui, Norda Stelo se porte mieux, assure son PDG. Son organisation a notamment un œil sur le projet de tramway à Québec. L’entreprise se spécialise aussi dans le prolongement de vie des structures existantes. 

Quelques projets auxquels a participé Norda Stelo  

  • Conception de l’immeuble de bureaux Desjardins Sécurité financière   
  •  Mise en œuvre du Centre hospitalier de l’Université de Montréal   
  • Usine de pales d’éoliennes LM Glasfiber   
  • Rénovation du Fairmont le Château Frontenac   
  • Services d’ingénierie pour les ponts ferroviaires du chemin de fer de la Gaspésie   
  • Construction d’un quai d’escale pour navires de croisière à La Baie       

Norda Stelo  

  • Anciennement Roche   
  • Fondée en 1963    
  • Siège social à Québec   
  • 750 travailleurs   
  • 150 clients   
  • 100 millions $ de chiffre d’affaires      

Avril 2010, l’UPAC débarque  

La firme de génie-conseil Norda Stelo a été visée pour la première fois en avril 2010 par les policiers. Des membres de l’escouade Marteau (UPAC) avaient perquisitionné des bureaux du groupe à Québec et à Montréal.

Les responsables de l’UPAC, qui avaient comme mandat d’enquêter sur des allégations de collusion dans la construction, cherchaient des informations concernant un contrat accordé à l’organisation par la Ville de Boisbriand.

L’année suivante, la commission Charbonneau était mise sur pied par le gouvernement libéral de Jean Charest. Le nom de Norda Stelo, alors baptisé Roche, fait de nouveau surface. La compagnie de Québec était visée comme d’autres firmes de génie-conseil pour avoir truqué des contrats.

En 2014, les bureaux de Norda Stelo sont de nouveau perquisitionnés. 

L’année suivante, le nom Roche est remplacé dans les rapports financiers afin de tenter de créer une séparation avec le passé. 

Restructuration

En 2016, 125 employés sont remerciés dans le cadre d’une importante restructuration de l’entreprise à travers la province visant à abandonner des secteurs d’affaires dans le public, comme les hôpitaux et les écoles. Environ 150 autres travailleurs ont décidé de quitter l’organisation dans la foulée. 

«Les contrats se faisaient rares et difficiles dans ces secteurs. Il y avait beaucoup de poursuites. Il y avait un climat de méfiance», concède le PDG, Alex Brisson, dont le nom de la compagnie était alors entaché. Norda Stelo continuera tout de même de brasser des affaires avec les municipalités et les gouvernements dans le domaine des transports.

Depuis, plusieurs dirigeants ont quitté l’organisation, dont certains ont écopé d’amendes, et des dossiers ont abouti devant les tribunaux. France Michaud, l’ancienne vice-présidente de la firme a été condamnée. 

La direction assure que le ménage est maintenant complété. Les valeurs de l’organisation ont aussi été redéfinies. Même les parts de tous les anciens dirigeants ont été rachetées en 2019 par certains employés.

«Nous avons choisi Norda Stelo, car cela signifie Étoile du Nord. La façon pour s’en sortir était de suivre notre Étoile du Nord. [...] Il a fallu beaucoup d’années avant de rétablir la relation de confiance», conclut M. Brisson.