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Le Québec se déconfine: manger au resto, c’est moins pire qu’on pourrait le penser

Erika Aubin au resto
Photo Chantal Poirier

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Nos journalistes vivent eux aussi toutes sortes de péripéties dans leur vie quotidienne. Ils nous livrent ici leurs témoignages sur leur première expérience dans un restaurant alors que le Québec se déconfine et que les salles à manger ont été réouvertes hier à l’extérieur du grand Montréal. Si certains appréhendaient leur premier repas, leur expérience a été plutôt agréable.

• À lire aussi: Voici ce qui est ouvert ou fermé, permis ou interdit

Des mesures qui varient d’un établissement à l’autre  

Cédérick Caron, Le Journal de Montréal

Erika Aubin au resto
Photo Cédérick Caron
  • Restos : Mikes / Vieux Shack  
  • Ville : Saint-Jérôme, Laurentides       
  • Heures : 9 h 50 et 12 h 15       
  • Menus : Omelette western avec pommes de terre / tartare de saumon avec frites              
Erika Aubin au resto
Photo Cédérick Caron

C’est frappant de voir que l’interprétation des consignes sanitaires se fait différemment d’un restaurant à l’autre. 

Les propriétaires font de leur mieux, mais l’application des mesures recommandées par le gouvernement semble variable.

À mon arrivée pour déjeuner, chez Mikes, personne ne s’est assuré que je me sois lavé les mains en entrant.

Ma serveuse portait son masque de procédure, mais ses lunettes de protection étaient sur sa tête et non devant ses yeux, comme le demande la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail.

Toutefois, au Vieux Shack, sur l’heure du dîner, l’employée qui m’a accueilli pour me conduire à ma table a vérifié que je me lavais les mains.

Contrairement à certains de ses collègues qui tentaient de s’habituer à l’équipement de protection complet, elle portait masque et lunettes de protection. 

J’ai été surpris de voir que tous les clients pigeaient tous dans le même panier tendu par la serveuse du Mikes afin de choisir le lait et le sucre pour leur café. Si ces produits ont été enlevés des tables, c’est pour éviter que tout le monde y touche.

Une expérience culinaire comme dans le temps... ou presque  

Erika Aubin, Le Journal de Montréal

Erika Aubin au resto
Photo Chantal Poirier
  • Resto : Pacini   
  • Ville : Saint-Jean-sur-Richelieu, Montérégie       
  • Heure : 12 h       
  • Menu : Pennes au canard              

Dans un Saint-Jean-sur-Richelieu où je me suis cognée à plusieurs portes closes de restaurants du centre-ville, les fidèles clients du Pacini étaient quant à eux bien heureux de revoir leurs serveurs favoris et de retrouver le fameux bar à pain. 

« Tu as un grand sourire aujourd’hui [hier] », lance un client à la serveuse lorsqu’elle lui tend un menu en papier.

« Je n’aime pas entendre les gens dire que l’expérience ne sera pas comme avant. Même si on porte un masque, ça paraît dans nos yeux qu’on est heureux d’être là pour les clients », me lance Luc Lavigne, copropriétaire du Pacini johannais. 

Après avoir dégusté un copieux plat de pennes au canard, je lui donne raison. J’ai oublié très rapidement que les serveurs portaient un masque et une visière et que du plexiglas a été installé ici et là. Le défi de combiner crise sanitaire à une expérience conviviale a été relevé.

« On ne va pas jouer à la police et carter les clients. Quand ils réservent, on leur dit qu’ils doivent habiter à la même adresse, mais on leur fait confiance », confie M. Lavigne.

Bar à pain

Comble de bonheur, j’ai pu me servir du bar à pain. 

Désormais, ce sont les serveurs qui amènent le pain – blanc – à la table en offrant deux choix de beurre, à l’ail et à la tomate et basilic. 

Une personne par table s’occupe de griller les tranches pour tous.

 

Une journaliste lifestyle retrouve le bonheur

Anne-Lovely Étienne, Agence QMI

Erika Aubin au resto
Photo Agence QMI, Anne-Lovely Étienne
  • Resto : Zibo!  
  • Ville : Saint-Hyacinthe, Montérégie       
  • Heure : 12 h 40       
  • Menu : Burger de bœuf californien avec portobellos et bacon fumé              

Avant la crise de la COVID-19, ma vie de journaliste lifestyle se résumait à découvrir tous les restaurants de Montréal. Il pouvait m’arriver d’aller au restaurant jusqu’à quatre fois par semaine, puis ce virus a tout fichu en l’air... Enfin, pas complètement.

Hier, j’ai presque retrouvé ma vie d’avant. Cette réouverture des restaurants (hors du grand Montréal) m’a redonné espoir.

Au Zibo ! de Saint-Hyacinthe, en franchissant la porte, c’est sans surprise qu’un premier panneau nous indiquait de rebrousser chemin si l’on présentait des symptômes de la maladie. À l’entrée, on devait se badigeonner les mains de solution hydroalcoolique.

L’hôtesse nous a ensuite accueillies avec beaucoup d’entrain dans la voix. Je décris sa voix, car je ne pouvais malheureusement pas entrevoir son sourire, caché derrière son masque bleu et sa visière. 

Pas de poivre ni de sel

Une chose me saute aux yeux : des pancartes sur d’autres tables vides, où il est interdit de nous asseoir, nous indiquaient de respecter la distanciation physique.

Sur les tables libres, il n’y avait pas de poivrière ni de salière ni de bouteille de Ketchup... seulement une serviette de table et un verre d’eau, tendus par la serveuse masquée. Dès que le couple assis à 3 mètres de notre table est parti, il n’a fallu qu’une minute pour qu’une employée soit déjà en train de nettoyer la table avec une lingette et un vaporisateur nettoyant. C’était fou : aussi rapide qu’Usain Bolt !  

«Délivrance» sur Grande Allée  

Arnaud Koenig-Soutière, Le Journal de Québec

Erika Aubin au resto
Jean-François Desgagnes
  • Resto : St-Hubert  
  • Ville : Québec (Grande Allée)       
  • Heure :12 h 15       
  • Menu : Entrée de bâtonnets de fromage et une salade thaïlandaise              
Erika Aubin au resto
Photo Jean-François Desgagnes

Si la mi-juin doit normalement marquer l’ouverture officielle de ses terrasses, la Grande Allée a repris vie, hier, après trois mois de purgatoire.

« C’est comme une délivrance ! La vie reprend », m’a lancé Isabelle, attablée avec son mari, Julien, au restaurant Les 3 Brasseurs.

Autour du couple se dessine un tableau qui se répète : des tables placées de manière éparse, une station hygiénique à l’entrée et des employés munis d’une visière et d’un masque. 

Arrivé au restaurant St-Hubert, je me suis aussitôt fait questionner sur mon état de santé. 

« Avez-vous des symptômes de fièvre ou de toux ? Avez-vous été en contact avec quelqu’un qui a contracté la COVID ? », m’interroge-t-on. 

Ma plus grande surprise est à table, sur laquelle un carton affichant un code QR est déposé. La consultation du menu, pour la grande majorité des clients, se fera donc en ligne.

Les mesures d’hygiène, elles, s’accumulent : les employés doivent notamment enfiler des gants en plastique avant chaque manipulation d’assiette. Sans compter que leur température est prise systématiquement avant chaque quart de travail.

Admiration

« Je ne sais pas comment vous faites pour travailler toute la journée avec ces masques-là... Vous êtes bonnes ! », lance tout bonnement un passant admiratif.

L’achalandage, relativement timide hier, n’effraie pas Stéphane Lapointe, le directeur général, pourtant habitué à crouler sous les touristes durant la période estivale. 

« Ça va être une semaine de rodage, confie-t-il. Ceux qui vont être plus craintifs vont observer et choisir leur restaurant selon les mesures qui sont appliquées. Ça va se parler assez vite. »

 

Airs de vacances dans le nord  

Béatrice Roy-Brunet, Agence QMI

Erika Aubin au resto
Photo Agence QMI, Béatrice Roy-Brunet
  • Resto : Moe’s   
  • Ville : Saint-Sauveur, Laurentides       
  • Heure : 12 h 30       
  • Menu : Quesadillas végétariennes              

En fermant les yeux sur la terrasse d’un restaurant de Saint-Sauveur, je suis presque parvenue à oublier les longues semaines de confinement des derniers mois.

Je redoutais de me retrouver seule au cœur du Moe’s pour sa première journée de réouverture, hier. À ma grande surprise, les nombreuses terrasses de la ville étaient déjà bien occupées avant même l’heure du dîner.

Les couples et les familles, visiblement contents de retrouver un semblant de normalité, sirotaient des breuvages alcoolisés au soleil. Mes voisins de table ont même célébré leur première sortie gastronomique avec un shooter de circonstance.

J’ai souvent opté pour la livraison durant la pandémie. C’est toutefois un grand bonheur de profiter d’un plat directement sorti des cuisines qui n’a pas perdu de son panache durant le transport.

Certains détails divergent grandement d’une sortie traditionnelle au restaurant. On fournit le Ketchup dans un petit contenant de plastique plutôt que dans une bouteille sur la table, et le menu en papier sera utilisé une seule fois seulement. J’ai décidé de conserver le mien en souvenir.

Il faut aussi s’habituer à voir le personnel entièrement équipé de visières, de masques et de gants.

 

Célébrer le déconfinement au champagne  

Nicolas Saillant, Le Journal de Québec 

Erika Aubin au resto
Photo Stevens Leblanc
  • Resto : Portofino  
  • VILLE : Québec (Sainte-Foy)       
  • HEURE : 12 h 10       
  • MENU : Pizza et salade César              

En entrant au Portofino de Sainte-Foy, à Québec, j’étais aux aguets. Le Purell sur la table et le sourire invisible de l’hôtesse caché derrière masque et lunettes brumeuses ont de quoi réconforter. 

« C’est très chaud », nous avouent les employés. 

Rentrer dans un commerce avec le souhait d’en sortir le plus vite possible, c’est ce à quoi notre cerveau s’est habitué depuis trois mois. L’idée d’aller manger dans un restaurant pour passer du bon temps sonnait donc faux.

D’emblée, je n’aperçois aucun plexiglas entre les tables lorsque je parcours le resto pour choisir où nous allons nous asseoir ; les proprios ont préféré distancier les tables. 

C’est en sortant sur la terrasse où trois femmes, verre de champagne à la main, célébraient l’ouverture des terrasses que le déclic s’est fait. Moi aussi j’avais envie de fêter. 

On s’est donc assis à l’autre bout du bar, ma copine et moi, en cherchant l’assentiment de la serveuse. 

« Je suis à deux mètres ? ». 

Les trois dames, tout comme les employés, avaient le goût de socialiser après tout ce temps sur Zoom.

« Ça fait du bien, je me rends compte que c’est ce qui m’a manqué le plus », lâche pleine d’énergie Michèle Jalbert, une habituée. 

Son amie, Patricia Martel, fêtait son anniversaire. « Ils ont ouvert pour moi ! » 

Habituellement capable d’asseoir 180 clients, le gérant Bertrand De Lépinay attendait 80 personnes sur sa terrasse hier soir. 

« C’est complet, j’ai arrêté de prendre des réservations. » 

Avec une aussi belle réponse de ses clients, surtout après les travaux sur la route de l’Église l’été dernier, le gérant avait aussi envie de fêter. 

« J’ai décidé d’ajouter un DJ. On va avoir une belle ambiance. »  

Errer à Granby  

Guillaume Cyr, Agence QMI

Erika Aubin au resto
Photo Agence QMI, Guillaume Cyr
  • Resto : EggsOasis  
  • Ville : Granby, Montérégie       
  • Heure : 12 h 30       
  • Menu : Pizza avec de la sauce à spaghetti et des frites              

Comme je suis un grand amateur de restaurants, le plaisir a été divin lorsque j’ai enfin pu prendre place à une table dans une salle à manger de Granby, hier, après m’être buté à plusieurs portes closes.

Arrivé en ville à 11 h 30, j’avais comme plan initial de me rassasier à la bien connue cantine Chez Ben on s’bour la bédaine... avant de constater que la salle à manger était toujours fermée, même si le service à l’auto et les commandes pour emporter fonctionnaient à fond la caisse.

Après ce premier échec, j’ai décidé de me tourner vers La Casa du spaghetti, mais je me suis retrouvé encore devant deux portes verrouillées.

Zut.

Comme on dit, jamais deux sans trois : j’ai décidé de me rabattre sur le buffet chinois Maison Wong, mais la salle à manger n’était pas encore ouverte là non plus.

« Ç’a été très difficile pour plusieurs restaurants. On espère que les clients vont revenir. On va devoir apporter les assiettes avec les choix du buffet directement aux clients », m’a dit la gérante Gamie Kam, qui ouvrira sa salle à manger jeudi.

J’ai finalement trouvé une table à l’EggsOasis.

La majorité des clients ont décidé de s’installer sur la terrasse.

À l’entrée, on nous demandait de nous désinfecter les mains, et le personnel, muni de visières, désinfectait chaque table et les toilettes régulièrement.

La bienveillante serveuse Maryse Gagné m’a fait comprendre pourquoi je m’ennuyais autant des salles à manger. 

« On a tous besoin de sortir de notre mur pour manger ailleurs, trouver ou retrouver un nouvel environnement », a-t-elle dit avec philosophie.