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Retour en classe «plus près de la normale» cet automne

Voici à quoi va ressembler le retour à l’école à l'automne et les défis logistiques qu'il reste à surmonter

Jean-François Roussel, directeur de la Polyvalente de Charlesbourg à Québec, reconnaît que les jeunes devront faire un effort d’adaptation à la rentrée. Mais ce n’est rien comparé aux contraintes qui leur ont été imposées au cours des derniers mois, dit-il.
Photo Jean-François Desgagnés Jean-François Roussel, directeur de la Polyvalente de Charlesbourg à Québec, reconnaît que les jeunes devront faire un effort d’adaptation à la rentrée. Mais ce n’est rien comparé aux contraintes qui leur ont été imposées au cours des derniers mois, dit-il.

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L’annonce d’un retour en classe «plus près de la normale» cet automne pour tous les élèves du Québec a été relativement bien accueillie dans le réseau scolaire mardi.

Plusieurs questions demeurent toutefois sans réponse, et les défis logistiques sont nombreux, notamment au secondaire.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a confirmé que la rentrée se fera à temps plein pour tous les élèves de la maternelle à la troisième secondaire dans des groupes réguliers, alors qu’il pourrait y avoir de l’enseignement hybride pour certains élèves de quatrième et cinquième secondaire, comme le rapportait Le Journal hier. Au moins 50% de présence en classe sera néanmoins obligatoire.

Au cégep et à l’université, Québec vise un enseignement «en mode hybride pour tous».

«Par rapport à ce qu’on a vécu avant, c’est un grand grand bond en avant, et je m’attends à voir augmenter la motivation des enseignants et des élèves», a affirmé le ministre Roberge.

Des voix s’élèvent par ailleurs pour réclamer davantage de ressources pour aider les élèves en difficulté, dont plusieurs auront été privés d’école pendant trois mois.

Avec la collaboration de Cédérick Caron et de Vincent Larin

Chambardement de la grille-horaire des 4e et 5e secondaire     

En temps normal, les élèves de quatrième et cinquième secondaire ont accès à plusieurs cours à options. Il arrive aussi qu’un élève de cinquième secondaire suive un cours de quatrième secondaire s’il a échoué en français ou en mathématiques. Dans ces circonstances, maintenir le même groupe d’élèves dans toutes les matières devient souvent impossible, explique-t-on.

Pour contrer ce problème, la liste de cours à option pourrait être plus courte et les groupes moins nombreux, ce qui entraînera des défis d’espace et de recrutement de personnel, prévient Nicolas Prévost, de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement

Jean-François Roussel, directeur de la Polyvalente de Charlesbourg, ne sait pas encore s’il sera capable d’accueillir tous les élèves de 4e et 5e secondaire à temps plein dans son école l’automne prochain. «Mais on va travailler fort pour y arriver», lance-t-il. L’horaire des élèves sera toutefois modifié pour une majorité d’entre eux.

«On va certainement leur demander de faire des efforts pour les choix de cours, pour les précautions à prendre. Mais si on compare ça aux contraintes qu’on leur a imposées dans les derniers mois, on a une meilleure situation devant nous», affirme M. Roussel.

Le casse-tête du transport scolaire     

Les autobus pourront asseoir un élève par banc l’an prochain, ce qui implique que des écoles auront besoin de deux fois plus d’autobus pour transporter leurs élèves.

À l’école secondaire Soulanges, à Saint-Polycarpe, le directeur aurait besoin de 80 autobus plutôt que des 40 qui circulent dans le stationnement de son établissement chaque jour. «Je ne sais pas trop comment on va faire, ce sont des autobus qui transportent aussi les élèves du primaire. Ça risque d’être compliqué», lance son directeur, Jean-François Drouin. À la Fédération des établissements d’enseignement privés, on demande à Québec de permettre aux élèves de monter à bord avec un masque, sans distanciation physique, comme dans les transports en commun. «On comprend mal pourquoi c’est possible dans le transport public et pas dans le transport scolaire, alors que les enfants sont moins susceptibles d’être très malades», affirme son président, David Bowles.

D’autres profs à recruter     

Le retour à 100% des élèves pourrait représenter un casse-tête dans certaines écoles, puisque des enseignants demeureront à la maison pour des raisons médicales. Selon la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, au moins 15% des profs ne sont pas de retour en classe dans les régions où les écoles sont ouvertes en raison de conditions médicales particulières. «On entrevoit quand même des difficultés à ce niveau-là, on était déjà en pénurie», affirme son président, Nicolas Prévost. Les écoles qui voudraient créer de plus petits groupes, pour permettre un retour à 100% de tous leurs élèves, pourraient être forcées de revoir leur plan à cause de problèmes de recrutement, comme à l’école secondaire Saint-Anselme, qui accueille environ 400 élèves dans Bellechasse. «C’est clair qu’il y a un enjeu de recrutement de personnel», lance sa directrice, Sabine Prévost.

Des horaires en alternance     

Pour éviter que des centaines d’élèves ne se retrouvent dans les corridors en même temps, les directions d’école se préparent à concocter des horaires en alternance, notamment pour la période du dîner. «Ça va être un beau défi. À 1600 jeunes, lorsque la cloche sonne entre deux cours, on a de la difficulté à respecter deux pouces. Mais on va s’adapter», lance Jean-François Roussel, directeur de la Polyvalente de Charlesbourg, à Québec.

Les jeunes pourraient être obligés de dîner avec les élèves de leur sous-groupe, indique de son côté Jean-François Drouin, directeur de l’école secondaire Soulanges, à Saint-Polycarpe. Les élèves n’auront pas non plus accès à leur casier et devront s’habituer à trimballer de plus gros sacs à dos, ajoute-t-il.

De son côté, l’Association québécoise du personnel de direction des écoles réclame des balises plus claires concernant les récréations et les périodes de dîner. L’arrivée des élèves et leur départ pourraient aussi devoir se faire en plusieurs vagues, ce qui pourrait modifier l’horaire de début et de fin de cours pour plusieurs.

Soutien pour les élèves en difficulté réclamé     

Plusieurs acteurs du réseau de l’éducation de même que les partis d’opposition réclament davantage de soutien pour le retour en classe cet automne, afin d’organiser des mesures de rattrapage et d'aider les élèves les plus vulnérables.

 «Si les listes d’attente pour l’accès aux services spécialisés étaient déjà longues, il va falloir attacher nos tuques à partir de la rentrée! Pour offrir un service à la hauteur des besoins, des élèves vont nécessiter plus de ressources et d’aide que d’autres», a affirmé Sonia Éthier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec, par communiqué.

À l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal, on attend avec impatience des précisions sur les mesures de rattrapage. «Il manque beaucoup de morceaux. Ce ne sera pas une rentrée presque normale. À Montréal, on a des enfants qui n’auront presque pas fait de travaux scolaires pendant trois mois. Tout ça, ce sera à rattraper en septembre. On s’attendait à avoir un plan à ce niveau-là, mais il n’y a rien qui a été dit à ce sujet-là, et ça nous inquiète», affirme Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal.

Ces critiques sont partagées par les partis d’opposition à l’Assemblée nationale. «Le retour en classe physiquement pour tous est une bonne nouvelle, que nous espérions», a affirmé Véronique Hivon, du Parti Québécois. «Mais nous aimerions que le gouvernement accorde autant d’importance à la pédagogie et au soutien pédagogique qu’à la logistique, qui semble occuper toute la place.»