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Un agresseur veut ravoir sa job au 911

Le répartiteur a fait des attouchements à une policière de la couronne nord de Montréal lors d’une fête

Frédéric Guénette-Mégélas
Photo d’archives Congédié de son poste de répartiteur du 911, Frédéric Guénette-Mégélas a déposé un grief pour tenter de récupérer son emploi dans la couronne nord de Montréal.

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Un répartiteur du 911, congédié après l’agression sexuelle qu’il a commise sur une policière de la couronne nord de Montréal, veut éviter d’avoir un casier judiciaire pour récupérer son emploi.

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Frédéric Guénette-Mégélas espère que le juge Paul Chevalier lui octroiera l’absolution conditionnelle qu’il réclame.

« S’il veut ravoir son emploi, je pense que c’est évident qu’on n’est pas répartiteur 911 avec un casier judiciaire », a plaidé mercredi son avocate, Cynthia Lacombe.

La criminaliste réclame donc une probation de deux ans, assortie de 240 heures de travaux communautaires et d’un don de 2000 $ au Centre d’aide aux victimes d’actes criminels.

S’il respecte toutes les conditions, l’accusé, qui a porté son verdict en appel, serait ensuite absous par la justice.

« Non, c’est non »

Pour la victime, la simple pensée que l’homme de 38 ans obtienne la clémence du tribunal est « épouvantable ».

« Si on vit dans une société qui permet les abus sexuels envers les femmes, je vais prendre sur moi. Je vais traîner du poivre de Cayenne et gérer toute seule le bonobo qui va s’essayer. Je n’achalerai pas la police ni aucun avocat avec ça. Mais si, au Canada, en tant que société, on a déterminé que c’était inacceptable pour une personne de commettre des gestes comme ça sur un individu qui n’est pas consentant, il faut que la réponse du système judiciaire soit cohérente. Non, c’est non. La valeur de ce petit mot ne devrait pas diminuer parce que monsieur a perdu un bon travail », a témoigné mercredi la jeune femme, avec une grande éloquence, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Depuis l’agression survenue le 20 juillet 2017, celle dont on ne peut révéler l’identité sur ordre du tribunal doit composer avec une anxiété intense et n’a pu reprendre son travail de patrouilleuse.

Ce jour-là, la victime s’est rendue à un party-piscine dans une résidence de Boisbriand, auquel Guénette-Mégélas participait également. 

À un moment, fatiguée et enivrée par l’alcool, la jeune femme est allée s’étendre au sous-sol.

Un béguin

Guénette-Mégélas avait le béguin pour elle depuis au moins un an – même s’il a une conjointe, aussi policière.

Il complimentait fréquemment la victime par textos et l’avait même invitée à venir passer la nuit chez lui, proposition que celle-ci avait déclinée.

« Même avant l’agression, je jonglais déjà avec l’inconfort de son insistance par textos et la peur de représailles. [...] Je craignais qu’il utilise son poste de répartiteur pour m’attribuer les pires appels, comme il s’était déjà vanté de posséder ce pouvoir sur la police », a relaté la policière au juge Chevalier.

Mais lors du party, le répartiteur est allé encore plus loin. La jeune femme a été tirée de son sommeil parce que l’agresseur avait la main dans le bas de son bikini et tentait de l’embrasser.

Lors du procès, Guénette-Mégélas a nié ces gestes. Il a été congédié par son employeur, mais il a déposé un grief pour réintégrer le service 911. 

La Couronne, représentée par Me Caroline Buist, réclame quant à elle une peine de 90 jours de détention discontinus.

Le magistrat tranchera en juillet.


« Pour [reprendre ma carrière, il] faudrait me convaincre de remettre ma sécurité physique entre les mains de gens qui m’ont jugée malgré le fait que j’avais toujours eu un comportement ultra décent au travail. Comme si [...] je n’étais pas crédible parce qu’une fille saoule dans un party qui dit s’être fait agresser, c’est un peu louche. »

« J’ai le chapeau de victime qui veut juste que tout ça se termine, mais j’ai aussi le chapeau de policière. [...] Je suis prise entre deux feux. [...] C’est moi qui les arrête, les pas fins ! C’est moi qui les écoute, les témoins, et c’est moi qui gère les victimes. »

« Vous savez, c’est difficile de porter plainte. [...] Je ne dis pas que dans toutes les sphères de la vie, les filles sont toujours ostracisées, mais en matière sexuelle, les filles ont le dos large... et des jupes courtes. »

– La victime