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Le fanatisme de la vertu

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Certaines ironies sont trop délicieuses pour ne pas être soulignées.

Le 13 juin, l’éditorialiste en chef de La Presse nous expliquait qu’il est trop « commode » d’écarter la notion de racisme systémique en n’y voyant qu’une « invention d’une poignée de militants anglophones de Concordia qui ne comprennent rien au Québec ».

Le 16 juin, son journal publie l’opinion de Nathalie Batraville, professeure... à Concordia, où elle enseigne les « théories féministes, décoloniales et allosexuelles noires [...] ».

Elle écrit :

« Dans le système capitaliste, protéger et servir les Blancs et leur propriété requiert la violence. Le rôle de la police est donc précisément de dévaluer, de harceler et de mettre en cage les Noirs et les Autochtones, voire d’interrompre prématurément leur vie ».

Vous avez bien lu : la police est un instrument aux mains des capitalistes blancs pour mettre en cage les non-Blancs, voire les tuer.

Effets

Elle poursuit :

« En appelant la police, en appuyant les initiatives gouvernementales qui augmentent les services policiers et leurs pouvoirs, et en ressortant les arguments sur le maintien de la loi, les Blancs perpétuent le statu quo. »

Vous avez bien lu : si vous appelez la police, si vous prônez le respect des lois, vous perpétuez le racisme blanc.

Ne faites pas le 911 et ne critiquez pas des casseurs s’ils sont d’une autre couleur que la vôtre !

Mais attention, tout n’est pas sans espoir, car l’auteure ajoute :

« Depuis des siècles, les Autochtones et les Noirs se tiennent prêts à guider nos communautés vers un point où nous pourrons contempler ce qui existe au-delà de la suprématie blanche. »

Noirs et Autochtones, les nouveaux « peuples élus », nous guideront, nous les Blancs suprématistes, vers des lendemains qui chantent.

Vous pensez peut-être qu’il ne faut pas faire de publicité à de telles inepties. Erreur.

D’abord, ces élucubrations se répandent dans le monde, reprises par des jeunes ignorants qui les plaquent sur leurs sociétés.

Ensuite, il faut voir en face le naufrage de certains départements de « sciences sociales » dans nos universités.

Pire, ces discours sont recyclés pour servir d’autres causes.

Souvenez-vous lorsqu’on nous disait qu’il ne fallait pas faire d’« amalgames » entre le terrorisme islamiste, la femme voilée et les musulmans en général.

Les mêmes amalgament aujourd’hui leur prétendu antiracisme et la loi sur la laïcité, alors que la foi se choisit, pas la couleur de la peau.

Ce discours délirant fait vaciller le gouvernement Legault, au bord de commencer à raisonner dans les catégories mentales de ses pires adversaires.

Il pénètre au sein du PQ, où se livre un combat pour son âme entre les aspirants à la direction qui voient la supercherie et ceux qui, copiant QS, l’endossent par calcul ou aveuglement.

Braises

Dénoncer le racisme ? Bien sûr.

La dérive commence quand la revendication vire en repli communautariste, en appel à la rupture, et en glorification de sa propre couleur comme si elle était porteuse de mérite.

On ne veut plus surmonter les catégories raciales, mais installer chacun dans la sienne, certaines coupables, d’autres innocentes.

Pour paraphraser Philippe Couillard, on « souffle sur les braises » de l’intolérance.

Cet antiracisme détourné, note Finkielkraut, sera le « communisme du XXIe siècle ».