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Le gros problème de la PCU de Trudeau

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Ainsi le premier ministre Justin Trudeau a décidé de prolonger de huit semaines le versement de la Prestation canadienne d’urgence (PCU), ce qui porte à 24 semaines la période maximale durant laquelle un prestataire pourra en bénéficier.  

Pas sûr que c’est une bonne idée. Car en cette période de déconfinement, le prolongement de la PCU risque de mettre des bâtons dans les roues de la reprise des activités commerciales et industrielles, plus précisément au niveau de l’embauche de la main-d’œuvre à revenu modeste.

Pensons-y deux petites minutes. La PCU rapporte à ses bénéficiaires 500 $ par semaine, à ne rien faire comme boulot. C’est 15 $ dollars de plus par semaine que le montant qu’un travailleur au salaire minimum (13,10 $ l’heure) gagne durant une semaine normale de travail de 37 heures, soit 485 $.

De plus, le bénéficiaire de la PCU peut même gagner un revenu d’appoint jusqu’à 1000 $ par période de quatre semaines (donc 250 $/semaine) sans que cela ne vienne réduire le montant de « sa » PCU.

C’est donc dire que le prestataire de la PCU peut encaisser 750 $ par semaine, soit 500 $ de PCU et 250 $ de revenu d’appoint.

Comprenez-moi bien : je n’étais absolument pas contre la PCU ni ce supplément d’appoint lors de la période initiale des 16 semaines.

Car de toute évidence, la PCU a permis aux travailleurs victimes de la COVID-19, que ce soit des salariés, des dirigeants, des travailleurs autonomes, des chômeurs ou des pêcheurs sans travail, de survivre financièrement durant la paralysie de plusieurs pans de l’économie canadienne. Laquelle paralysie a débuté le 23 mars dernier au Québec.

Jusqu’à présent, 8 millions de personnes ont bénéficié de la PCU pour arrondir leurs fins de mois en cette période de guerre contre la COVID-19.

Le problème ?

Comme l’activité économique reprend, les entreprises ont forcément besoin de leur main-d’œuvre.

Le prolongement de huit semaines de la PCU vient contrecarrer le rappel des travailleurs à revenu modeste. 

À 750 $ de revenu par semaine avec la PCU et le revenu d’appoint, le prestataire de la PCU gagne l’équivalent de 20,27 $ l’heure pour une semaine de 37 heures, où il n’aura, dans les faits, travaillé concrètement qu’une fraction du temps ! C’est 7,17 $ l’heure de plus que ce que gagne un travailleur au salaire minimum qui, lui, travaille durant lesdites 37 heures.

Mettez-vous à la place des prestataires de la PCU ! Pour nombre d’entre eux, il est plus payant de rester à la maison durant le prolongement des huit semaines de la PCU que de retourner travailler.

LA SOLUTION ?

Comme l’a dit le premier ministre François Legault : « Il faut trouver une solution où il y ait un incitatif à aller travailler. »

Voilà pourquoi M. Legault étudie la possibilité de prolonger ses propres programmes d’aide, comme les primes pour les travailleurs essentiels.

Autre possibilité : négocier avec le gouvernement Trudeau une « formule » permettant aux prestataires de la PCU qui acceptent de retourner au travail de conserver en partie ladite prestation.

Quelle mesure contre-productive que ce prolongement de la PCU de Trudeau !