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Le dernier rempart acceptable du mépris...

Le dernier rempart acceptable du mépris...
Photo d'archives, Agence QMI

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On parle beaucoup de racisme «systémique» par les temps qui courent. Au Canada, c’est devenu le sujet numéro un de l’actualité. Au Québec, on ne fait pas exception.

Sur la route pas mal ces temps-ci, j’écoute Radio-Canada. Le sujet du racisme «systémique» y est passé à toutes les sauces et à chaque émission, on dirait. C’est quand même pas croyable que le Canada soit plongé dans ce débat, à ce moment-ci, principalement à cause des agissements de quelques policiers à Minneapolis, dans le pays voisin.

Vrai, il y a eu aussi, au cours des dernières semaines, une femme et un homme, tous deux d’origine autochtone, qui sont tombés sous les balles d’officiers de la GRC. 

Mais personne ne doutera que l’élément déclencheur de tout ça demeure la mort de George Floyd. 

Et cette discussion nous en aura beaucoup appris; sur le racisme lui-même, car il existe et l'on ne peut en douter, mais aussi sur les militants qui usent du racisme pour promouvoir un projet politique bien précis. 

  • Écoutez Steve E. Fortin, chroniqueur et blogueur au Journal de Montréal et au Journal de Québec, à l'émission Politiquement Incorrect, à QUB Radio:

Vu du Québec, les dernières semaines nous ont aussi révélé un côté sombre du tissu social, au Canada et chez nous: un mépris et une exaspération véhémente à l’endroit du Québec, des Québécois, surtout ceux qui expriment une quelconque forme de nationalisme. 

On a parfois l’impression que l’expression de cette haine-là serait, en quelque sorte, le dernier rempart acceptable du mépris.

Traiter les Québécois de racistes? No problem.

En pleine Chambre des communes, à Ottawa? No problem.

Et le chef du NPD est réadmis le lendemain pour siéger, comme si de rien n’était. Mieux encore, il a en poche l’appui bien senti du premier ministre de la province où il siège! 

Oui, oui, le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, a publié un message d’appui à son ami Jagmeet Singh, dans lequel il s’indigne que l’on ose demander au chef du NPD de s’excuser. 

Non mais, quand même! On ne va toujours bien pas s’abaisser à considérer ces damnés séparatistes, ces maudits Québécois! Ce sont eux, les racistes!

Déjà que le premier ministre du Canada, sondé sur la question, s’est assuré d’ajouter sa petite touche woke... Partout, partout, partout le racisme systémique, a-t-il rappelé. Faut dire que cet homme a mis pas mal de temps pour réussir son blackface, n’est-ce pas!

Tellement devenue banale, cette expression du mépris envers le Québec, que, par deux fois au cours des dernières semaines, des journalistes anglophones se sont vues contraintes de disparaître des réseaux sociaux, momentanément du moins, après des messages carrément infects.

On se souvient de la dame qui avait comparé tout bonnement le drapeau des patriotes au drapeau des confédérés américains. 

Hier, c’était au tour de la journaliste Reshmi Nair, de CTV Toronto, présentatrice des nouvelles du soir, rien de moins, qui publiait un tweet pour féliciter celui qui avait changé la biographie du député Alain Therrien afin de le présenter comme un «politicien canadien et un raciste»...

«Victoire pour Wikipédia», s’exclame la journaliste.

Elle s’excusera par la suite. Mais on reconnaît bien le réflexe. On s’y est habitué avec le temps. Mais laissez-moi vous dire, en tant qu’observateur assidu de la politique au Canada anglais et sur les réseaux sociaux, que cette dame n’est pas la seule. 

La banalisation de l’expression du mépris envers les Québécois, souvent réticents à accepter l’usage de l’expression «systémique» concernant le racisme, ça commence chez nous.

Combien de nos plus ardents militants anti-racistes, ici, n’ont pas hésité à traiter de racistes le premier ministre Legault, des membres de son gouvernement ou le grand Québec au complet, quand ceux-ci n’adhéraient pas à la conception très militante du «systémique» dans le racisme...

On avait parfois l’impression qu’on assistait au procès du Québec. Les gardiens de la morale, bien montés en chaire, tançant les récalcitrants... «Allez! Crachez le morceau! Dites-le! Racisme SYYYS-TÉÉÉ-MIII-QUEEE!»

Les mêmes qui, on le sait très bien, si le gouvernement Legault adhérait à cette conception militante, s’en réclameraient tout de suite pour l’appliquer à la loi 21, à la loi 101 et à toute manifestation de la distinction du Québec d’avec le Canada postnational et construit à partir de la conception la plus orthodoxe du multiculturalisme.

Comprenons-nous bien, le Québec est fort bien placé pour comprendre la manifestation systémique du racisme. Et depuis longtemps. Et encore plus aujourd’hui, à un moment fort désagréable où il recommence à se manifester de manière décomplexée, envers lui, notamment. 

Ce n’est toutefois pas la meilleure des façons d’engager et de mobiliser les Québécois dans cette discussion, que de mettre la pédale dans le plancher en ce qui concerne les accusations de racisme. 

Et croyez-moi, quand le premier ministre d’une autre province se lève pour défendre le droit d’un chef de parti au Parlement fédéral de traiter un autre parlementaire de raciste et qu’il s’indigne qu’on daigne même lui demander de retirer ses paroles, on a un foutu problème.

Et, oui, c’est aussi le temps, maintenant, de causer de ça.