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Les fruits perdus

Fraises Polyculture Plante 4
Photo d’archives

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Vous avez peut-être encore le poil dressé sur les bras tellement votre fierté québécoise a été flattée par les beaux discours sur l’achat local et l’autosuffisance alimentaire. En réaction à la pandémie, cette idée de manger davantage de produits de chez nous a eu du vent dans les voiles.

Les élus, les médias, les artistes, une pleine chorale a fait résonner les hymnes de notre capacité à produire nos propres aliments. Tout cela en passant le message au consommateur qu’il serait merveilleux qu’il fasse sa part. Et au Québec, dans le discours, on ne donne pas notre place !

La réalité maintenant

Or, voici qu’un trimestre plus tard, alors que la saison idéale pour la production au champ de fruits et légumes bat son plein, le portrait est un peu différent. Des producteurs maraîchers du Bas-du-Fleuve me racontent leur triste réalité. Si je me fie à leur témoignage, il va s’en gaspiller du produit québécois.

Le refus du Mexique de nous envoyer davantage de travailleurs (parce qu’il y a eu beaucoup de malades de la COVID et quelques décès en Ontario) vient leur asséner un coup terrible. Déjà que la venue des travailleurs étrangers avait été compliquée et réduite en raison de la pandémie, la dernière décision du Mexique va créer une grave pénurie.

Au fond, il ne faut pas s’étonner que le flux des travailleurs étrangers soit réduit. Toutes les formes de déplacement entre pays sont affectées par une maladie aussi contagieuse. Cela relève d’une logique élémentaire.

Travailleurs locaux ?

Or, la même pandémie a donné un choc historique à notre économie. Le chômage a atteint des taux jamais connus par notre génération. Une logique simple aurait voulu que la main-d’œuvre locale prenne le relais. On peut comprendre qu’en période de pénurie de travailleurs, il faille recruter hors du pays. Mais en temps de crise économique, des gens sans emploi devraient accomplir le travail dans notre pays, ne fût-ce que pour une saison.

Ma logique oublie une donnée : la PCU ! Le bon Justin est là pour nous. Il vient d’y ajouter huit semaines sans incitatif à travailler. Alors, ils sont où, les intéressés à aller se mettre à quatre pattes dans le champ de fraises ou de brocolis pour finir avec à peu près le même montant que le fédéral verse gracieusement ?

Ce qui veut dire que des milliers de fraises vont pourrir sur les plants. Oui, oui. Nos beaux discours sur l’achat de nourriture locale vont finir avec des tonnes de fruits et de légumes délicieux qui vont pourrir dans le champ. Des fruits et des légumes amenés à maturité, mais jamais récoltés. Au mieux, leur pourriture va servir de fertilisant pour l’an prochain. Déjà, en début de saison, des milliers de kilos d’asperges ont été fauchés et laissés au sol faute de travailleurs.

Conséquence : nous achèterons davantage de légumes et fruits produits à l’étranger. Pendant que nos producteurs vont subir des pertes.

Nous avons dévié du plan, n’est-ce pas ?