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COVID-19: désinformation d’une ampleur inégalée depuis le début de la crise

La crise sanitaire a accéléré la propagation des théories du complot

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Depuis le début de la crise, les fausses nouvelles et les rumeurs se propagent à une vitesse folle sur les réseaux sociaux. Le Journal vous présente les faussetés les plus partagées, des faux remèdes aux théories farfelues sur l’origine du virus. Notre section spéciale vous propose aussi un guide pour démasquer les théories du complot et vous aider à y voir clair dans cette épidémie de désinformation.


Jamais la désinformation, les fausses nouvelles et les théories du complot n’ont été aussi nombreuses et propagées que depuis l’avènement de la pandémie de COVID-19, s’entendent de nombreux experts.

« Je n’ai jamais vu autant de désinformation autour d’un seul sujet. Et la rapidité à laquelle ça voyage, c’est fou. L’ampleur et la vitesse, c’est quelque chose que je n’ai jamais vu dans ma jeune carrière », plaide Jonathan Jarry, communicateur scientifique pour l'Organisation pour la science et la société de l'Université McGill.

« Infodémie »

Même constat chez Marie-Eve Carignan, professeure au Département de communication de l’Université de Sherbrooke, qui, tout comme l’Organisation mondiale de la santé, qualifie le phénomène d’« infodémie ».

« Ce qui mettait normalement des années à s’installer auprès d’une tranche de la population s’est installé en quelques semaines avec la COVID, parfois même en quelques jours. La courbe d’adhésion semble beaucoup plus rapide », observe-t-elle.

Selon un sondage réalisé à la fin du mois de mai par l’Université Carleton, à Ottawa, 46 % des 2000 Canadiens interrogés adhéraient à des théories du complot ou de fausses informations concernant le coronavirus.

Le quart des répondants croient que le virus est une arme biologique créée dans un laboratoire en Chine, alors que 11 % estiment que la maladie n’est pas grave et qu’elle a été propagée pour cacher les présumés effets nocifs sur la santé de la technologie 5G.

Environnement anxiogène

Ce tsunami de désinformation serait lié entre autres à l’anxiété causée par le coronavirus, selon les experts interrogés par Le Journal.

La population se sent impuissante, a peur et « cherche des réponses simples à des questions compliquées », selon M. Jarry.

« Il y a beaucoup de flou, beaucoup de zones grises et d’inconnu. Même les scientifiques n’ont pas de bonnes réponses à tous les enjeux. Donc si on se dit que c’est un complot, on a une réponse. On a quelque chose à quoi se raccrocher qui va nous rassurer. On a une explication », estime la chercheuse Ève Dubé.

Surtout que les théories du complot sont beaucoup plus séduisantes que les réponses complexes de la science, qui contiennent leur part d’inconnu.

« C’est plus trépidant de penser qu’il y a un complot derrière le phénomène que de se faire dire qu’il n’y a juste pas de réponse parce que c’est une maladie nouvelle », ajoute-t-elle.

De nouveaux adeptes

Autre phénomène : des individus qui n’étaient pas portés vers la désinformation et les théories complotistes le sont devenus. Parce qu’ils cherchaient des réponses face à la pandémie et que, confinement oblige, ils avaient le temps de consommer l’abondance d’informations sur le sujet, qu’elles soient fondées ou non.

« Il y a des gens qui n’étaient pas du tout là-dedans et qui semblent avoir basculé, qui adhèrent et qui croient à certaines théories. On n’a pas de chiffres pour ça, mais je pense que tout le monde l’observe dans son entourage », expose Colette Brin, directrice du Centre d’études sur les médias.

Mince consolation si elle en est une, l’attrait des Québécois pour les fausses nouvelles ne serait pas plus – ni moins – important qu’ailleurs, selon les travaux de Marie-Ève Carignan et Ève Dubé.

« On se comparait quand même à ce qu’on a obtenu en France et aux États-Unis. On n’est pas mieux, on n’est pas pire », résume Mme Carignan.

Le pire à venir ?

Bien que la crise sanitaire tend à se résorber tranquillement au Québec, l’épidémie de « désinformation malveillante » risque toutefois de continuer de sévir.

« Ça ne va certainement pas disparaître. L’angle ou le focus va peut-être changer, mais ça va rester. On a encore des théories du complot à savoir si on a marché sur la Lune », illustre Marie-Ève Carignan.

Colette Brin n’écarte pas d’ailleurs que la situation n’empire.

« Plus le temps passe, plus les gens pourraient être frustrés, avance-t-elle. Ce n’est pas le temps de baisser les bras en matière de désinformation, particulièrement lors de la deuxième vague. Le terreau reste fertile pour ces contenus-là. » 

7 faussetés répandues sur la COVID-19  


Compilation par Pierre-Paul Biron

1- Le virus fabriqué par des scientifiques chinois

FAUX

Photo d'archives, AFP

La théorie a fait beaucoup de chemin sur les réseaux sociaux depuis le début de la crise, mais elle a aussi été largement démentie. Selon certaines sources d’information peu fiables, le virus de la COVID-19 aurait été fabriqué de toutes pièces par des scientifiques chinois dans un laboratoire de Wuhan. Une vidéo vue plus de 30 000 fois sur YouTube affirme même qu’il s’agit d’une arme biochimique. Si la technologie permet effectivement la mise au point synthétique de virus, le matériel génétique du nouveau coronavirus convainc les scientifiques du monde entier de rejeter cette thèse. 


2- Justin Trudeau a voulu rendre la vaccination obligatoire au Canada

FAUX

Capture d'écran

 

Une pétition lancée à la mi-avril au Québec demandait à Justin Trudeau « l’éradication de [la] nouvelle loi de vaccination obligatoire ». En quelques jours à peine, près de 30 000 personnes ont signé la pétition. Le hic ? Aucun projet de loi en ce sens n’a été à l’étude au pays. Et jamais Justin Trudeau n’a proposé une telle mesure, soulignant seulement que la vie telle qu’on la connaissait ne reprendrait pas « avant que l’on ait un vaccin ».

Le site web qui hébergeait la pétition, Avaaz, a depuis fermé le registre de signatures, « car il présentait des informations fausses ou trompeuses ».  


3- La COVID-19 a été fabriquée à partir du virus du VIH

FAUX

Capture d'écran

 

La thèse a été supportée par un autre prix Nobel de médecine, ce qui lui a valu une attention amplifiée. Toutefois, malgré l’insistance du Dr Luc Montagnier, Nobel de 2008 pour ses travaux sur le VIH, les éléments identiques entre les deux virus ne prouvent aucune manipulation, insistent des scientifiques. En fait, les similarités génétiques entre les deux virus se retrouvent aussi chez une quinzaine d’autres virus, ont démontré des experts, notamment publiés par Massive Science. La fausse nouvelle a été à ce point démasquée que même les chercheurs indiens qui avaient au départ publié une ébauche d’étude sur les ressemblances entre les deux virus se sont depuis rétractés.  


4- La première personne vaccinée durant des essais cliniques pour un vaccin COVID-19 en est morte

FAUX

Capture d'écran

 

La Dre Elisa Granato, une microbiologiste anglaise, faisait partie des premiers volontaires à participer à un essai clinique pour le développement d’un vaccin contre la COVID-19. Rapidement, des complotistes l’ont déclarée morte et la fausse nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. La principale intéressée a même dû donner des entrevues, notamment à la BBC, pour prouver qu’elle avait bel et bien survécu à l’expérience. Son nom de compte Twitter est désormais « Dr Elisa Granato – 100 % alive (100 % en vie) ». 


5- Le futur vaccin sera nécessairement dangereux

FAUX

Capture d'écran

 

Les partisans anti-vaccination ne sont pas nécessairement nouveaux dans le paysage de la fake news en ligne, mais la COVID-19 et le développement d’un nouveau vaccin leur ont évidemment donné bien des munitions pour se faire entendre. Alors qu’ils sont présents entre autres en ligne et dans les manifestations pour le déconfinement, leur opinion fait souvent bien plus de bruit que celle de la communauté scientifique qui défend le vaccin, ce qui représente un risque réel.  


6- Un professeur de Harvard arrêté pour avoir vendu le Coronavirus

FAUX

Capture d'écran

 

Selon l’agence Reuters, plus de 79 000 publications ont été partagées sur les réseaux sociaux prétendant que le professeur de Harvard Charles Lieber avait été arrêté après avoir « vendu » le coronavirus aux Chinois. Lieber a bel et bien été arrêté en janvier, mais son histoire n’a rien à avoir avec la COVID-19. En fait, l’ancien directeur du département de chimie de la prestigieuse université a été arrêté pour fausses déclarations ; il a omis de déclarer aux autorités américaines qu’il obtenait du financement des autorités chinoises, en partie par l’Université de Wuhan, ville où s’est déclenchée la pandémie. 


7- Un prix Nobel de médecine a défendu la thèse de la création humaine du virus

FAUX

Capture d'écran

 

Tasuku Honjo, prix Nobel de médecine en 2018, n’a jamais appuyé cette idée. Le nom du Dr Honjo a tout simplement été accolé à un texte publié sur les réseaux sociaux dans l’espoir de donner du poids scientifique à l’affirmation. La publication a tellement été partagée qu’elle a forcé le chercheur japonais à publier un communiqué de presse à la fin avril. « Je suis très attristé que mon nom et celui de l'Université de Kyoto aient été utilisés pour propager de fausses accusations et de la désinformation. [...] Gardons nos yeux sur les plus hauts objectifs atteignables par notre espèce », insiste-t-il.

Un prof alimente les complots    

Photo Agence QMI, Matt Joycey

Un professeur de l’Université McGill, convaincu que la majorité des instances politiques et des agences de santé publique sont « infiltrées » par le lobby des télécommunications, alimente les théories du complot entourant l’arrivée du réseau sans fil 5G.

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COVID-19 et 5G : un terreau fertile pour l’extrême droite  

Photo Agence QMI, Matt Joycey

La pandémie est un terreau fertile pour les groupes d’extrême droite qui profitent de l’incertitude collective pour recruter de nouveaux adeptes, s’inquiètent des experts.

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Les anti-vaccins, nuisibles dans la lutte contre la pandémie    

Photo Adobe Stock

En encourageant les gens à ne pas se faire vacciner ou à ignorer les mesures sanitaires en place, la désinformation de masse à laquelle on assiste depuis le début de la crise pourrait nuire dangereusement à la lutte contre le coronavirus.

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Internet est devenu un véritable Far West en temps de pandémie  

Photo d'archives, Agence QMI

Les fausses nouvelles et autres théories du complot liées à la COVID-19 se sont répandues aussi rapidement sur le web que le virus lui-même à travers le monde.

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Le web n’en fait pas assez  

Photo d'archives

Les grands réseaux sociaux ont bien tenté de limiter l’épidémie de fausses nouvelles liées à la COVID-19 qui se propage en ligne, mais force est d’admettre que les efforts ne sont pas suffisants et qu’une part de responsabilité leur revient aujourd’hui, soutiennent des experts.

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Un défi pour les scientifiques    

Photo d'archives, Agence QMI

La communauté scientifique a la responsabilité de mieux partager son travail afin d’éviter la propagation de fausses nouvelles, estime le scientifique en chef du Québec.

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Portrait type du complotiste    

Photo Adobe Stock

Divers facteurs semblent influencer la possibilité qu’un individu adhère à la désinformation malveillante et aux thèses complotistes, selon les experts rencontrés par Le Journal.

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Victimes des fake news  

Photo d'archives, Agence QMI

Être en guerre contre un virus, c’est vraiment maudit.

On ne peut pas négocier avec un virus. On ne peut pas l’intimider. On ne peut pas tapocher SARS-CoV-2 jusqu’à ce qu’il se rende.

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