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Le virus des fausses nouvelles: portrait type du complotiste

Divers facteurs semblent influencer la possibilité qu’un individu adhère aux thèses complotistes

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Photo Adobe Stock

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Divers facteurs semblent influencer la possibilité qu’un individu adhère à la désinformation malveillante et aux thèses complotistes, selon les experts rencontrés par Le Journal. 

• À lire aussi: Désinformation d’une ampleur inégalée

Le niveau de scolarité

Plus un individu est scolarisé, moins il a tendance à adhérer aux théories du complot. « Les plus jeunes, qui n’ont pas de niveau universitaire, peuvent sentir qu’il y a une élite plus instruite, qui a plus de pouvoir financier, et ça rejoint leur perception que cette élite-là ne joue pas franc jeu, ne dit pas la vérité, fait des manigances en secret », expose Marie-Ève Carignan. Mais des gens très scolarisés peuvent aussi « sombrer » dans les théories du complot, nuance Colette Brin. « On se croit tellement expert qu’on croit qu’on est infaillible », dit-elle.

Rejeter la théorie officielle

L’important pour les complotistes est de rejeter l’histoire officielle, et ce, même si les théories avancées sont contradictoires. « Par exemple, sur le 5G, on ne peut pas croire que c’est sécuritaire. Maintenant, quel est le rôle exact que joue le 5G dans la COVID ? Ça peut changer d’une journée à l’autre. Ça peut être plusieurs choses en même temps. L’important, c’est de croire que le 5G cause des dommages pour la santé », résume le communicateur scientifique Jonathan Jarry. 

Le besoin d’appartenance

Une bonne partie de la motivation à adopter les théories du complot vient du « besoin fondamental d’adhérer à un groupe ou à une communauté », ce qui se produit souvent sur les réseaux sociaux, expose Colette Brin, directrice du Centre d’études sur les médias. D’ailleurs, plus un individu s’informe sur les réseaux sociaux, plus il adhère aux thèses complotistes, selon la professeure Marie-Ève Carignan. À l’inverse, les personnes qui consultent les médias traditionnels et les sites des autorités publiques adopteront moins cette tendance. 

Un sentiment de menace

Une personne qui s’inquiète pour sa santé physique ou financière, ou celle de sa famille, peut être plus tentée d’adopter une vision complotiste, observe la professeure Marie-Ève Carignan, qui vient de terminer une étude préliminaire visant justement à dresser un portrait des individus qui adhèrent aux théories conspirationnistes, dans la foulée de la COVID-19. 

Une méfiance envers les autorités

De façon générale, les complotistes sont des gens qui se méfient du gouvernement et des autorités. « Ils ne font pas confiance aux élites, aux scientifiques et aux médias. Dans un contexte de pandémie, ils vont être plus portés à se tourner vers des contenus qui critiquent ces groupes-là et qui vont à l’encontre du consensus », avance Colette Brin.  

Comment éviter de tomber dans le piège ?  

N’agissez pas sous le coup de l’émotion

Prenez le temps de lire la publication en entier et de vous questionner sur son contenu. Les producteurs de faux contenu cherchent justement ces réactions émotives.

Questionnez-vous sur la crédibilité de la source

Les sites de fausses nouvelles s’affairent à reproduire fidèlement le look de sources fiables d’information. Prenez le temps d’explorer le site web en jetant par exemple un œil à la section « À propos » ou « Contactez-nous ».

Vérifiez les sources citées dans l’article

Ce n’est pas parce qu’il est écrit qu’un médecin ou un chercheur endosse telle ou telle théorie que c’est nécessairement vrai.

Prenez le temps de contre-vérifier--- les dires de ces experts. Ont-ils été contredits par l’ensemble de la communauté scientifique ? N’ayez pas de biais de confiance parce que les sources citées « semblent » fiables.

Vérifiez les infos sur d’autres sites web

Prenez le temps de fouiller quelques minutes pour vérifier si d’autres sources ont publié la même information.

Si un article vous annonce un remède miracle pour la COVID-19, soyez certain que beaucoup de gens en parleront si c’est vrai. Si un seul site web présente cette théorie, remettez-la en doute.

Ne partagez pas du contenu qui vous fait douter

Toute interaction avec du contenu de fausses nouvelles (mention J’aime, commentaire, partage) n’aura pour effet que de lui donner de la visibilité en raison des algorithmes des réseaux sociaux.

Si vous doutez de l’exactitude d’une publication, ne la partagez surtout pas. 

5 personnalités québécoises qui relaient des théories controversées  

Alexis Cossette-Trudel  

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Capture d'écran

Partisan de la thèse selon laquelle la COVID-19 ne servirait qu’à débarrasser les « élites pédo-sataniques » de Donald Trump, venu pour dévoiler au grand jour leurs écarts, l’homme derrière la chaîne YouTube Radio-Québec nourrit ses 73 000 abonnés de thèses complotistes. Plusieurs de ses vidéos sur la pandémie ont récolté plus de 100 000 visionnements, certains dépassant même le demi-million. Au début du mois de juin, il a fondé une fiducie avec un autre conspirationniste, Stéphane Blais.

Stéphane Blais  

Il est le président de la Fondation pour la défense des droits et libertés du peuple, qui aurait amassé plus de 350 000 $ depuis sa création, en mai. Avec l’aide de Me Guy Bertrand, l’organisation a entamé des démarches judiciaires contre le gouvernement du Québec afin de contester les mesures de confinement découlant de la COVID-19 et le projet de loi 61. Comptable de profession, Stéphane Blais affirme faire l’objet d’une enquête du syndic de l’Ordre des CPA, qui semble s’interroger sur les théories complotistes qu’il propage. L’Ordre des CPA n’a pas voulu confirmer ces informations.

Jean-Jacques Crèvecoeur  

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Capture d'écran

Belge installé aujourd’hui au Québec, M. Crèvecœur rejoint 187 000 abonnés sur sa chaîne YouTube. Il soutient la théorie selon laquelle la pandémie actuelle servirait à l’implantation d’une dictature mondiale, appelant les gens à ne pas se faire tester et à ne surtout pas se faire vacciner. L’AFP a notamment étudié l’une de ses vidéos les plus vues, qui a depuis été retirée par YouTube, et y a relevé de nombreuses faussetés ou inexactitudes. Il est membre du conseil d’administration de la Fondation pour la défense des droits et libertés du peuple.

André Pitre  

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Capture d'écran

Fondateur du Stu-Dio, chaîne YouTube ayant 30 000 abonnés, André Pitre est un habitué des théories du complot, abordant souvent le concept « d’État profond » dans ses vidéos. Il reçoit fréquemment Stéphane Blais et Alexis Cossette-Trudel dans ses émissions en ligne.

Lucie Laurier  

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Photo d'archives, Agence QMI

La comédienne québécoise a beaucoup fait jaser au cours des dernières semaines pour ses positions sur la vaccination et les mesures de confinement liées à la crise. Rapidement, son nombre d’abonnés sur Facebook et Twitter a augmenté et elle a fait au moins une apparition dans le Stu-Dio d’André Pitre.

— Pierre-Paul Biron et Kathryne Lamontagne