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Les otages sont là pour un bon bout

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Les otages canadiens détenus en Chine risquent de demeurer longtemps en prison. 

Pour deux raisons. D’abord parce que le gouvernement chinois devient de plus en plus dictatorial. Ensuite parce que le gouvernement canadien a adopté une stratégie inefficace face à la Chine. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le Canada dispose de plusieurs moyens de faire pression sur la Chine. Mais encore faut-il être capable de les utiliser et avoir la volonté de le faire. Au fond, la Chine est un exemple parmi d’autres de la faiblesse du gouvernement Trudeau à l’international.

De quoi sont accusés les deux Canadiens ?

Michael Kovrig et Michael Spavor sont accusés d’espionnage. En Chine, tout et rien peuvent motiver des accusations d’espionnage : lire un livre classé « interne », mais en vente libre, prendre une photo d’un poste de police ou encore poser des questions politiques à des citoyens chinois. Comme le déclarait récemment Cai Xia, une professeure de droit à la retraite de l’École centrale du Parti communiste, il n’y a plus de règle de droit en Chine. Pire, selon elle, le Parti communiste chinois est devenu un parti zombie, à la solde de Xi Jinping. De toute manière, comme il s’agit d’accusations d’espionnage, la preuve va demeurer secrète.

En quoi l’enjeu dépasse-t-il une prise d’otage ?

Ce qui est en cause est l’évolution globale du gouvernement chinois, qui chaque jour devient plus dictatorial et plus menaçant, ainsi que la place du Canada dans le monde. Cette semaine, l’armée chinoise, selon toute vraisemblance, a tenté d’établir un avant-poste dans une zone frontalière contestée par l’Inde. Des combats ont eu lieu entre l’armée chinoise et l’armée indienne. Cette semaine encore, le gouvernement australien a accusé la Chine à mots couverts de se livrer à une gigantesque attaque informatique simultanée sur toutes les institutions du pays. Que ce soit face à Hong Kong, à Taïwan, en mer de Chine ou dans ses déclarations, le gouvernement de Xi Jinping est de plus en plus agressif. Cette agressivité est d’autant plus forte que la crise de la COVID-19 a bousillé la tranquille assurance économique du gouvernement chinois. Des dissensions contre Xi Jinping commencent même à percer au grand jour.

Que pourrait faire le gouvernement du Canada ?

Quelques diplomates canadiens habiles sont parvenus à gagner l’appui de plusieurs gouvernements européens contre la Chine. Mais il faut davantage. Le gouvernement canadien pourrait répondre coup par coup au gouvernement chinois. Il pourrait restreindre le nombre d’étudiants chinois qui viennent étudier au Canada, invoquer la sécurité nationale pour interdire certaines importations chinoises, se rapprocher de Taïwan, etc. Contre un gouvernement de voyous, seules les actions dures fonctionnent.

Pourquoi accorder autant d’importance aux otages canadiens ?

Le gouvernement Trudeau a besoin d’un succès à l’international pour faire oublier l’échec de sa campagne pour un siège au Conseil de sécurité. Malheureusement, l’approche accommodante de Justin Trudeau avec la Chine a abouti à une impasse. Le gouvernement de Trudeau est faible, incapable d’une grande stratégie à long terme.

Quelles leçons tirer de cette crise ?

Les États-Unis et la Chine sont en train de se détacher économiquement l’un de l’autre. Quelle est la place du Canada dans le nouvel ordre mondial qui se dessine ? Certainement pas de se tenir aux côtés d’une Chine dictatoriale qui n’hésite pas à utiliser les pires moyens de chantage. Le Canada devrait s’éloigner commercialement de la Chine de Xi Jinping.