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Mauvaise comédie conservatrice

debat conservateur
Photo Simon Clark

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Avant même d’être tenu mercredi dernier, le seul et unique débat en français dans le cadre de la course à la chefferie du Parti conservateur promettait peu de chose. Il n’aura pas déjoué les pronostics !

Parlons tout d’abord de la forme. Les bleus auront réussi à se tirer dans le pied en commençant la soirée avec un retard inacceptable de près de 40 minutes.

Imaginez. Moi-même, passionné de politique, ça me prenait tout mon petit change pour ignorer les appels du BBQ et de la piscine afin de me consacrer à l’écoute de cette joute oratoire hasardeuse.

Mais que faisaient-ils pendant tout ce temps ? Ils cherchaient un Bescherelle ?

Puis vint finalement le temps d’ouvrir la bouche. Soudainement, je regrettais la petite musique d’attente qui m’avait bercé pendant de longues minutes.

Pitoyable

Comment peut-on autant massacrer une langue que l’on dit essentielle à notre pays ? Deux obscurs candidats, Derek Sloan et Leslyn Lewis, n’auraient carrément pas dû accepter de s’humilier et de nous insulter de la sorte.

Je veux bien être compréhensif et donner la chance au coureur, mais là, les bornes étaient carrément dépassées.

Comme me le faisait remarquer un conservateur influent, le regretté Deepak Obhrai, qui avait marqué les esprits avec sa piètre maîtrise de notre langue lors de la précédente course, avait au moins eu la délicatesse de rire de lui-même et de rendre son incapacité sympathique. 

Sloan et Lewis avaient peut-être l’air de véritables clowns, mais ce n’était pas drôle pour autant.

Il est vrai qu’Erin O’Toole et Peter MacKay ont réussi à être compréhensibles dans l’ensemble, le deuxième ayant manifestement effectué des progrès, mais reste que c’était laborieux. À côté d’eux, Andrew Scheer pourrait sans doute faire la lecture de la dictée de Bernard Pivot.

Même rengaine

Puis il y a le fond, la matière. Encore là, les conservateurs qui ont soif de voir leur parti se moderniser et reprendre le pouvoir auront eu l’occasion de se taper la tête contre les murs.

Qui l’eût cru ? Encore une fois, des propos qui empêchent de reléguer aux oubliettes les questions relatives à des enjeux sociaux comme l’avortement. Misère.

Le problème, c’est que même si bon nombre de conservateurs veulent afficher un plus grand progressisme sur ces dossiers, l’attrait de l’appui d’une frange non négligeable de la base militante est trop fort.

Ainsi, de manière systématique, on a l’impression de revenir à la case départ.

Comme si ce n’était pas assez, la pandémie aura démontré pour l’électorat l’importance du soutien gouvernemental. Et malgré la monumentale crise de finances publiques qui nous guette, on ne sent pas d’appétit pour ces questions pourtant fondamentales, fer de lance du conservatisme économique.

En clair, la partie est loin d’être gagnée pour les conservateurs, et force est de constater que le piètre spectacle qui nous a été offert cette semaine n’aidera en rien.