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Sentez-vous monter l’«écœurantite»?

GEN-
Photo Agence QMI, Steve Madden

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Le chef du Bloc, Yves-François Blanchet, se dit « écœuré » que les Québécois au grand complet soient traités de « racistes n’importe quand et pour n’importe quoi ».

M. Blanchet est loin d’être le seul à qui la moutarde est en train de monter dans le nez.

Je prends juste mon entourage.

Tannés

Du monde comme moi. Loin d’être parfaits, loin d’être dénués de tout préjugé, prêts à cheminer, pas bornés pour deux sous, avec des enfants qui ont des amis de toutes les couleurs, etc.

Voyez le genre : ce Québécois de base, avec sa petite cour et son BBQ, qui va au Costco, modéré en tout, ni très riche ni très pauvre, qui essaie de ne pas écœurer les autres, mais qui n’aime pas se faire écœurer.

Ce Québécois de base est la colonne vertébrale de notre société. 

Je sens monter chez lui une « écœurantite », un prodigieux agacement, une grosse envie de changer de poste dès que le sujet du racisme est abordé sur le mode de la culpabilisation collective.

Ce Québécois de base n’a pas besoin d’un doctorat pour trouver étrange qu’on lui parle ici, chez nous, d’esclavage, de colonialisme, de génocide culturel, etc.

Il sait que son peuple a été colonisé plutôt que colonisateur, qu’il n’a pas pratiqué l’esclavage, et qu’il n’a pas, sur ses mains, un centième du sang qui tache les mains vertueuses du Canada anglais.

Quand toutes les difficultés d’insertion sur le marché du travail sont « expliquées » par le racisme, il se doute que c’est pas mal plus complexe, qu’on l’accuse injustement, et qu’on le prend pour un con.

Le mouvement antiraciste va parfois si loin qu’il est en train de perdre son capital de sympathie auprès de cette majorité silencieuse sans laquelle aucun changement durable n’est possible.

Mais il y a pire encore.

Pour schématiser, il y a deux franges au sein du mouvement antiraciste.

Vous avez celle qui vise le dépassement par le haut de la couleur de peau pour ne regarder que le caractère de la personne.

Vous avez celle qui, au contraire, fait de la couleur le socle de son analyse et de son programme d’action.

Pour celle-là, très présente aux États-Unis et en forte croissance ici, les Noirs doivent fréquenter « leurs » établissements, acheter « leurs » produits, ne s’intéresser qu’à « leur » culture, se fréquenter entre eux, se célébrer et se glorifier entre eux.

Appelons cela une ségrégation renversée et compensatoire.

On voit d’ici le danger de glorifier sa couleur comme si elle était un mérite et de traiter tout un peuple de raciste.

Tensions

Comme un fanatisme en alimente un autre, on pourrait donner un espace croissant à ceux qui, à l’autre extrême, voudront réagir en se faisant les « défenseurs » de « leur » peuple et en glorifiant leur propre « pureté ».

L’extrémisme de cette nouvelle gauche racialiste, parfois carrément raciste, pourrait faire le lit d’un extrémisme de droite, nouveau et vieux à la fois.

Vous allez me dire que personne ne veut cela.

Je n’en suis pas si sûr. 

Les calomnies lancées à notre peuple sont si extrêmes, si injustes qu’on se demande si certains ne font pas exprès.