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Accalmie dans le crime organisé

Aucun meurtre lié à la mafia ou aux motards depuis le début de l’année dans la grande région de Montréal

GEN- LEONARDO RIZZUTO
Photo d'archives, Agence QMI Leonardo Rizzuto, qu’on voit ici en novembre 2018 au palais de justice de Montréal avant qu’il soit acquitté d’accusations de possession d’arme et de cocaïne, serait l’un des principaux leaders de la mafia italienne d’après les policiers.

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Un rare climat de paix règne au sein de la mafia montréalaise et dans le reste du crime organisé québécois en cette année de pandémie marquée par la quasi-absence de règlements de compte violents.

Deux meurtres commis au Québec durant les six premiers mois de 2020 sont reliés au marché de la drogue alors qu’à pareille date l’an dernier, on en dénombrait déjà une douzaine attribuables au crime organisé ou au milieu des stupéfiants, selon une compilation du Journal.

  • ÉCOUTEZ la chronique de Félix Séguin sur le crime organisé en temps de pandémie avec Jean-François Baril à QUB radio:

À Montréal, on ne déplore aucun assassinat lié au crime organisé depuis le début de l’année et seulement quelques tentatives de meurtre. Même constat dans les autres grandes villes québécoises. 

Entre les mois de janvier et de mai 2019, quatre meurtres en lien avec le crime organisé avaient été commis à Laval, ainsi que deux à Montréal.

D’après nos informations, la crise de la COVID-19 a probablement contribué à cette accalmie, puisqu’elle a ralenti presque toutes les activités clandestines des Hells Angels, de la mafia montréalaise et des autres factions du crime organisé.

Trêve entre clans

Mais surtout et peut-être pour la première fois en plus de 15 ans, les forces de l’ordre observent présentement une « paix relative » qui semble durable au sein de la mafia italienne, décimée par une cinquantaine de meurtres entre 2004 et 2019.

« On décode que depuis les meurtres des frères Salvatore et Andrew Scoppa l’an dernier, les clans mafieux sicilien et calabrais en sont venus à une trêve et qu’il n’y a pas de guerre interne à l’heure actuelle », nous ont expliqué des sources policières.

Durant la première moitié de l’année 2019, pas moins de quatre meurtres perpétrés à Montréal et à Laval furent reliés à la mafia italienne.

Pression policière

L’inspecteur-chef Guy Lapointe, de la Sûreté du Québec, a rappelé que le meurtre de Salvatore Scoppa, abattu à l’hôtel Sheraton de Laval où se trouvaient des dizaines de personnes, le 4 mai 2019, a provoqué « un changement de ton » des forces de l’ordre face aux règlements de compte commis en public au moyen d’armes à feu.

La pression policière avait alors monté d’un cran, des enquêtes ont rapidement porté leurs fruits et les décideurs des grandes factions du crime organisé pourraient en avoir pris bonne note.

« La Sûreté du Québec a ouvert la machine après cet évènement, a fait valoir le patron des communications à la SQ. On a frappé fort et vite en effectuant plusieurs arrestations lors du projet d’enquête Préméditer, en octobre dernier, permettant de résoudre quatre homicides reliés au crime organisé italien. Certaines personnes ont peut-être réalisé que ce n’était pas payant d’avoir la police constamment sur leur dos. »

Le chef de clan Andrew Scoppa a lui aussi été abattu en octobre dernier, dans l’ouest de Montréal.

En décembre 2019, notre Bureau d’enquête avait révélé que le clan Rizzuto — qui serait de nouveau dirigé par Leonardo Rizzuto, fils du défunt parrain Vito Rizzuto, et par Stefano Sollecito, fils du défunt chef intérimaire de la mafia Rocco Sollecito — a fermement repris les commandes du crime organisé de souche italienne.

Trafiquants mis au pas

Il semble également que les Hells Angels aient mis sur pause le ménage en règle qu’ils avaient entrepris depuis quelques années dans le marché québécois de la drogue. Les Hells contrôlent ce marché lucratif et les trafiquants doivent leur verser une « taxe » correspondant à un pourcentage de leurs recettes.

Cette année, les deux meurtres reliés au milieu de la drogue remontent à janvier. Chacun d’eux a été élucidé avec des arrestations par les enquêteurs de la SQ.

Tristan Boyer a été tué lors d’un vol de stupéfiants à Lachute, dans les Laurentides, le 20 janvier.

Le lendemain, Maxime Dugas-Lepage, de Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, a été assassiné et son corps n’a toujours pas été retrouvé. La victime était le fils de Martin Lepage, emprisonné en Martinique depuis l’été 2018 après avoir tenté d’incendier son bateau en pleine mer des Caraïbes alors qu’il transportait 1506 kg de cocaïne d’une valeur de 100 millions $. 

Si vous avez de l’information sur cette affaire contactez Félix Séguin en toute confidentialité: felix.seguin@protonmail.com et 514-618-6784 (cellulaire, Signal).

Meurtres liés au crime organisé au Québec    

  • 2020* : 2  
  • 2019 : 23  
  • 2018 : 21  
  • 2017 : 13  
  • 2016 : 16   

*Janvier à juin