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C’est une chose d’oublier ; mais c’est pire d’oublier qu’on a oublié

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Photo AFP Dans la nuit de vendredi à samedi, des manifestants ont abattu la statue du général confédéré érigée dans la capitale américaine Washington.

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À travers le monde ces derniers jours se sont tenus de multiples procès populaires suivis de condamnations sans appel de plusieurs grandes figures esclavagistes et colonisatrices. Les statues érigées en leur honneur et celle de leurs nations respectives ont été vandalisées, déboulonnées, voire décapitées en guise de sentence au nom de la justice contre le racisme. Cette sentence est-elle la plus adéquate ? Pensez-vous vraiment que cela va mettre fin au racisme ?

Ce n’est pas un précédent

De tout temps, chaque fois que les peuples opprimés en ont eu l’occasion, ils ont détruit les statues érigées en l’honneur de leurs anciens bourreaux. 

Pensons par exemple à la destruction récente des statues de Staline et de Lénine après la chute du communisme en Europe ; à celle de Napoléon, détruite en 1871 par la Commune, ou à celle de Louis XIV, symbole de la monarchie absolue, en 1792, etc.

L’action est radicale ; peut-être a priori compréhensible et défendable, mais dans la perspective du temps, n’est-ce pas là une jambette pernicieuse à l’héritage culturel éclairé dédié aux générations suivantes ?

Le risque de l’oubli

C’est une chose d’oublier. Mais c’est pire d’oublier qu’on a oublié.

De la passion, oui. De l’engagement, oui. De l’insouciance, non. Il ne faut pas effacer la mémoire et l’Histoire. 

Il faut l’amender et la contextualiser sur toutes les facettes avec une honnêteté intellectuelle exemplaire. 

L’Histoire de l’esclavage et de la colonisation a sa part d’ombre et de lumière. 

Ce qui fait défaut en l’état actuel des choses et qui explique probablement l’action spectaculaire, mais contre-productive des déboulonneurs, des vandales et des décapiteurs, c’est l’occultation de la part d’ombre de l’Histoire. 

Une part d’ombre qui masque les atrocités commises consciemment ou inconsciemment par ces grandes figures du colonialisme et de l’esclavagisme ; ainsi que les complicités intra-africaines qui ont permis le développement de ces activités.

Un acte de civilisation à imiter

Le Parlement européen vient de faire acte de civilisation en invitant les institutions et les États membres de l’Union européenne à reconnaître officiellement les injustices du passé et les crimes contre l’humanité commis contre les personnes noires et les personnes de couleur. 

Outre le fait de proclamer que « Black Lives Matter », en écho à l’assassinat de George Floyd, le Parlement européen, constitué de 705 membres issus de 27 pays, déclare notamment que la traite des esclaves est un crime contre l’humanité. 

Il demande par ailleurs que le 2 décembre soit désigné Journée européenne de commémoration de l’abolition de la traite des esclaves et encourage les États membres à inscrire l’histoire des personnes noires et des personnes de couleur dans leurs programmes scolaires. 

C’est un grand pas vers l’apaisement et la réconciliation ; un modèle pour d’autres nations... Car, comme le dit le proverbe, « pour se réconcilier, on n’apporte pas un couteau qui tranche, mais une aiguille qui coud ».