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La censure et la haine

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Photo AFP Le président américain Donald Trump lors d’un rassemblement de campagne samedi à Tulsa, en Oklahoma.

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Haïssez-vous Donald Trump ? Haïssez-vous le racisme ? Haïssez-vous certaines religions ? Haïssez-vous un dirigeant, une institution, un tueur, la mafia, un sport, un légume, une ville, un commerce, une politique, une émission de télévision, un artiste ou un chroniqueur ?

Dépêchez-vous de le dire ou de l’écrire, parce qu’au train où vont les choses, vous ne pourrez bientôt plus exprimer un désaccord profond avec certaines personnes ou idées.

Loi haïssable

La France vient de l’échapper belle. Le 20 mai, l’Assemblée nationale de la France a adopté une loi haïssable : la loi Avia. Heureusement, la semaine dernière, le Conseil constitutionnel français a annulé pratiquement toutes les dispositions de cette loi.

Celle-ci interdisait, entre autres, l’incitation à la haine, à la discrimination et à la violence. Elle ordonnait aux plateformes numériques de retirer en 24 heures tous les messages qui entraient dans ces catégories. Ces plateformes devaient afficher un bouton de dénonciation à la disposition des internautes. Les compagnies informatiques, en cas de non-respect de la loi, s’exposaient à des amendes maximales de 1,5 million d’euros et, en cas de non-collaboration avec l’État, à une pénalité qui pouvait atteindre 4 % de leur chiffre d’affaires mondial.

Sans se prononcer sur le fond, le Conseil constitutionnel a jugé que la loi imposait aux compagnies internet des contraintes inapplicables. Les défenseurs de la loi Avia ont promis de revenir à la charge avec une nouvelle mouture.

Tendance lourde

Cette loi s’inscrit dans une tendance lourde qui demande aux plateformes internet de censurer les contenus inappropriés.

Une telle censure est défendable quand il s’agit de pédopornographie. Mais elle devient inacceptable quand elle touche la liberté d’expression.

Plus grave, plusieurs voudraient que les compagnies informatiques se substituent aux juges et censurent les propos qui pourraient inciter à la haine, ou dans un contexte plus large, qui seraient faux, injurieux, etc.

Trump a raison

Donald Trump s’est ainsi fait censurer par Twitter. 

Autant il est possible de détester, ou même de haïr Trump, autant ce dernier a eu raison de dénoncer la censure dont il a été l’objet. 

Les Américains qui sont mécontents des propos de Trump ont trois manières de l’arrêter : ils peuvent voter contre lui aux prochaines élections, le traîner devant les tribunaux, par exemple en cas de diffamation, ou lui répondre dans l’espace public. 

La réponse dans l’espace public est toujours la meilleure façon de lutter contre la haine.

Mais parfois, la haine est justifiée, dans le cas des nazis par exemple.

La liberté d’expression est trop précieuse pour être laissée entre les mains de compagnies privées. Elle risque de disparaître si les gens redoutent d’être censurés parce que leurs propos déplaisent à des groupuscules activistes. 

En Allemagne, où une loi similaire à la loi Avia a été adoptée en 2017, beaucoup d’internautes n’osent déjà plus exprimer des opinions contraires à la rectitude politique ambiante.