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L’entourloupette de Jagmeet Singh

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Le bloquiste Alain Therrien fait les frais d’une entourloupette parlementaire du chef du NPD.

Remettre les choses au clair

  • Steve E. Fortin sur QUB radio:

On remerciera B. Thomas Hall, un greffier à la procédure de la Chambre des communes à la retraite, d’avoir remis les pendules à l’heure en ce qui concerne l’affaire de la motion «rejetée» par le leader parlementaire du Bloc québécois Alain Therrien.

On le sait, cette histoire s’est soldée par des accusations de racisme de la part du chef du NPD à l’endroit du député bloquiste; mais pire encore, par un flot incessant d’insultes et de commentaires méprisants envers Therrien et aussi envers les Québécois en général.

Pourtant, comme l’explique l’expert Hall, la situation mérite explications. Ce qui fut fait par une enfilade de tweets [dont voici ma traduction] :

«Evan Solomon [journaliste et commentateur au réseau CTV] et Jagmeet Singh à l’émission Question Period ont donné l'impression aujourd’hui que le député du Bloc québécois Alain Therrien avait rejeté une “motion” proposée par Singh. C'est faux. Le chef du NPD a demandé le consentement unanime de la Chambre des communes (c.-à-d. l’accord unanime de chaque député à la Chambre) pour qu’on passe au stade de lecture de cette motion.

Le consentement unanime est requis pour présenter une motion dans le cas où celui ou celle qui la propose n’a pas préalablement donné un préavis de 48 heures de son intention. Ce préavis existe et est requis afin que la Chambre ne soit pas prise par surprise. Si aucun préavis n'est donné, le député qui souhaite proposer une motion est censé consulter le leader parlementaire de chaque partie. Therrien est leader parlementaire du BQ. C’est donc de son “devoir” de donner ou de refuser son consentement au nom de son parti.

La déclaration de Singh démontre qu'il savait qu'il pourrait ne pas obtenir le consentement de tous les partis (voir Hansard pour le transcript). Il a demandé le consentement unanime, le Président a demandé s’il y avait consentement et il a entendu “non”. Il n'y avait donc pas de consentement unanime. Cela signifiait que la motion ne pouvait être présentée et soumise à la Chambre pour approbation. Il n'y a eu aucune motion (puisque Singh ne pouvait pas en proposer une) et aucune décision n'a été prise sur aucune motion.

Pourquoi un leader parlementaire refuse-t-il son consentement? Peut-être parce que le BQ a jugé qu’il n'avait pas été consulté de manière adéquate. Ou peut-être que le BQ jugeait tout simplement que la motion méritait un débat au lieu d'être adopté immédiatement.

Quoi qu'il en soit, le député Alain Therrien n'a pas rejeté une motion; il a refusé de consentir à ce que la motion soit proposée sans préavis. Mais Singh a réagi comme si Therrien avait exprimé une opinion.»

Conséquences...

Le chef du NPD connaît très bien la procédure parlementaire; il savait fort bien que ce qu’il tentait de faire, c’était de court-circuiter tout débat sur le texte qu’il aurait voulu faire adopter.

Jamais, à ma connaissance, le chef du NPD n’a expliqué ce qui est exposé ici par B. Thomas Hall. On le comprendra, cela aurait invalidé le clip, utile et partisan, selon lequel «Alain Therrien avait refusé d’appuyer une motion sur le racisme systémique à la GRC», narratif à partir duquel le chef du NPD a traité de «raciste» un autre député.

C’est proprement scandaleux. 

Une belle petite entourloupette à partir de laquelle, dorénavant, le NPD a pu fomenter un mouvement d’appui à son chef du haut de la morale racialiste. 

Et surtout, une accusation gratuite, sans fondements, à partir de laquelle, encore, vu de la frange la plus militante de l’idéologie diversitaire au Québec et de manière plus large au Canada, on fait le procès du Québec.

On ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis en ce moment pour traiter le Bloc québécois et ceux qui l’ont appuyé de «racistes»...

Ça commence à bien faire.