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Ces pauvres jeunes envoyés à l’abattoir

NHL/
Photo d'archives Dan Carcillo était prisonnier d’une mentalité qui prônait la brutalité.

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Encore ! C’est ce que je me suis dit à l’annonce d’une poursuite pour intimidation et sévices déposée contre la Ligue canadienne de hockey (LCH), la semaine dernière. La LCH, c’est la Ligue de l’Ontario, la Ligue de l’Ouest et la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Les plaignants sont Dan Carcillo et Garrett Taylor. Ancien joueur du circuit ontarien, Carcillo a joué le rôle de matamore dans la Ligue nationale. 

Quant à Taylor, il a fait de brefs séjours dans la United States Hockey League et la East Coast League après avoir évolué sporadiquement dans la Ligue de l’Ouest. C’est un Américain originaire de San Diego.

Prisonnier du système

Des gens ont discrédité Carcillo en raison de son passé de fier-à-bras sur la patinoire. Il est plus juste de dire que l’ancien joueur originaire de la région de Toronto était prisonnier d’une mentalité qui prônait la brutalité.

Sur la glace comme en dehors.

Les révélations rapportées dans la plainte sont troublantes. Carcillo raconte que, lors de voyages, jusqu’à huit joueurs nus étaient entassés dans la petite salle de bain de l’autocar où ils devaient s’habiller de la tête aux pieds. Ils devaient attendre la permission de sortir, ce qui pouvait prendre plusieurs heures.

Il y avait aussi un jeu surnommé le « Rookie Rocket », qui consistait à mettre deux ou trois joueurs dans un panier de lavage avant de les pousser brusquement dans le mur. Plusieurs joueurs auraient été blessés gravement.

C’était sans compter les insultes racistes, sexistes et homophobes qui étaient lancées régulièrement aux recrues.

Taylor raconte, pour sa part, avoir été forcé par son entraîneur de se battre contre ses coéquipiers pendant les entraînements pour faire grimper l’intensité.

Tout ça et bien d’autres actes étaient posés sans que les entraîneurs et les directeurs généraux condamnent les coupables.

Au contraire, certains riaient de voir les recrues, des jeunes âgés de 15, de 16 ou de 17 ans, se faire taper dessus et être ridiculisées.

Pensée pour John Kordic

En prenant connaissance de ces histoires, j’ai eu une pensée pour John Kordic. J’étais affecté à la couverture quotidienne du Canadien à l’époque où Kordic portait les couleurs du Tricolore.

Comme tous les bagarreurs de la ligue, il était généreux dans ses propos avec les journalistes. C’était un cœur tendre. 

Chris Nilan l’était aussi, mais de façon différente. Nilan n’avait pas son pareil pour réconforter les enfants et les gens démunis. Il était et il est encore une perle à ce chapitre. 

Mais quand on lui posait des questions pointues en rapport avec certaines de ses actions sur la glace, il montait sur ses grands chevaux. Il jouait son rôle à fond. Il aimait la bagarre. Il était vraiment un dur de dur.

Jeune homme malheureux

Kordic n’était pas du même moule.

Oui, il se battait avec hargne, mais ça le rendait malheureux. Le jeune homme était torturé. Lorsque ses coéquipiers avaient voulu lui raser la tête après un entraînement au Forum, il était resté collé au banc. Il s’était résolu à passer sous le rasoir au bout d’une demi-heure.

Un jour, il m’avait confié avec les yeux dans l’eau que son père n’aimait pas le joueur qu’il était. Mais il était pris dans l’engrenage. Il n’était pas un mauvais joueur dans le hockey mineur.

Les choses ont changé quand il s’est taillé un poste avec les Winterhawks de Portland, de la Ligue de l’Ouest. Comme il était déjà assez costaud, son entraîneur Ken Hodge en a fait un « goon ».

Il a suivi ensuite les traces des bagarreurs qui ont joué avant ou en même temps que lui. Il est devenu une figure populaire chez le Canadien. Les spectateurs scandaient son nom quand il se battait. Il a sombré dans la cocaïne avant de faire des mélanges de drogues et de stéroïdes qui l’ont mené jusqu’à la mort, en 1992.

Un an plus tard, d’anciens joueurs des Winterhawks accusèrent leur ancien directeur général Brian Shaw, tout juste après son décès, de leur avoir fait des avances de nature sexuelle.

Kordic avait-il un secret qui le hantait ?

Dénoncer, la chose à faire

Au même moment, Graham James était trouvé coupable d’avoir agressé sexuellement Sheldon Kennedy, quand il dirigeait les Broncos de Swift Current. Plus d’une quinzaine d’années plus tard, Theoren Fleury avouait avoir été abusé aussi par James.

Les victimes ont besoin d’une sacrée dose de courage pour parler. Elles ont honte. Pourtant, ce ne sont pas elles, les coupables.

Mais elles sont de plus en plus nombreuses à dénoncer ce qu’elles ont enduré. 

Ça s’est fait dans d’autres sports. Il y a trois ans, l’ancien entraîneur de ski Bertrand Charest a été reconnu coupable de 37 chefs d’accusation pour inconduite sexuelle et agressions commises sur une douzaine de jeunes skieuses dans les années 1990.

En 2017 aussi, Larry Nassar, ancien médecin de l’équipe américaine de gymnastique, a plaidé coupable à des accusations de nature sexuelle sur 250 de ses anciennes protégées pendant 25 ans.

Les parents de ces jeunes filles faisaient confiance à cet homme. C’était la même chose pour ceux qui confiaient leurs fils à des gens responsables d’équipes de hockey junior. Ces jeunes sont demeurés
marqués par ce qu’ils ont subi.

Heureusement, le temps où ce qui se passait dans le vestiaire devait rester dans le vestiaire est révolu.