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Legault: fort et fragile

remaniement ministeriel
Photo Agence QMI, Simon Clark Le gouvernement Legault est fort, mais il n’est pas à l’abri d’une fragilisation soudaine.

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Passée la mini-surprise, il n’est pas étonnant que François Legault ait choisi de remanier son équipe ministérielle.

Les ministres qui ont été au front pendant la crise y ont laissé des plumes, inévitablement, surtout ceux de la Santé et de l’Éducation.

Ils ont vécu trois ans de vie politique en trois mois, et être ministre est déjà éreintant en temps normal.

Danger

François Legault voit aussi que son gouvernement est à la fois, si je puis dire, fort et fragile.

Pendant une crise, les gens n’aiment pas les chialeux et se rallient autour de ceux qui tiennent le gouvernail.

La population sent aussi que, malgré les bévues et les incohérences, le gouvernement a fait de son mieux au travers de la pire crise sociale de toute l’histoire du Québec moderne.

Il héritait également de problèmes qui étaient là avant lui.

De surcroît, il profite de ce que le PLQ et le PQ sont dans un tel état de décomposition que les gens honnêtes dans ces deux partis reconnaissent qu’ils ne seront pas prêts à gouverner de sitôt.

Le PLQ est devenu un corps étranger dans le Québec francophone, et le PQ lutte tout simplement pour sa survie.

Les chiffres de notre sondage d’aujourd’hui reflètent tout cela, me semble-t-il.

Le gouvernement Legault n’est cependant pas à l’abri d’une fragilisation soudaine.

D’abord, contrairement à une impression largement répandue au Québec, la crise s’accélère dans le reste du monde.

Elle rebondit en Chine, là où tout a commencé, et progresse en Afrique et en Amérique latine.

Quand les voyages internationaux reprendront et que la frontière américano-canadienne sera rouverte... Enfin, vous avez compris.

Chez nous, si vous êtes allés magasiner, vous avez vu le nombre élevé d’insouciants et de commerces dont les mesures sanitaires sont une plaisanterie.

Les porteurs de masques sont minoritaires et le relâchement se répand.

Or, le gouvernement Legault a déjà abattu sa plus grosse carte : le confinement généralisé.

Il ne pourra la rejouer, ou paiera un lourd prix politique s’il le fait. Nous sommes « solidaires » tant que ce n’est ni trop long ni trop forçant.

Par ailleurs, la rentrée scolaire à l’automne s’annonce très compliquée et la crise des finances publiques sera très sévère.

S’il fallait

Malgré un trou de 15 milliards, le gouvernement terminera l’année en équilibre budgétaire – un pur jeu d’écriture comptable –, tout simplement parce qu’il a engagé d’un coup tout l’argent mis de côté depuis des années.

Vrai, plusieurs dépenses générées par la crise ne reviendront pas, mais il y aura des dépenses massives dans les CHSLD et ailleurs dans le réseau.

Ottawa a une furieuse envie de réduire les transferts aux provinces. S’il fallait...

Le gouvernement Legault s’est engagé à remettre la maison en ordre sans hausse d’impôts et sans couper dans ses programmes. Hmm...

On veut bien le croire, mais comme on dit en droit, tout ce que vous dites pourrait être retenu contre vous.

Enfin, il est logique de ne pas faire monter des nouveaux au Conseil des ministres afin de garder cette option dans la manche quand la campagne électorale sera proche.