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Meech, référence obligée, mais embarrassante

Pour le PLQ comme pour la CAQ, c’est un point de repère, mais impossible à constitutionnaliser

Periode des questions
Photo Simon Clark « Je suis parfaitement, mais parfaitement alignée avec la déclaration de Robert Bourassa ! », insiste la chef libérale Dominique Anglade.

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L’accord du lac Meech, qui aurait fait du Québec une « société distincte » au sein du Canada, s’est soldé par un échec il y a 30 ans, malgré les efforts déployés par le premier ministre de l’époque, Robert Bourassa. Depuis samedi dernier, cette série de quatre chroniques qui se termine aujourd’hui revisite cet événement historique avec ceux qui l’ont vécu.


Par rapport à Meech, Dominique Anglade est-elle davantage Bourassa ou Ryan ?

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« Bourassa », répond-elle sans hésiter. (Fait cocasse, le fils de Claude Ryan, Patrice, un lobbyiste, fait partie d’un de ses plus proches conseillers.)

Robert Bourassa, alors premier ministre du Québec, est photographié le 23 juin 1990, au lendemain de sa fameuse déclaration « quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse ».
Photo d'archives, Andre Pichette
Robert Bourassa, alors premier ministre du Québec, est photographié le 23 juin 1990, au lendemain de sa fameuse déclaration « quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse ».

« Je suis parfaitement, mais parfaitement alignée avec la déclaration de Robert Bourassa ! », insiste-t-elle.

Celle du 22 juin 1990, jour de la mort de Meech, évidemment. Rappelons-la : « Le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assurer son destin et son développement. »

  • Écoutez la chronique politique d'Antoine Robitaille sur QUB:

Or, Ryan (ancien chef libéral qui fut aussi ministre de Bourassa) avait soutenu, en entrevue avec le journaliste Pierre Duchesne, que le discours de 1990 avait été « trop nationaliste ».

« Je ne pourrais pas reprendre les propos de Claude Ryan [...], que je respecte beaucoup par ailleurs. Mais sur ce volet-là, je pense que l’affirmation selon laquelle on doit s’assumer pleinement est fondamentale », insiste Anglade.

Cul-de-sac

Pourtant, malgré l’appui à peu près unanime à la fameuse phrase, le statut politique du Québec n’a guère changé ; « l’injustice de 1981 », pour reprendre les mots de Robert Bourassa, n’a guère été réparée. Du moins dans la constitution.

« Meech, c’est probablement l’événement politique le plus marquant de ma vie », soutient le député caquiste Jean-François Simard.
Photo d'archives
« Meech, c’est probablement l’événement politique le plus marquant de ma vie », soutient le député caquiste Jean-François Simard.

Dans un livre en 2018, le député caquiste de Montmorency Jean-François Simard, aussi professeur de sociologie à l’UQO, résumait l’impasse ainsi : « Les Québécois sont à la fois incapables de sortir du Canada, incapables de le réformer et incapables d’y adhérer formellement en signant la constitution. »

Simard se souvient de la crise de Meech : « C’est probablement l’événement politique le plus marquant de ma vie. »

En 1990, il présidait l’aile québécoise des Jeunes libéraux fédéraux (il avait succédé à Denis Coderre). 

Or, il appuie Meech, alors que le candidat à la chefferie Jean Chrétien travaille en sous-main contre l’entente.

« L’extinction de Meech a concordé avec la victoire de Chrétien à la chefferie du PLC », se rappelle Simard douloureusement.

Pour marquer leur déception, plusieurs libéraux du Québec démissionnent. Simard en fait partie. Comme Jean Lapierre, Gilles Rocheleau et bien d’autres.

Simard deviendra souverainiste, puis péquiste, jusqu’à être ministre de Bernard Landry !

Le traumatisme est grand pour le PLC, qui, selon Simard, en rejetant l’esprit de Meech, perdra ses racines québécoises et se « trudeauisera ». Il conclut : « Et aujourd’hui, on a la version 2.0 de Pierre Elliott Trudeau ! »

Traumatisme

À ses yeux, le traumatisme de Meech est plus grand encore pour le Parti libéral du Québec (PLQ). 

Avec Daniel Johnson fils, virage historique : en réaction au nationalisme de l’ère Bourassa, il déclare être Canadien « d’abord et avant tout » !

Au PLQ, la tradition des revendications constitutionnelles a certes été continuée sous Charest par Benoît Pelletier.

Mais ce dernier fut contraint de répéter sa métaphore selon laquelle « le fruit n’est pas mûr » pour relancer les négociations.

Par la suite, Philippe Couillard osa soulever à quelques reprises l’épineuse question de la non-signature de la constitution par le Québec. Mais chaque fois, il a retraité, après avoir réitéré les cinq conditions de Meech.

Le débat ne sera pas relancé

Aussi entichée qu’elle soit de la célèbre déclaration de Bourassa, Mme Anglade n’a pas l’intention de relancer le débat : « Je ne sens pas d’appétit pour le faire. »

Le fédéralisme canadien a selon elle évolué dans le sens de Meech, mais en dehors de la constitution, depuis 30 ans. 

Elle jure que, première ministre, elle serait intraitable devant les tentatives d’intrusion d’Ottawa dans les champs de compétence du Québec.

À ses yeux, le Québec, pour être digne de la déclaration de Bourassa, doit poser des gestes d’affirmation.

Elle pense à une loi sur l’interculturalisme. Réclamer un peu plus de pouvoir en culture. Mais, surtout, sur la question climatique, « on devrait nous permettre d’aller dans les instances internationales où on a un rôle à jouer comme nation ».

Le parti de François Legault n’est pas sans liens avec l’épisode Meech. Comme le note Jean-François Simard : « La CAQ d’aujourd’hui, c’est notamment le résultat d’une fusion avec l’ADQ fondée par Jean Allaire. »

Allaire est ce célèbre militant libéral qui, après l’échec de Meech, déposera un rapport de revendications constitutionnelles s’apparentant à la souveraineté-association.

Il démissionna du PLQ et fonda l’Action démocratique du Québec avec Mario Dumont en 1994.

En 2015, la CAQ renouait avec les demandes constitutionnelles dans un document intitulé « un nouveau projet nationaliste pour les nationalistes du Québec ».

C’est en quelque sorte un retour à Meech. On y déplore entre autres que « la pleine reconnaissance de la spécificité québécoise dans l’ensemble canadien demeure inachevée ».

Est-il seulement possible de l’achever ? Trente ans après la mort de Meech, bien difficile de se montrer optimiste.