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Le spectacle de la St-Jean réinventé?

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Pour la première fois, les quatre grands réseaux de télévision du Québec ont célébré notre fête nationale à l’unisson.

Sismyk, les producteurs de l’émission spéciale Tout le Québec à l’unisson, ont sorti de leur besace un riche arsenal de contes, de chansons, de musique classique et, surtout, une pléthore de beaux sentiments et de bonnes intentions. Fait inusité lorsque le Québec célèbre ainsi en grande pompe, on n’a pas eu besoin de « conscrire » Céline Dion. Mais on a écrémé tout ce que le bottin de l’UDA comporte de vedettes du cru et d’artistes LGBTQ+ et BIPOC (Black, Indigenous, People of Colour). 

Doit-on pareil éclectisme à l’air du temps ? À George Floyd ? À l’épeurante pandémie ? Au racisme dont on ne sait pas s’il est chez nous systémique ou pas ? Si cette ouverture perdure et devient la norme, à la télévision comme dans les autres sphères de notre société, la fête de mardi soir marquera un tournant dans l’histoire du Québec.

Quoi qu’il en soit, le talentueux réalisateur Jean-François Blais devrait tout de suite inscrire en caractères gras le titre de l’émission à son curriculum. Durant plus de deux heures, il a multiplié les trouvailles et les astuces, puisant dans toutes les ressources du numérique. Les images illustrant, par exemple, la chanson de Luc Plamondon, Je danse dans ma tête, étaient un pur bonheur pour l’œil.

L’APPARITION DE DIANE DUFRESNE

Quel beau flash aussi de promener la caméra sur les balcons et les escaliers extérieurs du Plateau-Mont-Royal pendant Le blues d’la métropole. Les quelques chansons de Beau Dommage, sorties des boules à mites par Michel Rivard et Marie-Michèle Desrosiers, ont sûrement permis aux personnes plus âgées de se raccrocher à l’émission. 

Jusque là, les « aînés » avaient dû avoir du mal à s’identifier à cette Saint-Jean sage et inclusive ayant peu à voir avec les fêtes bruyantes et arrosées qui s’étiraient jusqu’aux petites heures sur le mont Royal et les plaines d’Abraham. C’était mon temps ! Celui où « les femmes faisaient l’amour librement, où les hommes ne travaillaient presque plus » !

Je ne sais quoi penser de l’apparition saisissante de Diane Dufresne. Ni son costume, ni la fleur blanche qui lui barrait le front, ni sa voix devenue incertaine ne rappelaient l’inoubliable fée fuchsia de 1984, qui avait littéralement peint en rose le Stade olympique et transporté ses milliers d’admirateurs dans une autre dimension.

UN MONDE NOUVEAU ?

Le directeur musical Jean-Benoît Lasanté a abattu un travail colossal. Lui qui a perfectionné avec En direct de l’univers l’art difficile des pots-pourris avait distribué des morceaux à tous les interprètes de l’émission. Chaque fois, ils ont réussi à les assembler de façon si fluide qu’on pourrait croire le pot-pourri aussi facile à réaliser qu’un puzzle pour enfants d’âge préscolaire.

Malgré les prouesses de la réalisation, malgré les plans en trompe-l’œil et les performances musicales exaltantes, je n’ai jamais pu oublier qu’il manquait à cette fête une dimension essentielle : les spectateurs. 

Dans une salle vide qu’on a beau avoir maquillée, le spectacle n’arrive pas à lever et reste exsangue. On dirait une répétition générale. Comment ces spectacles sans public pourraient-ils préfigurer le « monde nouveau » qu’a évoqué Fred Pellerin pendant la soirée ? Il faut le redire à Simon Brault, cette tête dure qui préside le Conseil des arts : le spectacle vivant ne se réinvente pas.