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Pas de retour à l’école pour une prof malade

Atteinte de fibrose kystique, sa santé se détériorerait si elle contractait la COVID-19

Chelsea Gagnon à l’école St-Anthony de Pierrefonds le 22 avril 2
Photo courtoisie Chelsea Gagnon à l’école St-Anthony de Pierrefonds en 2016 faisant la lecture à ses élèves.

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Une enseignante atteinte de fibrose kystique depuis sa naissance ne retournera pas exercer le métier qu’elle aime en septembre prochain en raison des risques trop élevés de détériorer son état de santé.

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« Ce serait peut-être la fin pour moi s’il fallait que j’attrape la COVID-19 », se désole Chelsea Gagnon, une enseignante suppléante depuis 2014 dans quelques écoles de Montréal.

« On a l’habitude d’être proche de nos élèves pour leur enseigner et je ne peux pas me permettre de prendre le risque que l’un d’entre eux soit infecté sans qu’il le sache », ajoute celle qui ne peut enseigner qu’une ou deux fois par semaine en raison de son état de santé.

Lorsqu’elle retourne chez elle après une journée de travail, la femme âgée de 31 ans doit faire une sieste d’environ deux heures et va au lit vers 20 h.

« Ce sont des journées très épuisantes », soupire-t-elle.

Jusqu’à 30 médicaments

Elle peut prendre jusqu’à 30 médicaments par jour en plus de ses traitements quotidiens de deux heures qu’elle doit s’administrer à la maison.

« J’ai toujours de la difficulté à respirer puisque mes poumons fonctionnent à 40 % de ses capacités, explique-t-elle. La COVID-19 affaiblit le système respiratoire et c’est un risque que je ne peux pas me permettre de prendre. »

En mai dernier à son domicile de Montréal en train de recevoir un traitement pour traiter la fibrose kystique dont elle souffre depuis sa naissance.
Photo courtoisie
En mai dernier à son domicile de Montréal en train de recevoir un traitement pour traiter la fibrose kystique dont elle souffre depuis sa naissance.

Chelsea est catégorique : elle ne retournera pas enseigner à l’automne lorsque le retour en classe sera obligatoire pour tous.

« C’est trop dangereux pour moi et je n’y retournerais pas à moins que l’on trouve un vaccin [avant], mais j’ai peu d’espoir », dit-elle sans hésiter.

« Mes collègues me manquent, mais ce qui me manque le plus, ce sont mes élèves et de pouvoir leur enseigner pour qu’ils apprennent », ajoute-t-elle.

Demeurant avec sa mère durant la pandémie, la trentenaire affirme que durant le confinement, elle est sortie de chez elle uniquement pour faire des marches et lorsqu’elle croisait quelqu’un sur sa route, elle s’éloignait d’environ 15 pieds afin d’éviter d’être contaminée.

« Depuis le 13 mars que je vois mon copain par la fenêtre et que c’est mon frère qui vient nous porter notre épicerie. Personne n’est entré dans la maison », confirmait-elle au Journal il y a quelques semaines.

Comprendre la maladie

L’enseignante croit que la COVID-19 pourrait permettre de comprendre la réalité des personnes atteintes de fibrose kystique.

« Ne pas s’approcher des gens, laver tout ce que l’on touche et vivre dans la peur d’être contaminé a toujours fait partie de notre quotidien », explique-t-elle.


Un peu plus de 1220 personnes sont atteintes de fibrose kystique au Québec. Parmi elles, 787 adultes et 436 enfants.

Fibrose kystique Canada inondé d’appels 

L’organisme Fibrose kystique Canada est inondé d’appels de personnes atteintes de la maladie inquiètes pour leur santé depuis le début de la crise.

« On a reçu plus d’appels au cours des deux [premiers] mois que durant une année entière », estime le directeur général au Québec de Fibrose kystique Canada, Olivier Jérôme.

« En ce moment, on a plus de questions que de réponses puisqu’on en apprend un peu plus chaque jour sur la COVID-19 », ajoute-t-il.

Les questionnements des personnes atteintes de la fibrose kystique portent, pour la plupart, sur les risques de contamination, le retour en classe et en milieu de garde.

« Nous avons un nouvel ennemi qui amène son lot de peur, soutient le directeur général. Nous sommes passés d’un désavantage numérique de cinq contre quatre à cinq contre trois. »

Peu de cas

M. Jérôme a fait savoir qu’aucun cas ne lui avait été rapporté au Québec de personnes atteintes de fibrose kystique qui auraient contracté la COVID-19.

« Ces personnes sont habituées à pratiquer la distanciation sociale, de tout désinfecter et de porter un masque », énumère-t-il.

Le pneumologue André Cantin confirme lui aussi ne pas avoir eu vent de cas dans la province.

« Rien ne semble prouver que ces personnes sont plus à risque d’attraper la COVID-19. De plus, elles évitent de se mettre en danger inutilement », précise le Dr Cantin. Il mentionne avoir lu un article médical sur le sujet qui mentionnait que seulement une quarantaine de ces personnes dans le monde avaient contracté le virus.

« Elles ne sont pas décédées et elles ont eu les mêmes symptômes que celles qui n’étaient pas atteintes de la fibrose kystique, c’est-à-dire de la toux et de la fièvre », conclut-il.

Le pneumologue pédiatre Patrick Daigneault explique quant à lui que les risques sont faibles pour les enfants atteints de fibrose kystique qui sont retournés à l’école de contracter la COVID-19. 

« On est prudemment optimiste, dit-il. Ils ne semblent pas être plus à risque, mais ceux qui ont des problèmes respiratoires plus graves devraient attendre avant de retourner à l’école. »