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Tourisme: ruée vers les beaux villages du Québec

La demande en hébergement est en hausse dans plusieurs localités, qui pourraient connaître un été record

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Bernard Gaudreau, maire de Neuville, en banlieue de Québec, devant le presbytère de sa municipalité.

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Les plus beaux villages du Québec pourraient bien connaître une de leurs meilleures années touristiques, avec la crise qui incite plusieurs Québécois à redécouvrir leur territoire.

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«Il ne reste pratiquement plus rien» dans les hébergements des villages, notamment les chalets, lance le directeur général de l’Association des plus beaux villages du Québec, Jules Savoie. «Les gens se sont lancés pour passer leurs vacances au Québec.»

Et selon M. Savoie, les villages sont prêts à recevoir de la visite. Il estime que les villages pourraient connaître un été exceptionnel.

L’Association regroupe les 40 plus beaux villages du Québec, qui sont sélectionnés selon des critères précis. Certains sont bien connus, comme Kamouraska ou Tadoussac, d’autres un peu moins, comme Calixa-Lavallée ou Port-au-Persil, mais ils ont en commun d’apporter un soin méticuleux à la préservation du patrimoine.

Le village de Tadoussac, sur la Côte-Nord, et son emblématique hôtel.
Photo courtoisie
Le village de Tadoussac, sur la Côte-Nord, et son emblématique hôtel.

Espoir

«Nos membres ont beaucoup d’espoir pour la prochaine saison estivale parce qu’on anticipe que les Québécois et Québécoises vont profiter de leur Québec», souligne Bernard Gaudreau, président de l’Association et maire de Neuville.

Chacun de ces villages a vécu la pandémie différemment, mais les efforts déployés pour y attirer des visiteurs sont importants, confie-t-il. 

«L’inquiétude est là pour tout le monde, c’est juste de mettre en place des mesures qui vont rassurer les gens», explique Gaston Arcand, maire de Deschambault-Grondines, dans la région de Québec.

La municipalité tiendra sa tradition du marché public, dès la fin juin, avec certains ajustements. Il salue d’ailleurs tous les commerçants qui se sont adaptés. 

«Je suis un éternel optimiste, dit M. Arcand. Je sais que les gens sont préoccupés par la situation donc je pense qu’ils vont faire le maximum pour que ça soit fait dans le meilleur contexte possible, en tenant compte de la pandémie.»

Frontières fermées

À Saint-Marc-sur-Richelieu, en Montérégie, la fermeture des frontières américaines incitera les Québécois à rester ici, croit le maire, Michel Robert. 

Il a bon espoir d’avoir du monde cet été. La saison touristique commence tranquillement de son côté.

«Il y a des amateurs de moto qui choisissent de descendre en moto le long de la rivière Richelieu. On devrait avoir un bel apport de touristes, dit-il. Les gens vont vouloir sortir et aller en campagne. Ça va faire découvrir des beaux coins qu’on a au Québec aux gens qui allaient ailleurs. Il faut redécouvrir le Québec au complet.»

À Kamouraska, dans le Bas-Saint-Laurent, on est plutôt positif, mais l’incertitude plane, reconnaît le maire, Gilles A. Michaud.

«On sent que les gens sont plus frileux», lance-t-il.

Malgré tout, le tourisme recommence tranquillement. La pandémie a changé les plans. La municipalité vient tout juste de décider d’ouvrir son bureau d’information touristique, alors que d’habitude, l’ouverture est planifiée dès février.

Selon un récent sondage, 65 % des Québécois estiment que les noyaux villageois sont un lieu important pour eux, pour les achats, les sorties ou les promenades. Au-delà de 80 % des Québécois jugent par ailleurs que la crise a affecté négativement la vitalité de ces villages et le chiffre d’affaires de leurs commerces. 

Mais certains sont préoccupés par l’absence des touristes internationaux  

Alors que l’été s’annonce faste pour la plupart des plus beaux villages, l’inquiétude persiste pour quelques localités qui dépendent en grande partie du tourisme international.

À Sainte-Rose-du-Nord, où la très grande majorité des touristes débarquent des navires de croisière, le carnet de réservation est anormalement vide cette année. 

Le maire, Laurent Thibault, qui a fait parler de lui pour avoir tenté d’empêcher les non-résidents d’accéder à son village durant la crise, ne craint pas que cela ait nui à l’image accueillante de son patelin.

«On est accueillants, mais au moment opportun», lance-t-il, en assurant que la municipalité est maintenant prête. 

Les diverses installations touristiques sont d’ailleurs ouvertes.

Villégiature

Henri-Jean Vittecoq, de l’auberge du Cap au Leste, au coeur de Sainte-Rose-du-Nord, ne sait pas s’il rouvrira cet été. 

Le village de Sainte-Rose-du-Nord sur les flancs du fjord du Saguenay.
Photo Agence QMI
Le village de Sainte-Rose-du-Nord sur les flancs du fjord du Saguenay.

Déserté par sa clientèle européenne, qui en temps normal occupe une très grande partie de son établissement qui borde le fjord du Saguenay, il se demande si la clientèle québécoise sera au rendez-vous pour le produit de villégiature qu’il offre.

Normalement, à ce temps-ci de l’année, les mois de juillet, août et septembre sont pleins à craquer et l’auberge est occupée à 95 %.

Aussi, les règles gouvernementales et la PCU ne l’aident pas en ce moment. Il aimerait entre autres que la distance soit réduite à un mètre pour lui permettre de faire tourner son restaurant de façon rentable.

Beaucoup d’inconnu

«C’est un grand point d’interrogation. J’attends au début juillet pour dire si on ouvre. Avant, ça va être dur, dit-il. Parce qu’on attend de voir quelles seront les vraies normes, de voir si on nous casse pas trop les pieds avec le restaurant. Par exemple, en France, c’est un mètre. Là, ça irait.» 

À Tadoussac aussi, l’inquiétude plane. Le village compte presque exclusivement sur une clientèle internationale.

«On parle d’environ 1200 employés reliés au tourisme... puis on est 780 résidents, donc ça résume pas mal», explique le maire, Charles Breton.

«Il y a beaucoup de main-d’œuvre qui vient de l’extérieur, souligne-t-il, beaucoup d’étudiants. [...] Les commerces sont vraiment inquiets.»

Ce qu'ils ont dit       

«Il y a des touristes qui planifient tout à l’avance et d’autres qui partent à l’aventure. Dans la situation actuelle, les Québécois vont être des aventuriers qui vont venir chez nous.»

– Laurent Thibault, maire de Sainte-Rose-du-Nord 

«Il y a des commerçants qui sont optimistes. On a des appels pour des réservations. Les Québécois ont quand même un bon budget pour les vacances, et souvent, ils vont le dépenser à l’étranger, donc c’est certain qu’ils peuvent compenser facilement le tourisme international, financièrement parlant.»

– Charles Breton, maire de Tadoussac