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Déconfinement: des commerçants heureux et des tenanciers de bars déçus

Les adeptes du nightlife ne pourront pas danser, au grand dam de certains propriétaires qui resteront fermés

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La réouverture des bars laisse un goût amer à leurs propriétaires, dont certains à Québec vont demeurer fermés en raison de la distanciation de 2 mètres «qui tue l’essence même d’un bar», selon des tenanciers.

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Martin Walsh, propriétaire de la Brasserie la Faucheuse sur la rue Saint-Jean, n’ouvrira pas ses portes pour l’instant. 

Il décrit son établissement comme axé sur le «nightlife» et l’ambiance de fête, ce qui est totalement contraire au principe de distanciation selon lui.

«On ouvre à 19 h et notre plus fort est entre minuit et 3 h. L’action se passe autour du bar. Ça dénature complètement ce qu’on est et on n’est pas encore désespérés au point de changer notre nature», affirme l’entrepreneur.

Ce dernier préfère donc rester fermé plutôt que d’avoir «à se battre» avec sa clientèle.

«Si on ouvre, je dois engager quelqu’un à temps plein pour faire la police aux toilettes et partout. Ce n’est pas rentable et je ne veux pas commencer à faire de la répression dans un endroit qui doit être festif», lance Martin Walsh, bien décidé à attendre qu’on relâche les règles.

«On ne peut pas Faire la loi»

Le bar Midnight Blue, une discothèque située dans le sous-sol du Phœnix dans Saint-Roch, demeurera fermé lui aussi encore quelque temps.

«Les conditions sont complètement ridicules. On ne peut pas faire la loi et empêcher les gens de s’amuser en leur disant de rester assis et de ne pas danser», déplore le propriétaire de l’établissement, Alain Tremblay.

Le propriétaire du Midnight Blue, Alain Tremblay, est incapable de rouvrir son bar en raison des mesures de distanciation exigées.
Photo Simon Clark
Le propriétaire du Midnight Blue, Alain Tremblay, est incapable de rouvrir son bar en raison des mesures de distanciation exigées.

Il faut rêver en couleur pour espérer que les gens respectent les mesures de distanciation dans un établissement du genre, croit-il.

«[Le gouvernement] nous donne de l’espoir, on est contents de la nouvelle. Mais au final, on ne peut pas recevoir de clients. C’est ridicule.»

Photo Simon Clark

Ouvert, mais...

De son côté, le propriétaire du Bar Lionel, sur l’avenue Chauveau, ouvrira ses portes lundi, mais analysera la situation de près.

«Il y a une chose de sûre, c’est que je ne ferai pas une cenne avec ça», confie Guy Baillargeon, qui doit réduire sa capacité de 100 à 32 places pour respecter le deux mètres.

«Va falloir se battre avec le monde pour que ça respecte la distance. Et le pire, c’est que c’est nous qui sommes entièrement responsables. Donc si je vois que ça ne marche pas, je vais refermer», soutient le tenancier, qui a vécu une journée douce-amère.

«On est contents d’enfin pouvoir ouvrir, mais l’ambiance, oubliez ça, c’est fini pour un bout», déplore-t-il.

«On va couler»

Au cabaret club Le Drague, on se réjouit de la nouvelle, mais on ne se fait pas d’illusions.

«Si le gouvernement maintient cette [façon de faire] à moyen terme, pour nous, c’est comme s’enlever une jambe et un bras. On peut essayer de se démener comme on veut dans l’eau, mais tôt ou tard, on va couler», image le propriétaire, Jean-Philippe Blondeau, qui croit être incapable de passer à travers la période des Fêtes si rien ne change.

Le propriétaire du bar Le Drague, Jean-Philippe Blondeau, craint de ne pas passer à travers la période des Fêtes si rien ne change.
Photo Stevens LeBlanc
Le propriétaire du bar Le Drague, Jean-Philippe Blondeau, craint de ne pas passer à travers la période des Fêtes si rien ne change.

Même si deux zones supplémentaires de l’établissement seront ouvertes aujourd’hui, il n’y aura que 150 places assises. Ce qui est bien loin de compenser pour les 800 à 1000 clients habituels du vendredi soir.

Les parcs aquatiques sauvent leur saison    

Photo Simon Clark

L’attente est enfin finie pour les parcs aquatiques de la province et pour leur clientèle qui commençait à avoir chaud !

À Québec, le Village Vacances Valcartier (VVV) ouvrira ses portes aussi tôt que mardi prochain, le 30 juin. 

«Disons qu’on se tenait prêts», lance avec un sourire dans la voix la directrice principale Ventes, marketing et communications du Village Vacances Valcartier, Sandra Nadeau (photo).

Le VVV, tout comme les autres parcs, fonctionnera à capacité réduite cet été. «À 30 % de la capacité habituelle, ce ne sera pas un été profitable, mais c’est un été qui va limiter les pertes», confie Mme Nadeau, précisant que pour la clientèle, les mesures permettront de profiter encore plus du site.

La saison 2020 du Village Vacances Valcartier s’étirera donc du 30 juin au 30 août. Les clients devront réserver leurs billets en ligne pour des dates précises.

— Pierre-Paul Biron

Soulagement et résignation chez les proprios de gîtes    

Photo courtoisie

Des propriétaires de gîtes en Estrie sont déçus d’avoir vu les hôtels, les chalets et les locations Airbnb ouvrir avant eux. 

«On pensait être tombés entre deux chaises», lance Pascal Bolduc (photo), propriétaire du gîte Au Virage, à Magog. 

«On n’a pas d’association et personne pour nous représenter. Pourtant, c’était un non-sens de ne pas pouvoir rouvrir jusqu’à aujourd’hui [hier]», soutient d’un ton soulagé Donald Lavoie, du gîte Aux Berges d’Aurore, à Notre-Dame-des-Bois.

Pour sa part, Roch Lechasseur, propriétaire des gîtes Le Simone et Le Chasseur, à Montréal, préfère fermer boutique.

«Rouvrir avec toutes les complications et les mesures sanitaires, ça ne m’intéresse pas. Et avec la fermeture des frontières, je perds environ 90 % de ma clientèle, qui provient de pays européens», explique-t-il.

— Erika Aubin

L’Association hôtelière de Québec se réjouit    

«C’est une bonne nouvelle ! On peut maintenant dire que tous nos membres vont pouvoir ouvrir», a réagi Marjolaine de Sa, directrice générale de l’Association hôtelière de la région de Québec, qui représente les propriétaires de gîtes et d’auberges dans la région. 

Avec la réouverture des gîtes et auberges, la totalité de l’industrie hôtelière pourra maintenant reprendre ses activités, ce qui est reçu avec soulagement pour les propriétaires qui ont vécu difficilement les derniers mois. 

Il reste certains éléments à préciser, comme les contraintes sanitaires qu’il faudra respecter. Les établissements en sauront plus au cours des prochaines heures. Maintenant que les portes ouvrent, «on a une longue bataille devant nous», affirme Mme de Sa. «Il faut que les gens réservent! Mais c’est un bon pas vers ça.» 

Dans les trois dernières années, le taux d’occupation pour l’industrie hôtelière se situait normalement entre 88 et 92 % en juillet et en août à Québec, souligne-t-elle. Mais cette année, on oscillera davantage autour de 15 à 20 %, cite-t-elle. 

«À ce taux, on ne fait même pas nos frais fixes. Ça nous prend entre 40 et 45 %. [...] L’argent qui va se faire cet été va peut-être en sauver quelques-uns, mais pas tous. On va se retrouver en septembre et octobre, et il y en a peut-être qui vont fermer une couple de mois parce qu’ils ne seront pas capables.»

— Stéphanie Martin 

Décompresser de la pandémie au spa    

Photo Jean-Francois Desgagnés

Les gens qui ont accumulé leur stress durant la pandémie pourront enfin aller relâcher la pression dans les spas de la province. Une décision qui était attendue et qui «rejoint enfin le bon sens» selon des propriétaires.

«Il était temps. Les gens pouvaient venir se faire masser chez nous, mais ne pouvaient pas aller dans nos bassins. Par contre, ils pouvaient aller se jeter dans la piscine publique qui se trouve juste à côté en sortant. Ça n’avait plus de sens», confie Guillaume Lemoine, président des Strom Spa Nordique, qui rouvrira son expérience thermale à Québec dès samedi.

Photo Jean-François Desgagnés

L’expérience devrait d’ailleurs se maintenir, assurent les propriétaires de spas.

«Il y a peut-être les saunas et autres soins de vapeur qui pourraient ne pas ouvrir, mais on ne sait pas encore. Et de toute façon, les gens les utilisent beaucoup moins l’été puisqu’ils vont dans les bassins, donc ça ne fera pas de différence», explique Patrick Rake, président du groupe SkySpa. 

— Pierre-Paul Biron