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Enfermés à cause des odeurs nauséabondes d’une usine

Des citoyens de Rivière-des-Prairies ont déposé plus de 50 plaintes en deux jours

Usine Sanimax
Photo Clara Loiseau Johnny Brandone, Theo Vecera et Enzo Commisso ne peuvent plus sortir dans leur cour à cause de l’odeur dégagée par Sanimax.

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Confinés depuis plus de trois mois en raison du coronavirus, des citoyens de Rivière-des-Prairies sont frustrés de devoir rester encore emprisonnés chez eux à cause d’une odeur de putréfaction émanant de l’usine Sanimax.

« L’odeur, c’est une odeur de mort ! Dès que tu la sens, tu dois rentrer chez toi parce que dès que ça rentre dans ton système, ça ne part plus ! Ça colle à la peau, ça reste dans ta bouche », raconte Enzo Commisso, un résident de Rivière-des-Prairies et membre du comité Sanimax SOS, un groupe réunissant plusieurs centaines de citoyens du quartier.

Ces derniers pointent du doigt les émanations de l’usine Sanimax, spécialisée dans la récupération d’animaux de ferme morts, d’huile de cuisson usée ou de peaux et de matières organiques. 

Chaque été, depuis plus de 10 ans, c’est la même rengaine : dès que les températures augmentent, « l’odeur de carcasses abandonnées au soleil pendant des jours » s’abat sur une partie du quartier, soutient Johnny Brandone, riverain depuis 15 ans.

Et après avoir passé plus de trois mois confinés, la situation devient particulièrement difficile pour ces Prairivois. Plusieurs ont annulé des fêtes ou des retrouvailles, notamment pour la Saint-Jean-Baptiste. Certains enfants refusent de se baigner dans les piscines, malgré la canicule.

Beaucoup de plaintes

En deux jours, 55 plaintes visant l’usine ont été déposées à l’arrondissement, dit Caroline Bourgeois, mairesse de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles. 

Pour M. Commisso, c’est invivable. 

« Mercredi, on avait invité du monde, la première fois en 2020 ! Mais on ne pouvait pas rester dehors, c’était dégueulasse », soutient M. Commisso.

En fait, 28 camions de l’entreprise remplis de carcasses d’animaux sont restés en plein soleil toute la journée de la fête nationale, attendant de se faire vider. 

Selon Vincent Brossard, vice-président responsable des opérations pour Sanimax, cette situation « inacceptable et impardonnable » est liée à « une série d’événements et un problème électrique [qui] ont retardé des opérations ».

Theo Vecera, résident depuis plus de 30 ans dans le quartier de Rivière-des-Prairies, estime être « pris en otage » par l’entreprise.

« Ils nous répètent toujours les mêmes promesses depuis des années, mais il n’y a aucun résultat. Tous les ans, ils ont de nouvelles excuses », déplore-t-il. 

Pour lui, Sanimax est depuis trop longtemps un mauvais citoyen corporatif : « Il faut que l’entreprise parte. »