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Grand virage vers des examens de fin d’année à l’écran

Québec s’apprête à octroyer un contrat de cinq ans pour faire passer toutes ses épreuves ministérielles en format numérique

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Québec s’apprête à octroyer un contrat d’envergure afin de faire passer toutes ses épreuves ministérielles en format numérique d’ici huit ans, de la 4e année du primaire jusqu’au cégep, en passant par les examens de fin d’année du secondaire.

L’appel d’offres lancé récemment fait état d’un «projet de modernisation des épreuves ministérielles» qui a pour objectif «l’acquisition d’une plateforme d’intégration des services» qui permettra de soutenir la conception, la distribution, la passation et la correction des épreuves, de même que l’analyse de leurs résultats.

Un an de retard

Il s’agit d’une des orientations du Plan d’action numérique en éducation, qui prévoyait le lancement de cet appel d’offres au cours de l’année 2018-2019.

Selon les documents publiés à la mi-juin, ce projet se déroulera en plusieurs phases. L’échéancier prévoit une première expérimentation d’une épreuve ne comprenant que des questions à choix multiples au secondaire en avril 2021. Les phases suivantes viseront l’expérimentation d’un examen de sciences, de l’Épreuve uniforme de français au collégial et de l’examen de français en cinquième secondaire.

D’ici cinq ans, 90 épreuves numériques destinées à 300 000 élèves devraient être disponibles.

Québec prévoit que la transition des 296 épreuves en version papier vers un format numérique sera complétée en huit ans, ce qui permettra à terme à 1,1 million d’élèves de compléter leurs examens à l’écran.

Ce virage comprend aussi les épreuves réalisées en formation professionnelle et à l’éducation aux adultes.

La passation de ces examens devra se faire sans accès à internet, mais les outils technologiques (comme les calculatrices graphiques ou dictionnaires numériques) devront être fournis, peut-on lire.

Pascal Grégoire, professeur en sciences de l’éducation à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, estime que cet appel d’offres pourrait servir de «catalyseur de changement», tout comme la crise sanitaire actuelle.

Québec a annoncé l’octroi de 150 millions $ afin de permettre aux écoles de se doter de tablettes ou d’ordinateurs pour être prêtes à toute éventualité en cas de deuxième vague, si bien que la plupart des élèves devraient avoir accès à un appareil numérique au cours de la prochaine année.

L’octroi de ce contrat, qui prévoit un échéancier bien précis, pourrait aussi contribuer à accélérer le virage numérique en classe, souligne M. Grégoire, puisque les élèves devront être bien préparés à réaliser ces examens à l’écran.

«Est-ce qu’en amont tout aura été mis en place afin que ce ne soit pas une surprise d’en arriver à des évaluations numériques? Comment les écoles vont pouvoir se préparer à ce virage?» lance-t-il.

De son côté, Thierry Karsenti, titulaire de la chaire de recherche du Canada sur le numérique en éducation, estime que cet appel d’offres est complètement «décontextualisé» de la réalité, considérant la crise sanitaire actuelle.

Il presse Québec de revoir l’échéancier de ce projet, afin que les épreuves ministérielles du secondaire puissent être réalisées en ligne dès la fin de l’année scolaire 2020-2021, si jamais la pandémie forçait à nouveau la fermeture des écoles.

«On ne peut pas se permettre de ne pas avoir d’examens du ministère pour une deuxième année de suite», lance-t-il.

Il n’a pas été possible, jeudi, de connaître le montant estimé pour cet appel d’offres. Le ministère de l’Éducation refuse de dévoiler toute donnée financière pour ne pas influencer le processus en cours.

À titre d’exemple, un projet visant l’expérimentation d’un service de correction assistée pour les épreuves de français de cinquième secondaire, complété en 2019, avait coûté 554 500$.

Au cabinet du ministre Jean-François Roberge, on précise que la numérisation des épreuves ministérielles «permettra notamment de donner plus de flexibilité au réseau scolaire lorsque surviennent des événements imprévisibles» comme la pandémie de COVID-19, qui a entraîné la fermeture des écoles au cours des derniers mois.